‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BossuetChapitre 15 sur 33 · I. Cor., XV · texte numérisé non relu

I. Cor., XV

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de fidèles domestiques empressés autour de son lit? Le roi même^ que pouvait-il, lui, messieurs, lui qui succombait à la douleur avec toute sa puissance et tout son courage? Tout ce qui environne ce prince l'accable. Monsieur, Madame, venaient partager ses déplaisirs , et les augmentaient par les leurs. Et vous, Monseigneur, que pouviez-vous que de lui percer le cœur par vos sanglots? Il l'avait assez percé par le tendre ressouvenir d'un amour qu'il trouvait toujours également vif après vingt-trois ans écoulés. On en gémit , on en pleure ; voilà ce que peut la terre pour une reine si chérie : voilà ce que nous avons à lui donner, des pleurs, des cris inutiles. Je me trompe, nous avons encore des prières; nous avons ce saint sacrifice, rafraîchissement de nos peines, expiation de nos ignorances, et des restes de nos péchés. Mais songeons que ce sacrifice d'une valeur infinie , où toute la croix de Jésus est renfermée , ce sacrifice serait inutile à la reine , si elle n'avait mérité , par sa bonne vie, que l'effet en pût passer jusqu'à elle : autrement, dit saint Augustin * , qu'opère un tel sacrifice? Nul soulagement pour les morts, une faible consolation pour les vivants. Ainsi tout le salut vient de cette vie, dont la fuite précipitée nous trompe toujours. « Je viens, dit Jésus-Christ % comme un voleur. » Il a fait selon sa parole; il est venu surprendre la reine dans le temps que nous la croyions la plus saine, dans le temps qu'elle se trouvait la plus heureuse. Mais c'est ainsi qu'il agit : il trouve pour nous tant de tentations et une telle malignité dans tous les plaisirs , qu'il vient troubler les plus innocents dans ses élus. Mais il vient, dit-il, <c comme un voleur, » toujours surprenant, et impénétrable dans ses démarches. C'est lui-même qui s'en glori-

' Serm. CLXXiijtom. V, col, 827.

* Veniam ad te tanquam fur. (Ai'OC, m, 3.)

DE MARIE-THÉRÈSE d'aUTRICHE. ' 165

fie dans toute son Ecriture. Comme un voleur, direz-vous , indigne comparaison ! N'importe, qu'elle soit indigne de lui, pourvu qu'elle nous effraie, et qu^en nous effrayant elle nous sauve. Tremblons donc, chrétiens, tremblons devant lui à chaque moment; car qui pourrait ou Téviter quand il éclate, ou le découvrir quand il se cache? « Ils mangeaient, dit-il S ils buvaient, ils ache- « taient, ils vendaient , ils plantaient, ils bâtissaient, c( ils faisaient des mariages aux jours de Noé et aux jours « de Lot,» et une subite ruine les vint accabler. Ils mangeaient, ils buvaient, ils se mariaient. C'était des occupations innocentes : que sera-ce, quand en contentant nos impudiques désirs, en assouvissant nos vengeances et nos secrètes jalousies, en accumulant dans nos coffres des trésors d'iniquité, sans jamais vouloir séparer le bien d' autrui d^avec le nôtre; trompés par nos plaisirs, par nos jeux, par notre santé, par notre jeunesse, par l'heure ux succès de nos affaires, par nos flatteurs, parmi lesquels il faudrait peut-être compter des directeurs infidèles que nous avons choisis pour nous séduire , et enfin par nos fausses pénitences qui ne sont suivies d'aucun changement de nos mœurs, nous viendrons tout à coup au dernier jour? La sentence partira d'en haut : a La fin est venue, la fin est venue. )> Finis venit, venit finis, a La fin est venue sur vous, w Nunc finis super te^ : toutvafinir pour vous en ce moment. Tranchez, «concluez : » Fac conclusionem^. Frappez l'arbre infructueux qui n'est plus bon que pour le feu : « coupez l'arbre, arrachez ses branches, secouez ses

' Sicut factum estindiebusNoeyitaerit in diebus Filii hommis... Uxores ducebant , et dabantur ad nupHus... Similiter sicut factum est in diebus Lot : edebant et bibebant; emebant et vendebant; planlabant et œdificabant. (Luc. , xvu, 26, 27, 28.)

» EzECH., VII, 2. — ^ Ibid., 23. *'

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« feuilles , abattez ses fruits ^ : » périsse par un seul coup tout ce qu'il avait avec lui-même. Alors s'élèveront des frayeurs mortelles^ et des grincements de dents, préludes de ceux de Tcnfer. Ali! mes frères, n'attendons pas ce coup terrible! Le glaive qui a tranché les jours de la reine est encore levé sur nos tètes ; nos péchés en ont affilé le tranchant fatal. « Le glaive que je tiens en (( main, dit le Seigneur notre Dieu, est aiguisé et poli : « il est aiguisé , afin qu'il perce; il est poli etlimé,afm « qu'il brille \ » Tout l'univers en voit le brillant éclat. Glaive du Seigneur, quel coup vous venez de faire! Toute la terre en est étonnée. Mais que nous sert ce brillant qui nous étonne, si nous ne prévenons le coup qui nous tranche ? Prévenons-le , chrétiens , par la pénitence. Qui pourrait n'être pas ému à ce spectacle? Mais ces émotions d'un jour, qu'opèrent-elles? Un dernier endurcissement, parce que, à force d'être touché inutilement, on ne se laisse plus toucher u aucun objet. Le sommesnous des maux de la Hongrie et de l'Autriche ravagées? Leurs habitants passés au fil de l'épée, et ce sont encore les plus heureux; la captivité entraine bien d'autres maux et pour le corps et pour l'âme : ces habitants désolés, ne sont-ce pas des chrétiens et des catholiques, Tios frères, nos propres membres , enfants de la même Église , et nourris à la même table du pain de vie ? Dieu accomplit sa parole : « le jugement commence par sa cf maison % » et le reste de la maison ne tremble pas ! Chrétiens, laissez-vous fléchir; faites pénitence ; apaisez

ï Clamauit fortiter, et sic ait : Succidile arborent ^ et prœcidite ramos ejus; excutile folia ejiis; et àispergile fniclus ejus. (Dan., iv, 11.)

' Hœc dicit Dominus Deus : Loquere : Gladius, gladius exacutus est , et limatus. Ut cœdat vidimas^ exacutus est : ut splendeaty limatus est.

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