‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BossuetChapitre 14 sur 33 · CHEFS-D'OEUV. DE BOSS. — T. I · texte numérisé non relu

CHEFS-D'OEUV. DE BOSS. — T. I

de la mort, en attendant que vous méprisiez celle que Jésus-Christ a vaincue , ou même que vous aimiez celle qui met fin à nos péchés , et nous introduit à la vraie vie^ apprenez à la désarmer d'une autre sorte ^ et embrassez la belle pratique , où , sans se mettre en peine d'attaquer la mort^ on n'a besoin que de s'appliquer à sanctifier sa vie.

La France a vu de nos jours deux reines plus unies encore par la piété que par le sang^ dont la mort également précieuse devant Dieu , quoique avec des circonstances différentes;, a été d'une singulière édification à toute l'Église. Vous entendez bien que je veux parler d'ANNE d'Autriche et de sa chère nièce , ou plutôt de sa chère fille Marie-Thérèse. Anne dans un âge déjà avancé, et Marie-Thérèse dans sa vigueur; mais toutes deux d'une si heureuse constitution , qu'elle semblait nous promettre le bonheur de les posséder un siècle entier, nous sont enlevées contre notre attente, l'une par une longue maladie , et l'autre par un coup imprévu. Anne, averhe de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, vit avancer la mort à pas lents, et sous la figure qui lui avait toujours paru la plus affreuse : Marie-Thérèse, aussitôt emportée que frappée parla maladie , se trouve toute vive et tout entière entre les bras de la mort sans presque l'avoir envisagée. A ce fatal avertissement, Anne, pleine de foi, ramasse toutes les forces qu'un long exercice de la piété lai avait acquises , et regarde sans se troubler toutes les approches de la mort. Humiliée sous la main de Dieu , elle lui rend grâces de l'avoir ainsi avertie ; elle multiplie ses aumônes toujours abondantes; elle redouble ses dévotions toujours assidues; elle apporte de nouveaux soins à l'examen de sa conscience toujours rigoureux. Avec quel renouvellement de foi et d'ardeur lui vîmes-

DE MARIE-THÉRÈSE d'aUTRICHE. 163

nous recevoir le saint Viatique ! Dans de semblables actions^ il ne fallut à Marie-Thérèse que sa ferveur ordinaire : sans avoir besoin de la mort pour exciter sa piété ^ sa piété s'excitait toujours assez ellc-:nême , et prenait dans sa propre force un continuel accroissement. Que dirons-nous , clirétiens, de ces deux reines? Par Tune Dieu nous apprit comment il faut profiter du temps ^ et l'autre nous a fait voir que la vie vraiment chrétienne n'en a pas besoin. En effet , chrétiens , qu'attendons-nous? 11 n'est pas digne d'un chrétien de ne s'évertuer contre la mort qu'au moment qu'elle se présente pour l'enlever. Un chrétien toujours attentif à combattre ses passions « meurt tous les jours» avec l'Apôtre^ : Quotidie l 'irior. Un chrétien n'est jamais vivant sur la terre ^ parce qu'il y est toujours mortifié , et que la mortification est un essai, un apprentissage, commencement de la mort. Vivon'^-nous, chrétiens, vivons-nous? Cet âge que nous comijlons, et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie? et pouvons-nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années ? Le repos et la nourriture ne sont-ils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille? et celle que nous appelons la dernière, qu'est-ce autre chose , à le bien entendre , qu'un redoublement , et comme le dernier accès du mal que nous apportons au monde en naissant? Quelle santé nous couvrait la mort que la reine portait dans le sein î De combien près la menace a-t-elle été suivie du coup ! et où en était cette grande reine, avec toute la majesté qui l'environnait , si elle eût été moins préparée ? Tout d'un coup on voit arriver le moment fatal , où la terre n'a plus rien pour elle que des pleurs. Que peuvent tant

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