TROISIÈME PARTIE
Le monde n'en conviendra jamais ; mais de quelque ma-
nière qu'en juge le monde, c'est unej.'érité éternelle qui subsistera^ toujours, que les établissements et les rangs d'bonneurs, tout propres qu'ils paraissent à flatter notre cupidité, ne sont néanmoins à les bien prendre, que des engagements à souffrir. Aussi quand ces deux frères, enfants de Zébédée, demandèrent au Fils de Dieu les premières places de son royaume, et qu'ils crurent y devoir trouver une béatitude et une félicité anticipées, le Sauveur sut bien les- détromper, par cette réponse qu'il leur fit : Potestis hiherc calicem quem ego bibiturus sum (Matth. XX) ? Pouvez-vous boire le calice de mes souffrances ? leur donnant à entendre que l'un était inséparable de l'autre, et que cette préséance dont ils se formaient une fausse idée ne serait pour eux, s'ils l'obtenaient, qu'une mesure plus abondante de travaux, de tribulations, cle croix : Calicem quidem meutn bibetis. Après cela, mes frères, dit saint Augustin, devons-nous chercher dans le monde, et y pouvons-nous espérer des ùonneurs exempts de cette condition, c'est-à-dire, des honneurs purs, et qui ne soient point mêlés, ou même remplis d'affliction et de peines? S'il en est de tels, c'est pour le ciel qu'ils sont réservés ; ceux de la terre sont d'une autre espèce, et Dieu ne nous les propose que comme des calices d'amertume : si nous les envisageons autrement, nous ne les connaissons pas, et si nous en usons autrement, nous les corrompons.
Pour vous faire entendre ma pensée; je ne vous parlerai point de ces accidents imprévus, de ces événements tragiques, dont nous sommes si souvent spectateurs; je ne vous dirai rien de ces revers et de ces tristes révolutions, que nous appelons décadence et malheurs du siècle, où ces mêmes honneurs, qui furent pour nous d'abord le sujet d'une douce joie, tout à coup évanouis et perdus, nous tiennent lieu, par les regrets qu'ils nous laissent, de tourment et de supplice. Ne nous en prenons point à la mahgnité de la fortune, qui jalouse, pour ainsi dire, de nous avoir élevés, et comme ennemie de son propre ouvrage, nous en attire bientôt ellemême la haine et l'envie ; en sorte que ces grâces nous deviennent dans la suite une source inépuisable d'ennuis, de
dégoûts, de troubles, de chagrins ; vous en êtes bien mieux instruits que nous, et si j'en cherchais des témoins, je n'en voudrais point d'autres que vous-mêmes. Arrêtons-nous donc à ce qu'il y a en cette matière de plus essentiel ; supposons l'homme chrétien dans une prospérité constante et toujours égale, et voyons si, pour être plus élevé, il a droit de se promettre une vie plus douce et plus commode. Je soutiens, moi, que, par cette raison-là même, il n^y a rien au contraire dans la vie de si amer à quoi il ne doive s'attendre, ni rien de si dur qu'il ne doive être prêt à supporter. Pourquoi? En voici les preuves ; écoutez-les : c'est que rélôvation où il se trouve l'oblige à se faire de continuelles violences ; c'est ■ qu'elle le réduit à la nécessité d'endurer souvent beaucoup des autres ; c'est qu'elle l'engage dans une vie pleine de soins affligeants, dont il ne lui est pas permis de se décharger ; c'est£u^lle exige de lai qu'en mille occasions il soit disposé. à s'immoler, à se sacrifier comme une victime, tantôt de la vérité, et tantôt de la justice et de l'innocence: or, se faire de telles violences, souffrir de la sorte, agir de la sorte, se sacrifier, s'immoler de la sorte, est-ce goûter le repos, et y a-t-il là de quoi contenter les sens ? Reprenons.
Se faire violence à soi-même, premier engagement des honneurs du siècle. Car comment un homme constitué en dignité, s'il veut vivre selon les désirs de son cœur, et s'il n'a nul usage de la mortification évangélique, peut-il satisfaire-aux obligations de son état? Comment un chrétien, s'il a pour principe de s'épargner en tout et de ne se contraindre en rien, peut-il accomplir selon Dieu le ministère d'une charge, être assidu aux fonctions ennuyeuses, se rendre ponctuel "aux temps incommodes, se fixer aux lieux désagréables, où sa conscience l'attache aussi bien que son rang? Si c'est un homme de plaisir, comment soutiendra-t-il mille fatigues qu'attire tout emploi, surtout un emploi important? Il faut donc qu'il apprenne à se gêner, et pour le bien apprendre, pour bien remplir la place qu'il occupe, il faut qu'il renonce à la mollesse et aux délices, qu'il prenne sur son repos, qu'il ne ménage pas môme sa santé; et qu'à l'exemple de saint
Paul, ne tenant pas sa vie plus précieuse que lui-même, c'est-à-dire que son devoir et son salut, il trouve, presque sans y penser, dans Tufage des honneurs du siècle, la pratique de celte abnégation chrétienne, qui consiste à- porter sa croix et à mortiûer son esprit et sa chair. JJ , Souffrir souvent et beaucoup des autres, second engagement des honneurs du monde. En effet, plus vous êtes élevé, et plus vous êtes environné et assiégé d'hommes qui ont leurs défauts, qui ont leurs humeurs, qui ont leurs caprices, qui ont leurs intérêts, qui ont leurs passions et leurs vices ; plus vous êtes exposé aux traits de l'envie, à la censure, à la médisance. Combien en coùta-t-il à Moïse pour être le conducteur du peuple de Dieu ? De quelle patience dut-il s'armer pour fournir toute la carrière, et pour porter jusqu'au bout une qualité si onéreuse? L'eùt-il dignement soutenue, si, par une constance inébranlable et par une modération que ces esprits indociles mettaient tous les jours à de nouvelles épreuves, il ne se fût comme endurci à la contradiction et aux injures? Et pouvez- vous, mon cher auditeur, dans votre condition, quelle qu'elle soit, être fidèle a vos devoirs, si vous ne savez vous vaincre, si vous ne savez vous taire dans les rencontres, si vous ne savez étouffer vos ressentiments, réprimer les saillies de votre cœur, recevoir mille déboires et les dévorer ? Car, fussiezvous encore plus grand, fussiez-vous au faite de l'honneur, on vous enviera, et par conséquent on vous contrôlera, on vous traversera, on vous offensera. Si vous vous emportez, vous souffrirez de votre emportement même ; si vous vous surmontez, vous souffrirez de l'emportement des autres. Quoi qu'il en soit, vous n'éviterez jamais que ce qui vous élève ne soit au mémo temps ce qui vous pèse, et que les^eroix ne vous viennent de là même d'où vous tirez votre grandeur.
Mener une vie pleine de soins, et de soins affligeants, de soins inquiets, et dont on n'est pas en pouvoir de se défaire, troisième engagement des honneurs du siècle. Je vous le de- ^ mande, mes frères, et sans parler des monarques et 3es souverains, qui ne sont pas eux-mêmes exempts de cette loi.
diles-moi : où est aujourd'hui le seigneur, où est le niaîlre, où est le juGje, le prélat, le magistrat, qui, pour l'être en chrétien, ne puisse pas et ne doive pas s'appliquer ces paroles de David : Tribulatio et anguslia invenerunt me (Ps. GXVIII). Les inquiétudes et les embarras me sont venus trouver? Je ne les cherchais pas, et je tâchais même à les éloigner de moi : mais cette providence adorable de mon Dieu, qui dispose toutes choses pour mon salut, leur a donné entrée dans mon âme, et je m,e vois chargé de soins qui m'accablent : Tribulatio et arigustia invenerunt me. Sentiment, dit saint Bernard, bien capable de rabattre ces vaines enflures, et de modérer ces complaisances qu'inspirent d'abord certaines distinctions et certains rangs honorables dans le monde, puisqu'on n'est guère sensible à l'honneur quand on y trouve plus de peine que d'éclat : Non est quod blàndiatur cehitudo, ubisollicitudo major (Bernar.).
Enfin, avoir toujours son âme entre ses mains, et toujours être en disposition de s'immoler soi-même ou par la justice ou par la vérité, quatrième engagement des honneurs du monde. Car, pourquoi Dieu vous a-t-il donné ce crédit? pourquoi vous a-t-il placé sur la tête des autres, si ce n'est pour lui faire, quand sa cause le demande, un plus grand sacrifice de vous-même ? Vous vous autorisez quelquefois de la parole de l'apôtre, que celui qui désire la plus sainte de toutes les dignités, désire une œuvre louable et honnête : Qui episcopatum desiderat, bonum opus desiderat (Tim. III), Mais saint Jérôme vous ferme la bouche, en vous répondant que la plus sainte de toutes les dignités était dans le temps qu'en parlait saint Paul, la plus prochaine disposition au martyre et à la mort. J'ajoute à la pensée de saint Jérôme ce que vous n'avez peut-être jamais compris, et ce qu'il est bon que vous compreniez une fois, qu'il n'y a point sur la terre de supériorité, point de dignité, qui ne vous engage indispensablement à vous faire, en certaines conjonctures, le martyr du bon droit et de l'équité, le martyr de l'innocence, le martyr de la religion, le martyr de la gloire de Dieu ; que vous devez- alors abandonner toîis vos intérêts, et qu'autrement
tout chrétien que vous êtes de profession, vous n'êtes en effet qu'un mondain et un réprouvé.
Cela est difficile, je le veux ; mais n'est-il pas juste, dit saint Ambroise, qu'après avoir reçu beaucoup de Dieu, vous soyez tenu à beaucoup pour Dieu ? N'est-ce pas ainsi que Di' u par sa sagesse a ordonné les choses, attachant l'honneur aux charges et aux emplois pour en adoucir la peine, et joignant la peine aux emplois et aux charges pour en bannir la présomption et la corruption? car voilà l'idée qu'en ont eue tous les vrais fidèles, qui dans les hauts rangs où Dieu les a fait monter, ne se sont jamais regardés que comme des hosties vivantes pour essuyer tout, pour porter tout, pour se dévouer à tout, pour seconder les desseins de la providence sur eux et pour les remplir.
Or, là-dessus qu'avez- vous à répondre, hommes duj siècle? par oij justifiez-vous cette vie oisive et sans action, dans les places qui demandent une vigilance sans relâche et toute votre attention? Paisibles possesseurs et vains idolâtres d'un honneur dont l'éclat repaît votre vanité, mais dont les obligations étonnent votre amour-propre, venez vous contempler dans le tableau que je vous présente : venez reconnaître l'énorme opposition qui se rencontre entre votre conduite et vos devoirs : venez apprendre ce que vous devez être, et vous confondre de ce que vous n'êtes pas. Je sais que vous trouverez assez de vaincs excuses; je sais que vous imaginerez assez de prétextes pour vous persuader que dans l'exercice de votre ministère on doit être aussi content de vous que vous l'êtes de vous-mêmes. Mais examinons de Ibonne foi la chose, et raisonnons. Car, être sans cesse occupé ie ses divertissements et de son plaisir, et presque jamais de 'îes fonctions et de son emploi : fuir un travail que vous devez au public, et que le public attend de vous; avoir horreur d'une assiduité nécessaire que vous traitez de captivité et d'esclavage; se décharger sur autrui des soins qui vous regardent personnellement, et dont vous êtes par vous-mêmes responsables ; ne pouvoir se tenir là où il faut être, et de se trouver partout où il faudrait n'être pas, rejeter toute affaire
qui incommode, qui fatigue, quoique Dieu ne vous ait fait ce que vous êtes que pour en être fatigués et incommodés; n'écouter que la prudence humaine, et ne vouloir jamais se commettre à rien, jamais s'exposer à rien dans des occasions oii l'on craint de se perdre/ mais oii Dieu veut que vous vous perdiez selon le monde, et que vous vous exposiez : en uji mot, ne prendre de votre condition que le doux et l'agréable, et en laisser le pénible et le rigoureux; secret que le monde enseigne, que vous avez si bien appris : ce n'est pas assez ; regarde"! d'un œil indifférent ce qui devrait vous donner de saintes inquiétudes, ce qui devrait exciter tout votre zèle, des abus qu'il faudrait corriger, des violences qu'il faudrait réprimer, des injustices qu'il faudrait réparer, des^candales qu'il faudrait faire cesser : au contraire éclater avec impatience, avec chaleur, avec emportement sur les moindres sujets, et dans une place néanmoins où l'on doit toujours se posséder soi-même, oiî l'on doit toujours être maître de soi-^ même, toujours se modérer, se retenir sans jamais écouter la sensibilité, et sans jamais la faire paraître : que dis-je? abuser de son pouvoir pour satisfaire ses animosités particulières et ses ressentiments, pour autoriser ses vengeances, pour se rendre redoutable dans une ville, pour faire souffrir tout un pays, et ne rien souffrir soi-même, tout cela et et tout ce que je passe (car je serais infini, si je voulais épuiser cette morale, et toucher mille autres articles non moins importants), t^ut cela encore une fois vous convient-il? Estce là ce que demande votre état? est-ce pour cela que la providence a établi dans le monde cette diversité de conditions, qu'elle a placés les uns sur le buffet comme des vases d'honneur, et qu'elle a laissé les autres dans la poussière? Dietf en vous distinguant et en vous élevant, a-t-il prétendu vous entretenir dans l'oisiveté, vous faire vivre dans le repos, fournir à toutes vos commodités, vous abandonner à vousmêmes et à toas les désirs, à tous les ressentiments de votre cœur? n'a-t-il fait le monde que pour vous? ou n'est-ce pas pour le gouvernement et le bon ordre du monde qu'il vous a choisis? Or, pour maintenir cet ordre, n'y a-t-il ni réflexions
à faire, ni mesures à prendre, ni précautions à garder, ni ha' sard à courir, ni obstacles à vaincre, ni études, ni ménagements nécessaires ?
Ah ! mon cher auditeur, saint Bernard le disait dans un sentiment d'humilité ; mais ne pouvez-vous pas le dire avec -vérité : je suis la chimère de mon siècle, Chimœra sœculi (Bernar.)? Car je suis tout et je ne suis rien, ou plutôt je veux parvenir à tout, et ne m'acquitter de rien. Je suis dans la magistrature, et je n'ai du magistrat que l'autorité et la robe : c'est l'être, et ne l'être pas. Je suis dans les affaires et je n'ai de l'homme d'affaires que l'opulence et le faste : c'est l'être et ne l'être pas. Je suis dans l'Église, et je n'ai de l'ecclésiastique que le caractère et l'habit : c'est l'être, et ne l'être pas : Chimœra sœculi. Le beau spectacle," poursuivait le même père au sujet de certains ministres de Jésus-Christ ; le beau spectacle de les voir engagés dans l'ÉgUse, pourquoi ? pour en recueillir les revenus, pour se montrer sous la mitre et sous la pourpre, jamais pour servir à l'autel, jamais pour assister à l'office divin, jamais pour subvenir aux besoins des pauvres, jamais pour vaquer à l'instruction des peuples, jamais pour s'employer à l'édification des âmes que la Providence leur a confiées. Que sont-iis ? on ne peut bien le dire, puisqu'ils ne sont à proprement parler, ni du monde, ni de l'Église, ni de la robe, ni de l'épée : Chimœra sxculi.
Ouvrons, mes frères, ouvrons aujourd'hui les yeux f et pour nous apprendre, ô mon Dieu, à bieri user des hommes du siècle, apprenez-nous seulement à être raisonnables, car il ne faut qu'être raisonnable, pour en comprendre les obligations. Détrompez-nous, Seigneur, des fausses, idées que nous avons des choses, et dissipez par les lumières de votre Évangile les erreurs où nous sommes tombés par la corruption du monde. Ne permettez pas qu'une lueur passagère nous éblouisse, et que des honneurs mortels et périssables nous fassent perdre cette gloire immortelle oii vous nous appelez,jet où nous conduise, etc.
SUR L'AUMONE. 32o
Et ego dico : facite vobis amicos de mammonâ iniquilatis, ut cùm defeceri'is^ recipiant vos in œterna tabernacula.
Et moi je vous dis de même : faites-vous des amis de vos richesses, afin que, quand vous serez réduits à l'extrémité, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles.
Luc. XVL
C'est la :'onclusion que tire aujourd'hui le Fils de Di^u de la parabole J:» l'Évangile, et c'est de tous les conseils de Jésus-Christ, ou plutôt de tous les préceptes de la sainte loi, que ce Sauveur de nos âmes est venu nous enseigner, un des plus salutaires et des plus indispensables. Est-il rien de plus avantageux et de plus à souhaiter pour nous que d'avoir de fidèles amis et de puissants intercesseurs, qui prennent en main nos intérêts, qui défendent auprès de Dieu notre cause, qui fléchissent en notre faveur ce souverain Juge, et qui, par l'efficace de leur médiation, nous ouvrent ce royaume céleste où nous aspirons, et nous fassent entrer avec eux dans la gloire ? Mais, afin de parvenir à cet peureux terme, et de nous en assurer la possession, est-il rien en même temps de plus nécessaire et d'une obligation plus étroite, que de nous enrichir de mérites et de trésors spirituels, de nous purifier devant Dieu, d'acquitter nos dettes, et d'avoir même de quoi acheter cette terre promise, qui doit être le centre de notre repos et notre éternelle béatitude ? Or, c'est à cela, mes chers auditeurs, que vous peuvent servir ces biens temporels dont vous jouissez oans la vie ; voilà l'emploi que vous en devez faire,. jGe sont aes richesses d'iniquité, selon la parole de mon texte, c'est-a-dire, des richccsQS qui nous rendent communément injustes :
326 SERMOiN
Mammona iniquitatis ; mais ces richesses d'iniquité et de damnation deviendront, par ^ l'exercice de la charité chrétienne, des richesses de justice, si je puis parler de la sorte, des richesses de salut et de prédestination. Je viens donc, mes frères, vous entretenir de l'aumône. Matière, dit saint Chrysostome, qu'un ministre évangélique ne peut omettre, sans manquer à l'un des devoirs les plus essentiels de son ministère ; et il est bien remarquable que de tant de prédications et d'exhortations que fit à son peuple ce saint évêque, il n'y en a presque pas une oii l'aumône ne soit expressément recommandée, comme si toute la morale du christianisme se réduisait là, et que c'en fût le point capital. Je n'ai ni la pénétration ni l'éloquence de cet incomparable prédicateur ; mais votre grâce, Seigneur, me soutiendra, et je la demande par l'intercession de Marie : Ave.
C'est une question dont tout homme chrétien peut être édifié, et qui parut autrefois à saint Chrysostome assez importante pour en faire le sujet d'une de ses homélies ; savoir qui des deux est le plus redevable à la providence de Dieu, de la conduite qu'elle a tenue en établissant le précepte de l'aumône, ou le riche qui est dans l'obligation de la donner, ou le pauvre qui est dans la nécessité de la recevoir. A en juger par les apparences, on croirait d'abord, dit ce saint docteur, que cette loi de l'aumône est bien plus favorable au pauvre qu'au riche, puisqu'elle a pour fin de soulager la misère du pauvre, et qu'au contraire elle impose au riche un devoir onéreux dont il ne peut se dispenser. Mais d'ailleurs, le riche tire de l'accompUssement même de cette loi, de tels avantages, qu'il a raison de douter s'il n'est pas encore plus de son intérêt que de celui du pauvre, qu'elle subsiste. Décidons cette question, chrétiens, et, pour y observer quelque ordre, distinguons deux choses dans la matière que nous traitons, je veux dire le précepte de l'aumône et l'efficace de l'aumône. Le précepte de l'aumône peu connu, et l'efficace de l'aumône souvent très-mal entendue ; le précepte que l'on néglige, et l'efficace dont on ne profite
pas. Car de là, mes chers auditeurs, dépend l'éclaircissement de la question que je me suis proposée, et le voici. Je dis que, dans l'établissement de l'aumône, la providence de notre Dieu s'est montrée également bienfaisante envers le pauvre et envers ie riche. Bienfaisante envers le pauvre, d'avoir pourvu, par une loi particulière, au soulagement de sa pauvreté ; ce sera la première partie. Bienfaisante envers ie riche, de lui avoir donné un moyen aussi infaillible que celui de l'aumône pour apaiser Dieu dans l'état de son iniquité; ce sera la seconde partie. Érigeant l'aumône en précepte, Dieu a considéré le pauvre ; et en attribuant à l'aumône une vertu aussi souveraine qu'elle l'a. Dieu a eu égard au riche. Deux points d'instruction que je vais développer selon les principes de la plus exacte théologie. Dans le premier, vous pourrez reconnaître à quoi le devoir de l'aumône engage un riche chrétien; et, dans le second, je vous ferai voir de quelle ressource et de quelle consolation la pratique de l'aumône est pour un ricùe pécheur. L'un et l'autre méritent une attention toute particulière.