ACT., XXVI
^ Le roi Agrippa , étant venu à Césarée , désira entendre l'illustre prisonnier des Juifs. Saint Paul en profita, non-seulement pour sa défense, mais pour l'instruction d'Agrippa lui-même. Lorsqu'il parla de la résui'rection de Jésus-Christ, le gouverneur s'écria : « Paul , vous avez perdu l'esprit! » Mais , malgré cette interpellation , saint Paul ayant continué son éloquent discours , Agrippa finit par lui dire : « Je pense que vous voudriez presque me persuader de me faire chrétien. » A quoi saint Paul
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lement que TAngleterre, trop libre dans sa croyance, trop licencieuse dans ses sentiments, soit enchainée comme nous de ces bienheureux liens qui empêchent Torgueil humain de s' égarer dans ses pensées, en le captivant sous Tautorité du Saint-Esprit et de TÉglise.
Après vous avoir exposé le premier effet de la grâce de Jésus-Christ en notre princesse, il me reste, messieurs, de vous faire considérer le dernier, qui couronnera tous les autres. C'est par cette dernière grâce que la mort change de nature pour les chrétiens, puisqu'au lieu qu'elle semblait ôtre faite pour nous dépouiller de tout, elle commence, comme dit l'Apôtre ', à nous revêtir , et nous assure éternellement la possession des biens véritables. Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habitons ; et nous ne possédons aucun bien, même dans l'ordre de la grâce, que nous ne puissions perdre un moment après par la mutabilité naturelle de nos désirs. Mais aussitôt qu'on cesse pour nous de compter les heures , et de mesurer notre vie par les jours et par les années; sortis des figures qui passent, et des ombres qui disparaissent , nous arrivons au règne de la vérité, où nous sommes affranchis de la loi des changements. Ainsi notre âme n'est plus en péril; nos résolutions ne vacillent plus; la mort, ou plutôt la grâce de la persévérance finale, a la force de les fixer; et de même que le testament de Jésus-Christ , par lequel il se donne à nous, est confirmé à jamais , suivant' le droit des testaments et la doctrine de l'A-
répondit d'un ton serein et animé : « Plût à Dieu que vous, seigneur, et tous ceux qui m'écoutent, devinssiez tels que je suis , à la réserve de ces liens! »
' II. Cor., v. 3.
pôtre s par la mort de ce divin testateur; ainsi la mort du fidèle fait que ce bienheureux testament, par lequel, de notre côté, nous nous donnons au Sauveur, devient irrévocable. Donc, messieurs, si je vous fais voir encore une fois Madame aux prises avec la mort, n'appréhendez rien pour elle : quelque cruelle que la mort vous paraisse , elle ne doit servir à cette fois que pour accomplir Tœuvre de la grâce, et sceller en cette princesse le conseil de son éternelle prédestination. Voyons donc ce dernier combat; mais, encore un coup, affermissonsnous, ne mêlons point de faiblesse à une si forte action, et ne déshonorons point par nos larmes une si belle victoire. Voulez-vous voir combien la grâce, qui a fait triompher Madame, a été puissante? voyez combien la mort a été terrible. Premièrement, elle a plus de prise sur une princesse qui a tant à perdre. Que d'années elle va ravir à cette jeunesse ! que de joie elle enlève à cette fortune ! que de gloire elle ôte à ce mérite ! D'ailleurs peut-elle venir ou plus prompte ou plus cruelle ^? C'est ramasser toutes ses forces, c'est unir tout ce qu'elle a de plus redoutable que de joindre, comme elle fait, aux plus vives douleurs l'attaque la plus imprévue. Mais quoique, sans menacer et sans avertir, elle se fasse
' Hebr., X, 15.
' Elle expira le 30 juin 1670, à trois heures du matin, neuf heures seulement après qu'elle eut ressenti les premières atteintes du mal sous lequel elle succomba avec tous les symptômes d'un empoisonnement. On s'accorde généralement à regarder le chevalier de Lorraine comme l'auteur de ce forfait. Retiré à Rome, ce favori y supportaifimpatiemmentsa disgrâce. Deux officiers de la maison de Monsieur, qui avaient partagé les débauches du chevalier, souhaitaient ardemment son retour, auquel Madame était le seul obstacle. Il paraît qu'il leur envoya un poison subtil par un nommé Moulli , et que l'un d'eux jeta le poison dans l'eau de chicorée que devait prendre la princesse. ( Voyez les OEuvres de madame de La Fayette; Paris, 1835, t. m, p. 202.) (F.)
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sentir tout entière dès le premier coup , elle trouve la princesse prête. La grâce^ plus active encore, Ta déjà mise en défense. Ni la gloire ni la jeunesse n'auront un soupir. Un regret immense de ses péchés ne lui permet pas de regretter autre chose. Elle demande le crucifix sur lequel elle avait vu expirer la reine sa belle-mère , comme pour y recueillir les impressions de constance et de piété, que cette âme vraiment chrétienne y avait laissées avec les derniers soupirs. A la vue d'un si grand objet, n'attendez pas de cette princesse des discours étudiés et magnifiques : une sainte simplicité fait ici toute la grandeur. Elle s'écrie : « 0 mon Dieu, pour- « quoi n'ai-je pas toujours mis en vous ma confiance? » Elle s'afflige, elle se rassure, elle confesse humblement, et avec tous les sentiments d'une profonde douleur, que de ce jour seulement elle commence à connaître Dieu; n'appelant pas le connaître, que de regarder encore tant soit peu le monde. Qu'elle nous parut au-dessus de ces lâches chrétiens , qui s'imaginent avancer leur mort quand ils préparent leur confession; qui ne reçoivent les saints sacrements que par force : dignes certes de recevoir pour leur jugement ce mystère de piété qu'ils ne reçoivent qu'avec répugnance. Madame appelle les prêtres plutôt que les médecins. Elle demande d'ellemême les sacrements de l'Église ; la pénitence avec componction; l'Eucharistie avec crainte, et puis avec confiance ; la sainte Onction des mourants avec un pieux empressement. Bien loin d'en être effrayée , elle veut la recevoir avec connaissance : elle écoute l'explication de ces saintes cérémonies , de ces prières apostoliques qui, par une espèce de charme divin, suspendent les douleurs les plus violentes, qui font oublier la mort (je l'ai vu* souvent) à qui les écoute avec foi : elle les suit.
' Bossuet cache la vérité par modestie , quand il s'efface lui-même du
elle s'y conforme; on lui voit paisiblement présenter son corps à cette Imile sacrée, ou plutôt au sang de Jésus , qui coule si abondamment avec cette précieuse liqueur. Ne croyez pas que ses excessives et insupportables douleurs aient tant soit peu troublé sa grande âme. Ah ! je ne veux plus tant admirer les braves, ni les conquérants. Madame m'a fait connaître la vérité de cette parole du Sage ^ : « Le patient vaut mieux que le fort ; et a celui qui dompte son cœur vaut mieux que celui qui a prend des villes. » Combien a-t-elle été maîtresse du sien ! avec quelle tranquillité a-t-eile satisfait à tous ses devoirs î Rappelez en votre pensée ce qu'elle dit à Monsieur. Quelle force ! quelle tendresse ! 0 paroles qu'on voyait sortir de l'abondance d'un cœur qui se sent audessus de tout: paroles que la mort présente, et Dieu plus présent encore, ont consacrées ; sincère production d'une âme qui, tenant au ciel, ne doit plus rien à la terre que la vérité, vous vivrez éternellement dans la mémoire des hommes, mais surtout vous vivrez éternellement dans le cœur de ce grand prince. Madame ne peut plus résister aux larmes qu'elle lui voit répandre. Invincible par tout autre endroit, ici elle est contrainte de céder. Elle prie Monsieur de se retirer, parce qu'elle ne veut plus sentir de tendresse que pour ce Dieu crucifié qui lui tend les bras. Alors qu'avons-nous vu? qu'avons-nous ouï? Elle se conformait aux ordres de Dieu ; elle lui offait ses souffrances en expiation de ses
récit de cette agonie ; quand il attribue tout le prodige de son propre talent aux belles et touchantes prières de l'Église ; quand il rappelle toujours comme témoin {je Vai vu souvent), jamais comme acteur, l'héroïsme de la foi de cette princesse, dont la religion seule eut, selon lui, la gloire de sus2)endre les douleurs les }ilus violentes en lui faisant même oublier la mort. (M.)
' Melior est patiens viro forti : et qui dominatur animo suo , expugnaiore urbium. Prov., xvi, 32.
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fautes; elle professait hautement la foi catholique et la résurrection des morts, cette précieuse consolation des fidèles mourants. Elle excitait le zèle de ceux qu'elle avait appelés pour l'exciter elle-même, et ne voulait point qu'ils cessassent un moment de Fentretenir des vérités chrétiennes. Elle souhaita mille fois d'être plongée au sang de FAgneau ; c'était un nouveau langage que la grâce lui apprenait. Nous ne voyions* en elle ni cette ostentation par laquelle on veut tromper les autres, ni ces émotions d'une âme alarmée, par lesquelles on se trompe soi-même. Tout était simple , tout était solide, tout était tranquille; tout partait d'une âme soumise , et d'une source sanctifiée par le Saint-Esprit.
En cet état, messieurs, qu'avions-nous à demander à Dieu pour cette princesse, sinon qu'il l'affermit dans le bien, et qu'il conservât en elle les dons de sa grâce? Ce grand Dieu nous exauçait; mais souvent, dit saint Augustin "^ , en nous exauçant il trompe heureusement notre prévoyance. La princesse est affermie dans le bien d'une manière plus haute que celle que nous entendions. Comme Dieu ne voulait plus exposer aux illusions du monde les sentiments d'une piété si sincère, il a fait ce que dit le Sage ^ ; « il s'est hâté. » En effet, quelle diligence ! en neuf heures l'ouvrage est accompli, ce 11 s'est hâté de la tirer du milieu des iniquités. » Voilà, dit le grand saint Ambroise *, la merveille de la mort dans les chrétiens : elle ne finit pas leur vie; elle ne finit que leurs péchés, et les périls où ils sont exposés. Nous nous sommes plaints que la mort, ennemie des
'■ Var. Première édition : nous ne voyons. ' In Ep. Joan., tract, vi, n. 7, 8; tom. m, part, ii, col. 866, 8G7. ' Properavit educere de mediolniquilatiim. (Sap., iv, 14.) * Finis fachis est erroris, quia culpa^ nonnatura, defecit (De hono mortis, cap. ix, n. 38; tom. i, col. 405.)