PREMIÈRE PARTIE
Il s'a^rit donc, chrétiens, pour entrer d'abord dans la pensée de Jésus-Christ et dans le point essentiel que j'ai présentement à développer, de bien concevoir ce grand miracle de la conversion du monde et de l'établissement du cîiristianisme, que je regarde, après saint Jérôme, comme le miracle de la foi. Et parcequ'il est indubitable que ce miracle
doit être une des plus invincibles preuves que Dieu emploiera contre nous, si jamais il nous réprouve, il faut aujourd'hui vous et moi nous en former une idée capable de râveiller dans nos cœurs les plus vifs sentiments de la religion. Le sujet est grand, je le sais; il a épuisé l'éloquence des Pères de l'Église, et il passe toute l'étendue de l'esprit de l'hon^me. Mais attachons-nous à l'exposition simple et nue que saint Chysostome en a faite dans une de ses homélies. Pour en mieux comprendre la vérité, jugeons-en par ce qu'il nou^ marque en avoir été la figure; je dis par la conversion des Ninivites et par l'effet prodigieux et miraculeux de la prédication de Jonas. Le voici.
Jonas fugitif, mais, malgré sa fuite, ne pouvant se dérober au pouvoir de Dieu qui l'envoie, confus et touché de repentir, reçoit de la part du Seigneur un nouvel ordre d'aller à Ninive. Il y va : quoiqu'étranger, quoiqu'inconnu, il y prêche, et il se dit envoyé de Dieu. Il menace cette grande ville et tous ses habitants d'une destruction entière et prochaine. Point d autre terme que quarante jours , point d'autre preuve de sa prédiction que la prédiction même qu'il fait : et sur sa parole, ce peuple abandonné à tous les vices, ce peup'e pour qui, ce semble, il n'y avait plus ni Dieu ni foi, ce peu le indocile aux remontrances et aux leçons de tous les autres prophètes, par un changement de la main du Très-Haut, écoute celui-ci et l'écoute avec respect, revient à lui-même, et se met en devoir d'apaiser la colère de Dieu, fait la plus austère et la plus exemplaire pénitence; ni état, nî âge, ni sexe n'en est excepté; le roi même, dit l'Écriture, pour pleurer et pour s'humilier, descend de son trône, les enfants sont compris dans la loi du jeûne ordonné par le prince; chacun revêtu de cihce et couvert de cendres, donne toutt s les marques d'une douleur efficace et prompte. Enfin la réformation des mœurs est si générale, que la prophétie s'accomplit à la lettre : Et Ninive subvertetur (Jon. III, 4): puisque, selon la belle réflexion de saint Chry'sostome, ce n'est plus cette Ninive débordée que Dieu avait en abomination, mais une Ninive toute nouvelle et toute sainte, édifiéa
SUR LA RELIGION CHRÉTIEiNNE. 429
sur les ruines de la première et par qui? par le ministère d'un seul homme qui a parlé; et qui, plein de l'Esprit de Dieu, a sanctifié des milliers d'hommes dont il a brisé les cœurs. Voilà, disait le Fils de Dieu aux Juifs incrédules, le miracle qui vous condimnera et qui confondra votre impénitence : et je dis à tout ce qu'il y a de chrétiens endurcis dans leur libertinage, voilà le miracle que le Saint-Esprit vous propose comme la Ogure d'un autre miracle encore plus étonnant, encore plus au-dessus de l'homme, encore plus capable de vous convaincre et de vous élever à Dieu. Écoulez- le sans prévention, et vous en conviendrez.
Le miracle de la prédication de Jonas était un signe pour les Juifs ; mais en voici un pour vous, que je regarde comme le miracle du christianisme : heureux, si je puis par mes pa-oles l'imprimer profondément dans vos esprits ! C'est la conversion, non plus d'une ville, ni d'une province, mais d'un monde entier, opérée par la prédication de i'Évimgile et par la mission d'un plus grand que Jonas, qui est l'Homme- Dieu, Jésus-Christ : Etecce plus quàm Jonas hic (Matth. XII). Ne supposons point qu'il est Dieu, mais oublions-le même pour quelque temps : il ne s'agit pas encore de ce qu'il est, mais de ce qu'il a fait. Qu'a-t-il fait ? en deux mots, chrétiens, ce que nous ne comprendrons jamais assez, et ce que nous devrions éternellement méditer. Donnez-moi la grâce. Seigneur, pour le mettre ici dans toute sa force p;ir un récit aussi touchant qu'il sera exact et fidèle. Jésus- Christ, fils de Marie et réputé fils de Joseph, cet homme dont les Juifs demandaient s'il n'était pas le fils de cet artisan : Nonne hic est filius fabri (Matth.) ? entreprend de changer la face de l'univers et i!e purger le monde de l'idolâtrie, de la superstition, de l'erreur, pour y faire régner souverainement la pureté du culte de Dieu. Dessein digne de lui, mais vaste et immense, et toutefois dessein dont vous allez voir le succès. Pour cela qui choisit-il? douze disciples grossiers, ignorants, faibles, imparfaits, mais qu'il remplit tellement de son esprit, que dans un jour, dans un moment il les rend propres à l'exécution de ce grand ouvrage.
En effet, de grossiers, et pour user de son expression, de lents à croire qu'ils étaient, par la vertu de cet esprit qu'il leur envoie du ciel, il en fait des hommes pleins de zèle et pleins de foi. Après les avoir persuadés, il s'en sert pour persuader les autres : ces pécheurs, ces hommes faibles, que Von regardait; dit saint Paul, comme le rebut du monde, Tanquam purgamenta hujus mundl, fortifiés de la j^râce de l'apostolat, partagent entre eux la conquête et la réformation du monde. Ils n'ont point d'autres armes que la patience, point d'autres trésors que la pauvreté, point d'autre conseil que la simplicité; et cependant ils triomphent de tout, ils prêchent des mystères incroyables à la raison humaine, et on les croit; ils annoncent un Evangile opposé contradictoirement à toutes les inclinations de la nature, et on le reçoit; ils l'annoncent aux grands de la terre, aux doctes et ▼ aux prudents du siècle, à des mondains sensuels, voluptueux, et l'on s'y soumet. Ces grands reçoivent la loi de ces pauvres, ces doctes se laissent convaincre par ces ignorants, ces voluptueux et ces sensuels se font instruire par ces nouveaux prédicateurs de Ja croix, et se chargent du joug de la mortification et de la pénitence : de tout cela se forme une chrétienté si sainte, si pure, si distinguée par toutes les vertus, que le' paganisme même se trouve forcé à l'admirer.
Ce n'est pas tout, et ce que j'ajoute vous doit encore paraître plus surprenant : car à peine la foi publiée par ces % douze Apôtres a-t-elle commencé à se répandre, qu'elle se voit attaquée de mille ennemis; toutes les puissances de la terre s'élèvent contre elle; un Dioclétien, le maître du monde, veut l'anéantir, et s'en fait un point politique : mais malgré lui, malgré les plus violents efforts de tant d'autres persécuteurs du nom chrétien, elle s'établit si solidement, cette foi, que rien ne peut plus l'ébranler. Des millions de martyrs la défendent jusqu'à l'effusion de leur sang, des gens de toutes les conditions font gloire d'en être les victimes, et de s'immoler pour elle; des vierges sans nombre, dans un corps tendre et délicat, lui rendent le même témoi-
gnage, et souffrent avec joie les tourments les plus cruels. Elle s'étend, elle se multiplie, non- seulement dans la Judée où elle a pris naissance, mais jusqu'aux extrémités de la terre, où dès le temps de saint Jérôme, c'est lui-même qui le remarque comme une espèce de prodige, le nom de Jésus- Christ était déjà révéré et adoré; non-seulement parmi les peuples barbares, mais parmi les nations les plus polies ; dans Rome, où la religion d'un Dieu crucifié se trouve bientôt la religion dominante; dans le palais des Césars, où Dieu, pour l'affermissement de son Eglise au milieu de l'iniquité, suscite les plus fervents chrétiens ; enfin, observez ceci, dans le plus éclairé de tous les siècles, dans le siècle d'Auguste, que Dieu choisit pour marquer encore davantage le caractère de cette loi, qui seule devait surmonter toute la prétendue sagesse de l'homme et tout l'orgueil de sa raison. Avouons-le, mes chers auditeurs, avec saint Chrysostome : quand la religion chrétienne, dès son berceau, aurait trouvé dans le monde toute la faveur et tout l'appui nécessaire, quand elle serait née dans le calme, par mille autres endroits elle ne laisserait pas d'être toujours l'œuvre de Dieu. Mais qu'elle se soit étabhe dans les persécutions, ou plutôt par les persécutions, et qu'il soit vrai qu'elle n'a jamais été plus florissante que lorsqu'elle a été plus violemment combattue; que le sang de ses disciples inhumainement répandu ait été, comme parle un Père^ le germe de sa fécondité; que plus il en périssait par le fer et par le feu, plus elle en ait formé par l'Evangile; que la cruauté exercée sur les uns ait servi d'attrait aux autres pour les appeler, et qu'à la lettre l'expression de Tertullien se soit vérifiée, in chnslianis crudelitas illecebra est secU; que sans rien faire autre chose que de voir ses membres souffrir et mourir, ce grand corps du christianisme ait eu de si prompts et de si merveilleux accroissements; ah! mes frères, c'est un des prodiges où il faut que la prudence humaine s'humilie, et qu'elle fasse hommage à la puissance de Dieu. Voilà néanmoins ce que nous voyons, et c'est la merveille subsistante dont nous sommes témoins nous-mêmes, et que nous avons devant les
yeux. Car nous voyons, malgré l'enfer, le monde devenu chrétien, et soumis au culte de cet Homme-Dieu dont le Juif s'est scandalisé, et dont, le Gentil s'est moqué. Voilà ce que le Seigneur a fait : A Domine faclum est istud, et est mirahile in oculis nostris (Ps. GXVll).
Et afin que cette merveille fît encore sur nous une plus vive impression, le même Seigneur l'a renouvelée dans les derniers siècles de l'Eglise. Vous le savez : un François Xavier, seul et sans autre secours que celui de la parole et de la vérité qu'il prêchait, a converti dans l'Orient tout nn nouveau monde; c'était des païens et des idolâtres, et il leur a persuadé la même foi, et il les a formés à la même sainteté de vie, et il leur a inspiré la même ardeur pour le martyre, et il a fait voir dans eux tout ce qu'on a vu de plus héroïque et de plus grand dans cet ancien christianisme si parfait et si vénérable. Et comment l'a-t-il fait? Par les mêmes moyens, malgré les mêmes obstacles, avec les mêmes succès : comme si Dieu eût pris plaisir à reproduire dans ce successeur des Apôtres, ce que sa main toutepuissante avait opéré par le ministère des Apôtres mêmes, et qu'il eût voulu par ces exemples présents nous rendre plus croyable tout ce que nous -^vons entendu .des siècles passés.
Or, je soutiens, mes chers auditeurs, qu'après cela nous n'avons plus droit de demander à Dieu des miracles, et que nous sommes plus inûdèles que les Pharisiens, si nous avons la présomption de dire comme eux : Volumus signum videre. Pourquoi? Parce qu'il est constant que cette conversion du monde telle que je l'ai représentée, quoique très-imparfaitoment, est en effet un perpétuel miracle. Sar quoi il y a trois réflexions à faire, ou trois circonstances à remarquer. Miraclo qui surpasse, sans contredit, tous les autres miracles ; miracle qui présuppose nécessairement tous les autres miracles; miracle qui, dans l'ordre des desseins de Dieu, justifie tous les autres miracles. Et par une triste conséquence, mais inévitable, miracle qui nous rend dignes de tous les châtiments de Dieu, s'il ne sert pas à notre propre instruction et à notre con-
version. Mon Dieu, que n'ai-je une de ces langues de feu qui descendirent sur les Apôtres, et que ne suis-je rempli du même Esprit, pour graver une aussi grande vérité que cellelà dans tous les cœurs !
Oui, chrétiens, la conversion du monde est un miracle perpétuel, que jamais l'infidélité ne détruira. Ainsi a-t-elle été regardée de tous les Pères, et en particulier de saint Augustin, dont le jugement peut bien nous servir ici de règle. Car c'est par là que ce grand homme fermait la Ijouche aux païens, quand il leur disait : Puisque vous vous opiniàlrez à ne vouloir pas croire les autres miracles, qui sont pour nous des preuves incontestables de notre foi, au moins confessez donc que dans votre système il y en a un dont vous êtes obligés de convenir; c'est le monde converti à Jésus-Christ sans aucun miracle : car cela même qui n'est pas, et qui n'a pu être, ce serait le miracle des miracles- Et à quoi donc, poursuivait saint Augustin, attribueronsnous ce grand ouvrage de la sanctification du monde par la loi chrétienne, si nous n'avons recours à la loi infinie de Dieu? Ce n'est point aux talents de l'esprit, ni à l'éloquence que la gloire en est due ; car quand les apôtres auraient été aussi éloquents et aussi savants qu'ils l'étaient peu, on sait assez ce que peut l'éloquence et la science humaine, ou plutôt, on ne sait que trop combien l'une et l'autre est faible, quand il est question de réformer les mœurs; et l'exemple d'un Platon, qui jamais avec tout le crédit et toute l'estime que lui donnait dans le monde sa philosophie, n'a pu engager une seule bourgade à vivre selon ses maximes, et à se gouverner selon ses lois, montre bien que saint Pierre agissait par de plus hauts principes, quand il réduisait les provinces et les royaumes sous l'obéissance de l'Evangile. Ce n'est point par la force ni par la violence que la foi a été plantée; car le premier avis que reçurent les disciples de Jéûus-Christ fut qu'on les envoyait comme des agneaux au milieu «ies loups : Ecce ego mitto vos sicut agnos inter lupos (Luc X); et ils le comprirent si bien, que, sans faire nulle résistance, ils se laissèrent égorger comme d'innocentes vie-
times. Le mahométisme s'est établi par les conquêtes et par les armes, l'hérésie par la rébellion contre les puissances légitimes; la loi de Jésus-Christ seule par la patience et par l'humilité. Ce n'est point la douceur de cette loi, ni le relâchement de sa morale, qui fut le principe d'un tel progrès ; car cette loi, toute raisonnable qu'elle est, n'a rien que d'humiliant pour l'esprit, et de mortifiant pour le corps. On conçoit comment sans miracle le paganisme a eu cours dans le monde, parcequ'il favorisait ouvertement toutes les passions, qu'il autorisait tous les vices, et qu'il n'est rien de plus naturel à l'homme que de suivre ce parti ; mais ce qu'on ne conçoit pas, c'est qu'une loi qui nous ordonne d'aimer nos ennemis, et de nous haïr nous-mêmes, ait trouvé tant de partisans. Ce n'est point l'effet du caprice; car jamais le caprice, quelque aveuglé qu'il puisse être, n'a porté les hommes à s'interdire la vengeance, à renoncer aux plaisirs des sens et à crucifier leur chair. Que s'ensuit-il de là ? je le répète : qu'il n'y a qu'un Dieu, mais un Dieu aussi puissant que le nôtre, qui ait pu conduire si heureusement une pareille entreprise et la faire réussir, et que Jésus-Christ, l'oracle de la vérité, a donc eu sujet de conclure, quoiqu'il parlât en sa faveur, A Domino factum est istud, c'est l'oeuvre du Seigneur, et le doigt de Dieu est là; Et est mirdbile inoculis nostris.
Ce n'est pas assez : j'ai dit que ce miracle surpassait tous les autres miracles. En pouvons-nous douter, et si dans la pensée de saint Grégoire pape, la conversion particuhère d'un pécheur invétéré coûte plus à Dieu, et est en ce sens plus miraculeuse que la résurrection d'un mort, qu'est-ce que la conversion de tant de peuples, élevés et comme enracinés dans l'idolâtrie? Rendons cette comparaison plus sensible. Il y a encore dans ce monde, je dis dans le monde chrétien^ des hommes sans religion, vous en connaissez; des athées de créance et de mœurs, tellement confirmés dans leurs désordres, qu'à peine tous les miracles suffiraient pour les en retirer : peut-être n'avez-vous avec eux que trop de com- Inerce. Quel effort du bras de Dieu, et quel miracle n'a-t-il donc pas fallu, pour gagner à Jésus-Christ un nombre près-
que inllni, ne disons pas de semblables libertins, mais encore de plus obstinés et de plus inconvertibles, dont le cbangement également prompt et sincère a toutefois été la gloire et l'honneur du christianisme? Que diriez-vous (ceci va donné jour àma pensée et vous convaincre de ce que j'appelle miracle au-dessus du miracle même), que diriez-vous si par la vertu de la parole que je vous prêche, un de ces impies dont vous n'espérez plus désormais aucun retour, se convertissait néanmoins en votre présence; en sorte que renonçant à son libertinage, il se déclarât tout à coup et hautement chrétien, et qu'en effet il commençât à vivre en chrétien ? Que diriezvous, si toujours inflexible depuis de longues années, il sortait aujourd'hui de cet auditoire, pénétré d'une sainte componction, résolu à réparer par une humble pénitence le scandale de son impiété ? y aurait -il miracle qui vous touchât davantage? Or, je vous dis que ce miracle dont vous seriez encore plus surpris que touchés, est justement ce" qa'on a vu mille et mille fois dans le christianisme, et qu'un des triomphes les plus ordinaires de notre religion a été de soumettre ces esprits fiers, ces esprits durs et opiniâtres, de les faire rentrer dans la voie de Dieu et de les rendre souples et dociles comme des enfants ; que c'est par là qu'elle a commencé, et que malgré toutes les puissances des ténèbres elle nous en donne encore de nos jours d'illustres exemples, quand il plaît au Seigneur, dont la main n'est pas raccourcie, d'ouvrir ,Ies trésors de sa grâce et de les répandre sur ces vases de miséricorde qu'il a prédestinés pour sa gloire. Exemples récents que nous avons vus et que nous avons admirés. En cela seul n'en dis-je pas plus que si j'entrais dans le détail de tant de miracles qui composent nos histoires saintes, et que nous trouvons autorisés par la tradition la plas constante ? J'ai ajouté, et ceci me paraît encore plus fort, que ce miracle présupposait nécessairement tous les autres miracles. Car enfin, demande saint Clirysostome, et après lui le docteur angélique saint Thomas, dans la Somme contre les Gentils, quel autre motif que les miracles dont ils étaient eux-mêmes témoins oculaires, put engager les premiers çtectateurs du
christianisme à embrasser une loi odieuse selon le monde, et contraire au sang et à la nature? Julien l'Apostat condamnait les apôtres de légèreté etde trop de crédulité, prétendant que sans raison ils s'étaient attachés au Fils de Dieu : mais pour en juger de la sorte, répond saint Ghrysostome, ne fallaitil pas être impie comme Julien? Car, poursuit oe Père, étaitce légèreté de suivre un homme qui pour gage de ses promesses guérissait devant eux les aveugles nés et rendait la vie aux morts de quatre jour?. Aussi déliants et aussi intéressés qu'ils relaient et que l'Évangile nous l'apprend, auraient-ils tout quitté pour Jésus-Christ s'ils n'eussent été persuadés de ses miracles ; et pouvaient-ils les voir et se défendre de croire en lui ? Après l'avoir abandonné dans sa passion, après s'être scandalisés de lui jusqu'à le renoncer, se seraient-ils ralliés et déclarés en sa faveur plus hautement que jamais, si le miracle authentique de sa résurrection n'avait, comme parle saint Jérôme, ressuscité leur foi ? Auraient-ils pris plaisir à se laisser emprisonner, tourmenter, crucifier, pour être les confesseurs et les martyrs de cette résurrection glorieuse, si l'évidence d'un tel miracle n'avait dissipé tous leurs doutes ?
Par oii saint Paul dans un moment fut-il transformé de persécuteur de l'Église en prédicateur de l'Évangile ?ce miracle put-il se faire sans un autre miracle ? et jamais ce zélé défenseur du judaïsme, jamais cet homme si passionné pour les traditions de ses pères, en eùt-il été le déserteur pour devenir le disciple d'une secte dont il avait entrepris la ruine, si Dieu tout à coup le renversant par terre, et le remplissant d'effroi sur le chemin de Damas, n'eût formé en lui un cœur nouveau? ne confessait-il pas lui-même dans les synagogues, qu'il avait été obligé de se convertir pour n'être pas rebelle à la lumière dont il s'était vu investi, et à la voix fou droyante qu'il avait entendue : Saide, Saule, quid me persequeris (Act. XII, XXVI) ? Et n'est-ce pas de là qu'il conçut un désir si ardent de se sacrifier et de souffrir pour la gloire de ce Jésus dont il avait été l'ennemi ? Etait-ce simplicité ? était-ce prévention ? était-ce intérêt du monde ? Mais n'est-
il pas certain que saint Paul se trouvait dans des dispositions toutes contraires, et que ne respirant alors que sang et que carnage, il ne pouvait être arraché à l'ancienne loi dont il était un des plus fermes appuis, ni gagner à la loi nouvelle qu'il voulut détruire, par un moindre effort que l'effort miraculeux et divin qui le terrassa et qui l'emporta ?
On est étonné quand on lit de saint Pierre, que dès la première fois qu'il prêcha aux Juifs, après la descente du Saint-Esprit, il convertit trois mille hommes à la foi. Mais en faut-il être surpris, dit saint Augustin ? On voyait un pêcheur, jusque-là sans autre connaissance que celle de son art, expliquer en maître les plus hauts mystères du royaume de Dieu, parler toutes sortes de langues, et par un prodige inouï se faire entendre tout à la fois à autant de nations qu'une grande cérémonie en avait assemblé à Jérusalem de tous les pays du monde. Miracle r^ipporté par saint Luc, et rapporté dans un temps où l'évangéliste n'eut pas eu le front de le publier si la chose n'eût été constamment vraie, puisqu'il aurait eu contre lui, non pas un ni deux témoins, mais toute la terre; puisqu'un million de juifs contemporains auraient pu découvrir la fausseté et le démentir; puisque son imposture lui eût fait perdre toute créance, et qu'elle n'eût servi qu'à décrier la religion même dont il voulait faire connaître l'excellence et la sainteté. Supposé, dis-je, ce miracle, est-il étonnant que tant de juifs se soient alors convertis, et n'est-il pas plus surprenant, au contraire, qu'il y en eût encore d'assez entêtés et d'assez aveugles pour demeurer dans leur incrédulité?
On a peine à comprendre les conversions extraordinaires et presque sans nombre qu'opérait saint Paul parmi les Gen~ tils; mais en prêchant aux Gentils, n'ajoutait-il pas toujours à la parole qu'il leur portait, d'insignes miracles, comme la marque et le sceau de son apostolat? N'est-ce pas ainsi qu'il lo témoignait lui-même écrivant à ceux de Corinthe, et ne les priait-il pas de se souvenir des œuvres merveilleuses qu'il avait laites au milieu d'eux? Si tous ces miracles eussent été supposés, leur eût-il parlé de la sorte? en cùt-il eu l'aisu-
rance? se serait-il adressé à eux-mêmes? en eùt-il appelé à leur propre témoigriage? et par une telle supposition, se lutil exposé à décréditer son ministère et à détruire ce qu'il voulait établir?
Yous me demandez ce qui attachait si étroitement saint Augustin à l'église catholique ; n'a-t-il pas avoué que c'étaient en partie les miracles, et lui en fallait-il d'autres que ceux qu'il avait vus lui-même? En fallait-il' d'autres que ce fameux miracle arrivé de son temps à Carthage dans la personne d'un chrétien subitement et surnaturellement guéri par l'intercession de saint Etienne, dont ce grand saint proteste avoir été spectateur, dont il nous a laissé, au livre de la Cité de Dieu, la description la plus exacte. Quand il n'eût eu jusque-là qu'une foi chancelante, cela seul ne devait-il pas l'affermir pour jamais? Dirons-nous que saint Augustin était un esprit faible, qui croyait voir ce qu'il ne voyait pas? dirons-nous que c'était un imposteur, qui par un récit fabuleux se plaisait à tromper le monde? Mais puisque ni l'un ni l'autre n'est soutenable, ne conclurons-nous pas plutôt avec ^^incent de Lérins, que comme les miracles de notre religion ont servi à la conversion du monde, aussi la conversion du monde est elle-même une des preuves les plus infaillibles des miracles de notre religion?
Et c'est ici, chrétiens, que nous ne pouvons assez admirer la sagesse et la providence de notre Dieu, qui n'a pas voulu nous obliger à croire des mystères au-dessus de la raison, sans avoir fait lui-même pour nous des miracles au-dessus de la nature. Car, à notre égard, cette conversion du monde fondée surtcnt de miracles, non-seulement est un miracle éternel, mais un miracle qui justifie tous lesautres miracles, dont il n'est que la suite et l'effet. Après quoi nous pouvons bien dire à Dieu, comme Richard de Saint- Victor : Domine, si error est, quem credimus à te decepti sumus (Richard Victor) : oui, mon Dieu, si nous étions dans l'erreur, nous aurions droit de vous imputer nos erreurs; et tout Dieu que vous êtes, nous pourrions vous rendre responsable de nos égarements : pourquoi? voici la raison qu'il en apportait : Quoniam iis signis prœdita est ista religio,
q\i3dnonnisi à te esse potuerunt (ibid.); parceque cette rdigion où nous vivons, sans parler de 5a sainteté et de son irrépréhensible pureté, est confirmée par des miracles qu'on ne peut attribuer à nul autre qu'à vous. Il est vrai, mes frères, mais ce sont aussi ces miracles qui nous confondront au jugement de Dieu : ce sera surtout le grand miracle de la conversion 4u monde à la foi de Jésus-Christ. Ces païens, ces idolâtres, devenus fidèles, s'élèveront contre i:ous et deviendront nos accusateurs; viri Ninivitss surgent in juclicio ; et que diront-ils pour notre condamnation? ah! chrétiens, que ne diront-ils pas, et que ne devons-nous pas nous dire à nous-mêmes? En effet, pour peu de justice que nous nous fassions, il nous doit être, je ne dis pas bien honteux, mais bien terrible devant Dieu, que cette foi ait fait paraître dans le monde une vertu si admirable, et qu'elle soit maintenant si languissante et si oisive parmi nous; qu'elle ait produit dans le paganisme le plus aveugle et le plus corrompu tant de sainteté, et qu'elle soit peut-être encore à produire dans nous le moindre changement de vie, le moindre retour à Dieu, le moindre renoncement au péché. S'il nous reste un rayon de lumière, ce qui doit nous faire trembler, n'est-ce pas que cette foi ait eu la force de s'établir par toute la terre avec des succès si prodigieux, et qu'elle ne soit pas encore bien étabhe dans nos cœurs? Nous la confessons de bouche, nous en donnons des marques au dehors, nous sommes chrétiens de cérémonie et de culte; mais le sommes-nous de cœur et d'esprit? Or, c'est néanmoins dans le cœur que doit particulièrement résider notre foi, pour passer de là dans nos mains et pour animer toutes nos œuvres. Quel reproche contre nous, si nous n'avons pas entièrement étouffé tous les sentiments de la grâce; quel reproche, que cette foi ait surmonté toutes les puissances humaines conjurées contre elle, et qu'elle n'ait pas encore surmonté dans nous de vains obstacles qui s'opposer, t à notre conversion ? Car, qu'est-ce qui nous arrête? une folle passion, un intérêt sordide, un point d'honneur, un plaisir passager, des difficultés que notre imagination grossit, et que notre foi, toute victorieuse qu'elle est, ne peut vaincre. Quel sujet de condamna-
tion, si je veux devant Dieu le considérer dans l'amertume de mon âme, que cette foi se soit soutenue, et même qu'elle se soit fortifiée au milieu des persécutions les plus san celantes, et que je la fasse tous les jours céder à de prétendues persécutions que le monde lui suscite dans ma personne, c'est-àdire à une parole, à une raillerie, à un respect humain, ou p'utôt à ma propre lâcheté? car voilà mon désordre et ma confusion : si j'avais le courage de me déclarer et de me mettre au-dessus du monde, il y a des années entières que je serais à Dieu, mais parcequeje crains le monde, que je ne puis me résoudre à lui déplaire, j'en demeure là, et malgré moimême je retiens ma foi captive dans l'esclavage du péché.
Ah! mon Dieu, que vous répondrai-je quand vous me ferez voir que cette foi, qui a confondu toutes les erreurs de l'idolâtrie et de la superstition, n'a pu détruire dans mon esprit je ne sais combien de faux principes et de maximes dont je suis préoccupé? Comment me justifie, ai-je quand vous me ferez voir que cette foi qui a soumis l'orgueil des Césars à l'humilité de. la croix, n'a pu déraciner de mon cœur une vanité mondaine, une ambition secrète, un amour c'e moi-même qui m'a perdu? Enfin que vous dirai-je, quand vous me ferez voir que cette foi qui a sanctifié le monde, n'a pu sanctifier un certain petit monde qui règne dans moi, et qui m'est bien plus pernicieux que le grand monde qui m'environne et qui est hors de moi ? Aurai-je de quoi soutenir le poids de ces accusations? m'en déchargerai-je sur vous, Seigneur? m'en prendrai-je à la foi même? dirai-je qu'elle n'a pas fait assez d'impression sur moi, et que je n'en étais point assez persuadé pour en être touché? Ah! chrétiens, peut-être notre infidélité va-t-elle maintenant jusqu'à vouloir s'autoriser de ce prétexte; mais c'est ce même prétexte qui nous rendra plus condamnables; car Dieu nous représentera l'inlidélité où* nous serons tombés, comme un prodige que nous aurons opposé au miracle de la foi. Prodige qui ne vient plus de Dieu, mais de nous, et dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.
SECONDE PARTIE
Etre infidèle, wns avoir jamais eu nulle connaissance de la foi, c'est un état qui, tout funeste et tout déplorable qu'il est, n'a rien, à le Lien prendre, de .«^^rprpnant ni de prodigieux. Ainsi, dit saint Chrysostorae, l'infidéliié dans un oaïen peut être un aveuglement, et un aveuglement criminel, mais on ne peut pas toujours dire que cet aveuglement même criminel soit un prodige. Il faut donc, pour bien concevoir le prodige de l'infidélité, se le représenter dans un chrétien, qui selon les divers désordres auxquels il se laisse malheureusement entraîner, ou renonce à sa foi, ou corrompt sa foi, ou dément et contredit sa foi : renonce à sa foi par un libertinage de créance, qui lui en fait secouer le joug, et qui se forme peu à peu dans son esprit : corrompt sa foi, par un attachement secret ou déclaré aux erreurs qui la combattent, mais particulièrement à l'hérésie et au schisme, qui en détruisent l'unité, et par conséquent la pureté et l'intégrité : dément et contredit sa foi, par un dérèglement de mœurs qui la déshonore, et par une vie licencieuse qui en est l'opprobre et le scandale. Trois désordres qui dans un chrétien perverti ont je ne sais quoi de monstrueux, et que j'appelle pour cela non plus simples désordres, mais prodiges de désordre. Trois états où, même à ne considérer que ce qui peut et ce qui doit passer pour prodige évident, l'homme fournit à Dieu des titres invincibles pour le condamner. Appliquez-vous à ces trois pensées.
Car pour commencer par ce qu'il y a de plus scandaleux, je veux dire par ce libertinage de créance dont on se fait une habitude, et qui consiste à renoncer la foi, n'est-il pas étonnant, mes chers auditeurs, de voir des hommes nés chrétiens, et se piquant partout ailleurs d'habileté et de prudence, devenir impies sans savoir pourquoi, et secouer intérieurement le joug de la fui, sans en pouvoir apporter une raison, je ne dis pas absolument soHde et convaincantp, mais capable de les satisfaire eux-mêmes ? Cette foi dont
par le baptême ils ont reçu le caractère, et en vertu de laquelle ils portent le nom de chrétiens ; cette foi si nécessaire, supposé qu'elle soit vraie, et à quoi ils conviennent eux-mêmes que le salut est attaché; cette foi par qui seule> comme ils ne l'ignorent pas, ils peuvent espérer de trouver grâce devant Dieu, s'il y a grâce à espérer pour eux ;* cette foi sur laquelle ils avouent qu'ils seront jugés, si jamais ils le doivent être : n'est-il pas, dis-je, inconcevable qu'ils l'abandonnent, comment? en aveugles et en insensés, sans examen, sans connaissance de cause, par emportement, par passion, par légèreté, par caprice, par une vaine ostentation, par un attachement honteux à de sales et d'infâmes plaisirs, se conduisant avec moins de sagesse que des enfants, dans une affaire où néanmoins il s'agit du plus grand intérêt, puisqu'il y va de leur sort éternel. Gela se peut-il comprendre ? telle est cependant la triste disposition où sont aujourd'hui presque tous les libertins du siècle. Observez-les, et dans ce portrait vous les reconnaîtrez.
Car enfin, qu'un d'eux, après une mûre délibération, après une longue étude, toutes choses considérées et pesées dans une juste balance, autant qu'il lui est possible, se déterminât à quitter le parti de la foi, je déplorerais son malheur, et je l'envisagerais comme la plus terrible vengeance que Dieu put exercer sur lui, puisque, selon l'Écriture, Dieu ne punit jamais avec plus de sévérité que lorsqu'il permet que le cœur de l'homme tombe dans l'aveuglement : Excœca cor 'ço'puli hiijiis (IsAÏE VI). Mais, après tout, il n'y aurait rien en cela de prodigieux. Et, en effet, jusque dans son aveuglement il y aurait quelque reste de bonne foi, qui le rendrait sinon pardonnable, au moins digne de compassion. Mais ceux à qui je parle, et dans ce nombre je comprends la plupart des impies du siècle au milieu de qui et avec qui nous vivons, savent assez que ce n'est point par là qu'ils sont parvenus au comble du libertinage, et que le parti qu'ils ont pris de renoncer à la foi, n'a point été de leur part une résolution concertée de la manière que je l'entends. En quoi, d'ailleurs, souffrez que je fasse ici cette remarque : tout cri-
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mineli et tout inexcusables qu'ils sont devant Dieu, je ne laisse pas aussi de trouver pour eux une ressource, et comme une espèce de consolation, puisqu au moins est-il certain qu'on revient plus aisément d'un libertinage sans principes, que d'un autre dont on s'est fait, par de faux raisonnements, une opinion particulière et une irréligion positive et consommée. Quoi qu'il en soit, l'infidélité que j'attaque et qui me semble la plus commune, ne peut disconvenir qu'elle n'ait ce faible, d'être évidemment téméraire et sans preuves. Car demandez à un libertin pourquoi il a cessé de croire ce qu'il croyait autrefois; et vous verrez si, dans tout ce qu'il allègue pour sa défense, il y a seulement quelque apparence de solidité; demandez-lui si c'est à force de raisonner qu'il a découvert une démonstration nouvelle contre cette infaillible révélation de Dieu à laquelle il était soumis. Obligez-le à répondre sincèrement, et à vous dire s'il a examiné les choses ; si, cherchant, avec une intention droite et pure, la vérité, il s'est mis en état de la connaître ; s'il a eu soin de consulter ceux qui pouvaient le détromper et résoudre ses doutes ; s'il a lu ce qu'ont écrit les Pères sur ces matières de religion, qu'il ne goûte pas, parcequ'il ne les entend pas et qu'il ne veut pas s'appliquer à les entendre ; s'il est jamais entré sérieusement dans le fond des difficultés; en un mot, s'il n'a rien omis de ce que tout homme judicieux et bien sensé doit faire dans une pareille conjecture, pour s'instruire et pour s'éclaircir. Interrogez-le sur tous les points, et qu'il vous parle sans déguisement : il conviendra qu'il n'a point tant pris de mesures, ni tant fait de perquisitions. Il fallait au moins tout cela, avant que de franchir un pas aussi hardi ^u'il l'est de se soustraire à l'obéissance de la foi; mais il s'en est soustrait, chrétiens, et il s'en est soustrait à bien moins de frais. Il s'est déterminé à ne pluscrdîre, et s'il s'y est déterminé sans conviction, sans réflexion même, au hasard de tout ce qui pourrait en arriver, et n'ayant rien qui l'assurât, ni qui le fixât dans l'abîme affreux oii il se précipitait. Voilà ce que j'appelle prodige. Or, dans combien de mondains ce prodige, tout prodige qu'il est, ne s'accomplit-il pas tous les jours?
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Mais encore, me dites-vous, puisque ce n'est pas par raison que ce libertinage se forme, par quelle autre voie l'homme chrétien peut-il donc se pervertir jusqu'à devenir infidèle? Ah! mes chers auditeurs, je le répète, il se }.ervertit en mille manières, toutes opposées aux règles d'une sage conduite: mais que je regarde d'autant plus comme des prodiges, qu'elles choquent plus la droite raison. Prodige d'infidélité : il renonce à sa foi; comment? Apprenezle, et point d'autre preuve ici que votre expérience et l'usage que vous avez du monde : il renonce à sa foi par un esprit de singularité, pour avoir le ridicule avantage de ne pas penser comme pensent les autres, de dire ce que personne n'a dit, et de contredire ce que tout le monde dit, pour se figurer une relig on à sa mode, une divinité selon son sens, une providence arbitraire, et telle qu'il la veut concevoir; se faisant des systèmes chimériques, qu'il étabUt ou qu'il renverse, selon l'humeur présente qui le domine; suivant aveuglément toutes ses idées, et à force de les suivre, ne sachant bien ni ce qu'il croit ni ce qu'il ne croit pas; rejetant aujourd'hui ce qu'il soutenait hier^ et pour vouloir contrôler Dieu, ne se trouvant plus d'accord avec lui-même. Prodige d'infidélité: il renonce à sa foi par un sentiment d'orgueil, mais d'un orgueil bizarre, ne voulant pas assujettir sa raison à la parole d'un Dieu, quoiqu'il se fasse une vertu et même une nécessité de l'assujettir tous les jours à la parole des hommes; confessant en mille affaires temporelles qu'il a besoin d'être conduit et gouverné par autrui; mais prétendant qu'il est assez éclairé pour se conduire luimême dans, la recherche des vérités éternelles, et, pour me servir des termes de saint Hilaire, avouant humblement son insuffisance sur ce qui regarde les plus petits secrets de la nature, et décidant avec hardiesse quand il est question de mystères de Dieu les plus sublimes : .Equanimiter in tcnenis ùnperitus, et in Dei rébus impvdentcr ignarus. Prodiire d'infidélité : il renonce à sa foi par intérêt, et tout ensemble par désespoir, parce que la loi lui est importune, parce qu'elle le trouble dans ses plaisirs, parce qu'elle s'oppose à ses des-
seins, parce qu'elle lui reproche ses injustices, parce qu'il no peut plus autrement étouffer les remords dont il est déchiré, aimant mieux n'avoir point de foi que d'en avoir une qui le censure el qui le condamne sans cesse; et par un dérèglement de raison qui ne manque guère à suivre le péché, croyant les choses non plus telles qu'elles sont, mais telles qu'il souhaiterait et qu'il serait de son intérêt qu'elles tussent; comme s'il dépendait de lui qu'elles fussent ou qu'elles ne fussent pas, et que l'intérêt qu'il y prend en dût déterminer le vrai ou le faux. Prodige d'infidélité : il renonce à la foi par prévention, se piquant en toute autre chose de n'être préoccupé sur rien, et en matière de religion l'étant sur tout ; ne se choquant point des opinions les plus paradoxes d'une nouvelle philosophie, et s'il s'agit d'une décision de l'Église, naturellement disposé à la critiquer; craignant toujours d'avoir trop de facilité à croire, et ne craignant jamais de n'en avoir pas assez; se défendant sur ce point, de la simplicité, comme d'an faible, et ne pensant pas à se défendre d'un autre faible encore plus grand, qui est l'opiniâtreté ; en un mot, évitant comme une petitesse de génie ce qui serait équité à l'égard de la foi, et prenant pour force d'esprit ce que j'appelle entêtement contre la foi. Car sans m'étendre davantage sur d'autres espèces de libertinage qui se rapportent à celles-ci, voilà comment se forme tous les jours l'infidélité, voilà comment la foi se perd.
Il y a plus : non -seulement ce libertin abandonne sa foi sans raison, mais ce qui doit vous paraître plus étrange, il l'abandonne contre la raison et malgré la raison ; et au lieu que le mérite d'Abraham fut, selon l'Écriture, de croire contre la foi même, et d'espérer contre l'espérance même. Contra spem in spem (Rom. IV), le désordre de l'impie est d'être infidèle contre la raison même, et déserteur de la foi contre la prudence même. Car cette foi que nous professons, est appuyée sur des motifs qui, pris séparément, pourraient bien chacun nous tenir lieu d'une raison souveraine; mais qui tous réunis et pris ensemble, ont visiblement quelque chose de divin; et en effet ils ont paru si forts que les pre-
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miers hommes du monde en ont été touchés et persuadés. Que fait le libertin ? Il s'endurcit et il se révolte contre tous ces motifs. Ne prenons que celui des miracles, puisqu'il a servi de fonds à ce discours. On lui dit que Dieu a confirmé notre foi par des miracles éclatants, il s'inscrit en faux contre ces miracles et contre tous les témoins qui les rapportent et qui assurent les avoir vus. Et parce qu'entre ces miracles il y en a eu d'incontestables, qui sont les seuls dont je parle, et auxquels un prédicateur de l'Évangile doit s'attacher; miracles du premier ordre, sur quoi le christianisme est essentiellement fondé ; miracles reconnus par les ennemis mêmes de la foi, vérifiés par toutes les preuves qui rendent des faits authentiques, et qu'on ne peut contredire sans recourir à des suppositions insoutenables : par exemple, que les Évangélistes ont été des imposteurs et des insensés; des imposteurs qui se sont accordés pour nous tromper, et des insensés qui, pour soutenir leur imposture, se sont fait condamner aux plus cruels tourments : que saint Paul s'est imaginé faussement avoir été frappé du ciel et renversé par terre sur le chemin de Damas; et qu'il imposaità ceux de Corinthe, ou plutôt qu'il se jouait d'eux, quand il leur rappelait le souvenir des miracles qu'il avait faits en leur présence : que saint Augustin était un esprit faible qui donnait comme les autres dans les illusions populaires, quand il se figurait et qu'il protestait avoir vu lui-même à Garthage ce qu'en effet il n'avait pas vu : parce qu'il y a, dis-je, des miracles de cette natiire, et que le libertin n'en peut éluder la force que par de si extravagantes idées, tout extravagantes qu'elles sont, il les reçoit, il les prend, et ce qu'il aurait honte de dire, il n'a pas honte de le penser et de donner le démenti à tout ce qu'il y a eu dans l'antiquité de plus vénérable et de plus saint. Or, rien mérita-t-il jamais mieux le nom de prodige? 0 mon Dieu, est-il donc vrai que l'impiété puisse pervertir jusqu'à ce point l'esprit de l'homme, et qu'au même temps. Seigneur, qu'elle l'éJoigne de vous, elle le plonge dans de si affreuses ténèbres? Je serais infini si je voulais poursuivre et traiter ce sujet
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dans toute son étendue. Ainsi je ne dis qu'un mot du second prodige, c'est la corruption de la foi, par un attachement secret ou même public aux erreurs qui lui sont opposées, et en particulier à l'hérésie. Abîme où Tertullien confesse qu'il se perdait toutes les fois qu'il voulait l'approfondir et sonder les jugements de Dieu : abîme où j'ose néanmoins dire que de son temps il n'apercevait pas encore certains désordres que nous avons vus dans la suite. Car, Bans considérer l'hérésie en elle-même, que les Pères ont regardée comme un monstre composé de tout ce que le dérèglement de l'esprit est capable de produire, il me suffirait maintenant de faire avec vous la réflexion que faisait un grand cardinal de notre siècle, savoir, que de tant de fidèles qui dans les derniers temps ont corrompu la pureté de leur rehgion, en se laissant infecter du venin de l'hérésie, à peine s'en est-il trouvé quelques-uns que leur bonne foi ait pu justifier, je ne dis pas devant Dieu, mais même devant les hommes, et dont par conséquent l'apostasie n'ait pas été une espèce de prodige. Je n'aurais même qu'à m'en tenir à l'hérésie du siècle passé, et à ce que l'histoire nous en apprend : je n'aurais, si le temps me le permettait, qu'à vous montrer des catholiques sans nombre qui, suivant la multitude et emportés par le torrent, se déclaraient pour la eecte de Calvin, les uns sans la connaître ni se donner la peine d'en démêler les questions et les controverses, les autres peut-être positivement convaincus de sa fausseté. Car combien en vit-on à qui la doctrine de cet hérésiarque, touchant la réprobation des hommes, faisait horreur, et qui, toutefois, ne laissaient pas d'être ses partisans les plus zélés? Que si vous me demandiez pourquoi donc ils s'attachaient à lui? pourquoi? autre prodige, chrétiens, qui n'est pas moins surprenant. Car je vous répondrais, et toute l'histoire m'en servirait de témoin, qu'ils ne se conduisaient en cela que par les motifs les plus indignes et les plus injustes : les uns par un fonds de chagrin contre l'Église, et par une opposition générale à ses sentiments ; gens qui dans le siècle d'Arius auraient été infailliblement ariens, et qui du temps
de Pelage ser.ûent immanquablement devenus pélagiens : les autres par des antipathies particulières, ne combattant la vérité que parce qu'elle était soutenue par leurs ennemis, et déterminés à la soutenir si leurs prétendus ennomis avaient entrepris de la combattre : quelques-uns par de lâches intérêts, plusieurs par un esprit de cabale : ceux-ci par une maligne curiosité et pour être de l'intrigue; ceux-là par une malheureuse ambition et pour être chefs du parti : les grands par politique, et parce qu'ils en faisaient une raison d'Étal ; les petits par nécessité, et parce qu'ils dépendaient des grands ; les femmes par une vaine affectation de passer pour savantes et pour spirituelles ; les hommes par une complaisance pour elles encore plus vaine, et jusqu'à ré^^ler par elles leur religion : les génies médiocres, pour s'attirer la réputation et l'estime attachées à la nouveauté ; les génies plus élevés, par crainte de s'attirer la haine des novateurs et d'être en butte à leurs traits : les amis entraînés par leurs amis, les proches gagnés par leurs proches : le peuple sans autre raison que la mode et parce que tout le monde allait là, chacun pour satisfaire sa passion : ne sont-ce pas là des prodiges, mais des prodiges dont notre foi même serait troublée, si la prédiction de l'apôtre ne nous rassurait, et si dans la vue d'une tentation si dangereuse, il ne nous avait avertis non-seulement que toutes choses arriveraient, mais qu'elles étaient nécessaires pour le discernement des élus : Oportet hscreses esse, ut qui probati sunt, manifesti fiant in vobis (1 Cor. XI).
Mais n'insistons pas là-dessus davantage, et Gnissons, mes chers auditeurs, par le dernier prodige qui nous regarde et qui n'est plus ni le renoncement à la foi, ni la corruption de la foi, mais une affreuse contradiction qui se rencontre entre notre vie et notre foi. Je m'explique. Nous sommes chrétiens, et nous vivons en païens ; nous avons une foi de spéculation, et dans la pratique toute notre conduite n'est qu'infidélité; nous croyons d'une façon, et nous agissons de l'autre. Dans tout le reste, nos actions et nos affections s'accordent avec nos persuasions et nos connaissances : car
hVR LA rtELIGION CIIRÉTIENiNE. UO
nous aijuons, nous haïssons, nous fuyons, nous recherchons, nous souffrons, nous entreprenons selon que nous sommes ôclairés. Il n'y a que le salut et tout ce qui le concerne, vu, par le plus déplorable renversement, nous fuyons ce que nous jugeons être notre souverain bien, et nouij reciierchons ce que nous jugeons être notre souverain mal ; nous profanons ce que nous reconnaissons être adorable, ec nous idolâtrons ce que nous méprisons dans le cœur; nous abhorrons ce qui nous sauve, et nous adorons ce qui nous perd. Si, chrétiens en effet, comme nous le sommes de nom, nous vivons conformément à la foi que nous professons, notre \ie, il est vrai, dit saint Jérôme, serait un continuel miracle, mais elle n'aurait rien de prodigieux. Si, païens de profession et n'ayant pas la foi nous vivions selon la chair et selon les sens, quelque désespérés que nous fussions, il n'y aurait rien dans nos désordres que de naturel. Mais avoir la foi et vivre en infidèles, voilà ce qui fait le prodige. Prodige dont les impies ne veulent point convenir, prétendant que la vie et la créance se suivent toujours, c'est-à-dire, que l'on vit toujours comme l'on croit, et que l'on croit comme l'on vit, pour avoir droit par là de rejeter tous leurs désordres sur le défaut de persuasion, sans les imputer jamais à leur malice. Mais erreur dont il est bien aisé de les détromper, puisqu'il n'est pas plus difficile d'avoir la foi et d'agir contre la foi, que d'avoir la raison et d'agir contre la raison; or, n'est-ce pas de leur propre aveu ce qu'ils font eux-mêmes tous les jours? Ah ! chrétiens, faisons cesser ce prodige; accordons-nous avec nous-mêmes; accordons nos mœurs avec notre foi, autrement que n'avons-nous point à craindre de cette foi profanée, de cette foi scandalisée, de cette foi déshonorée? Faisons-la servir à noire pénitence, si nous nous sommes retirés de ses voies; faisons-la servir à notre persévérance, si nous y sommes déjà rentrés, ou que nous y soyons toujours demeurés; marchons à la faveur de ses divines lumières, et ne les éteignons pas en nous livrant à nos passions et aux aveugles appétits de la chair : car rien ne nous expose plus à perdre
la foi, qu'une vie sensuelle et volup,tueuse; c'est par là que tant d'impies l'ont perdue, et c'est encore ce qui les attache à leur libertinage, et ce qui les empêche d'en sortir. Ah ! Seigneur, vous avez dans les trésors de votre justice bien des châtiments dont vous pouvez punir nos désordres. Frappez, mon Dieu ; et fallût-il nous affliger de toutes les calamités temporelles, ne nous épargnez pas, mais conservez-nous la foi : ce n'est pas assez ; ranimez-la, réveillez-la, ressuscitez-la cette foi languissante, cette foi mourante, et même cette foi morte sans les œuvres ; autant et selon qu'elle vivra en nous, nous vivrons avec elle et par elle, et le terme où elle nous conduira, c'est l'éternité bienheureuse que je vous souhaite, etc.
Credidil ipse,et domus ejus tota.
Il crut en Jésus-Christ, et toute sa maison crut comme lui,
Jean, IV.
C'est d'un père de famille que l'Evangile nous produit aujourd'hui l'exemple : touché du miracle que le Sauveur du monde venait d'opérer en sa faveur, et ayant embrassé la loi de cet Homme-Dieu, il la fait encore embrasser à ses do« mestiques, et ne croit pas pouvoir mieux employer son pouvoir qu'à lui soumettre toute sa maison : Credidit ipse, et domus ejus tota. Ce n'est pas qu'il use de violence, ni que d'une autorité absolue il entraîne des esprits rebelles, et arrache d'eux, pour ainsi parler, une foi contrainte et forcée : en matière de religion, tout doit être libre et pleinement volontaire, et Dieu réprouverait un culte où le cœur n'auraitpoint
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de part. Si donc cette heureuse famille s'attache désormais à Jésus-Christ et en suit fidèlement la doctrine, c'est qu'elle y est engagée par l'exemple de son chef, c'est qu'elle y est animée par ses sages remontrances, c'est que le témoignage de ce nouveau chrétien est une instruction pour elle, qui l'éclairé, qui la conva ne, et que de l'honneur qu'il rend à la foi, el/e apprend elle-même à l'honorer. Car ce fut là sans doute, mes chers auditeurs, la grâce prévenante et extérieure dont Dieu se servit, tandis qu'il agissait intérieurement dans les âmes, et qu'il y répandait les rayons de sa lumière. Si ce Maître n'eût pas cru, ou si, dissimulant sa foi, il n'eût pas ea l'assurance de de s'en déclarer, tant de sujets, soumis à son obéissance et témoins de sa conduite, seraient demeurés dans les ténèbres de l'infidélité : mais parce qu'il ne se contenta pas de croire, et qu'il parla selon sa créance, qu'il s'expliqua hautement, qu'il confessa Jésus-Christ de bouche et par œuvres, sa conversion seule fut le principe de toutes les autres conversions. Credidit ip.se, et domus ejus Ma, Or, voilà le zèle que je voudrais allumer dans vos cœurs : voilà, chrétiens, par où je voudrais corriger mille scandales que nous causons à notre religion et qui la déshonorent. Je vais vous faire comprendre ma pensée; mais pour vous la bien développer, j'ai besoin de l'assistance du Saint-Esprit, et je la demande par l'intercession de Marie : et disons-lui, Ave.
Nous avons tous une obligation indispensable et naturelite d'honorer notre religion, comme nous en avons une d'honorer notre Dieu. Ces deux obligations sont fondées sur le même principe, et l'une est une suite nécessaire de l'autre Dieu et la religion, dit saint Thomas, ne se peuvent séparer: car Dieu est la fin dernière que nous cherchons, et larehgion est le moyen qui nous fie à cette fin. Comme il est donc impossible d'aimer la fin sans aimer le moyen, aussi est-il impossible d'honorer Dieu sans honorer la religion. Voilà le plus noble zèle que nous puissions jamais concevoir, et celui de tous auquel nous sommes le plus étroitement engagés. C'est le plus excellent et le plus noble, parce que faire bon-
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neur à la religion, c'est le faire à Dieu même : or, quel avantage pour une créature, qu'elle soit capable de faire honneur à son Dieu! C'est celui auquel nous sommes le plus étroitement engagés, parce que le premier de tous les devoirs, comme les païens mêmes l'ont reconnu, regarde la divinité et là religion. L'amour de la patrie, la foi conjugale, la piété des enfants envers leurs pères, le lien des amitiés les plus intimes, tout cela est fort, et ce sont do grandes obligations: mais tout cela doitcéder à l'obligation dont je parle, et plutôt que d'y manquer, il faut être prêt de renoncera tout le reste.
Qu'est-ce que notre religion ? C'est un précieux héritage que nous avons reçu de nos ancêtres, comme ils l'avaient euxmêmes reçu de Dieu: c'est à nous de le conserver et de le maintenir avec honneur. Moïse, Josué et les autres conducteurs du peuple de Dieu, pouvaient toutsur lui quand ils l'intéressaient par cette considération. Alorsdisaient-ils, "généreux Israélites, c'est pour le Dieu d'Abraham qu'il faut combattre; c'est le Dieu d'Isaacet de Jacob qui vous commande de marcher ; c'est le Dieu de vos pères qui nous envoie pour vous témoigner combien il se tient offensé de vos superstitions. A cette parole du Dieu de leurs pères, ils se sentaient émus, ils obéissaient sans réplique, ils brisaient leurs idoles, les armées entières se mettaient sur pied et se présentaient à l'ennemi. Quoi donc, demande saint Chrysostome, est-ce que Dieu était pour eux quelque chose de plus, parce qu'il avait été le Dieu d'Abraham; ou que leur religion était plus sainte, parce qu'elle avait été celle de leurs pères ?Non, répond ce saint docteur : mais cependant celte vue du Dieu de leurs pères réveillait en eux les plus purs sentiments do leur foi. Se regardant comme les successeurs d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ils avaient honte d'avoir dégénéré de leur piété; et ce seul motif leur inspirait le zèle de ces grands patriarches, je veux dire, le zèle de la vraie religion.
Je ne suis, chrétiens, ni un Moïse ni un Josué, pour prétendre la même autorité sur vous; mais j'en ai une autre en vertu de mon ministère, qui ne m'autorise pas moins à vous parler de la part de Dieu ; et c'est par un mouvement parti-
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culier de son esprit, que je viens vous solliciter pour les intérêts de votre religion et de la mienne ; me promettant au reste bien plus de vous que jamais Moïse n'eut droit d'attendre du peuple juif; car c'était un peuple grossier et incrédule, un peuple insensible aux bienfaits de Dieu, un peuple léger et inconstant; et moi j'espère trouver en vous un peuple docile, qui sera touché des scandales dont la religion de Jésus-Christ est deshonorée, et qui conspirera avec moi pour les retrancher du royaume de Dieu et de son Église : Et colligentde regno ejus omnia scandala (Matth. XIII). Il ne s'agit ici que des scandales qui attaquent spécialement la religion, et voici le dessein de ce discours. Je suppose deux qualités essentielles dont je vous ai déjà entretenus, et que nous reconnaissons, comme chrétiens, dans notre religion, savoir, la vérité et la sainteté : la vérité de sa doctrine, et la sainteté de sa morale. Or, de là je tire deux conséquences, qui vont partager ce discours : Notre rehgion est vraie ; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi, c'est la première partie : notre religion est sainte ; donc nous devons tous l'honorer par la pureté de nos mœurs, c'est la seconde partie. Voilà où se réduit ce zèle dont j'ai entrepris de vous entretenir et ce qui me donnera lieu de combattre bien des désordres que nous ne pouvons assez déplorer dans le christianisme. Donnezmoi votre attention.