‹ Chefs-d'œuvre oratoires de BourdaloueChapitre 9 sur 35 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est une décision de l'apôtre, que, pour acquérir la justice chrétienne et pour parvenir au salut, il faut deux choses : croire dans le cœur, et faire au dehors profession de ca créance. Professer la foi et ne l'avoir pas dans le cœur, ce serait hypocrisie; mais aussi l'avoir dans le cœur et n'oser pas dans les rencontres et dans les sujets où son honneur le demande la produire au dehors et en faire une déclaration publique, ce serait pour elle un outrage, puisque ce serait la désavouer dans la pratique et en rougir. Corde cre^

ditur ad jiistit>am ; ore autem confessio fit ad sahitem (Rom. X). Il est donc d'un devoir essentiel à l'égard de tout chrétien, de joindre, pour honorer sa religion, à la soumission de l'esprit la confession de la bouche, et tel a été l'hommage que lui ont rendu si hautement et avec tant d'éclat les premiers fidèles. Rien n'a plus contribué à sa gloire que la sainte liberté de ces parfaits chrétiens à la reconnaître et, à la publier. Voulez-vous savoir comment au milieu des plus violente? persécutions, bien loin de déchoir en aucune sorte et de rien perdre de sa splendeur, elle s'est toujours soutenue et toujours élevée? C'est, répond saint Cyrille, qu'elle recevait alors de grands et d'illustres témoignages. Les empereurs pensaient la détruire en exerçant toute leur sévérité contre ceux qui la professaient, et c'était justement le moyen de l'établir. Ils travaillaient par là, sans le vouloir, à son accroissement, parce qu'ils lui procuraient autant de témoins qu'ils condamnaient de prétendus criminels : chaque confession lui coûtait un martyr, mais chaque martyr lui attirait une troupe de nouveaux défenseurs.

Écoutez l'excellente raison qu'en donne TertuUien : c'est, dit-il, que l'inébranlable et admirable constance des fidèles, dans la profession de leur foi, était une leçon sensible et convaincante pour les païens. Illa ipsa, quant exprohratiSf obstinatio confitendi magistra est (Tertull.). Et en effet, ces idolâtres, tout attachés qu'ils étaient à leurs superstitions, voyant, dans le christianisme qu'ils persécutaient, une telle fermeté, se sentaient portés à examiner le fond de cette religion préchée avec tant de zèle, défendue avec tant de force, avouée avec tant d'assurance et au péril même des plus cruels tourments et de la mort. Quis enim contemplatione ejus non concutitiir ad requirendum quid intùs in re sit (Idem ) ! Par cette recherche et cet examen qu'ils en faisaient, ils apprenaient à la connaître; et c'était assez qu'ils la connussent pour la révérer et pour l'embrasser. Quis autem- ubi requisivit, non accedit (Idem)? Voilà, conclut TertuUien, ce qui augmentait tous les jours le nom-

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bre des disciples de Jésus-Christ, et ce qui donnait tant de lustre et tant de crédit à la loi qu'ils professaient. Mais, au contraire, qu'un d'eux eût fait une fausse démarche et se fût anéanti dans une malheureuse occasion, que la crainte des hommes et leurs menaces l'eussent ébranlé, qu'une espérance humaine l'eût tenté et surmonté, qu'il eût honteusement disparu pour ne pas répondre et ne pas rendre raison de sa foi, ou, qu'oblij^é de paraître, il eût, par une lâche dissimulation, caché ce qu'il était, ah ! la honte en rejaillissait jusque sur la face de l'Église, la peine qu'elle en ressentait lui était plus douloureuse que les roues et que les croix; et, comme disait "saint Gyprien, la faiblesse des membres faisait languir le corps et lui causait les plus tristes défaillances, hi prostratis fratribus, et nos prostravit affectus (Gypr.).

Or il est vrai, mes frères, ces temps d'une persécution ouverte et générale ont cessé, et nous ne sommes plus appelés devant les tribunaux ni exposés aux arrêts des tyrans; on ne nous fait plus un crime d'être chrétiens, et même on en ferait un de ne l'être pas. Mais ne nous flattons point de cette paix ; car, à le bien prendre, cela veut dire que nous ne sommes plus en pouvoir d'honorer autant notre religion que l'ont honorée ces glorieux athlètes, qui eurent le courage et le bonheur de signer leur foi de leur sang. Cependant, sans être en état de l'honorer comme eux, il y a un témoignage qu'elle attend de nous; et parce que souvent nous lui refusons ce témoignage si juste et si raisonnable, qu' arrive -t-il? C'est qu'au lieu de lui faire tout l'honneur que nous pourrions au moins lui procurer, nous la déshonorons par nos scandales, et la décréditons. Si je puis bien vous développer ce mystère d'iniquité, vous en gémirez avec moi, et vous apprendrez à en réparer les suites funestes. Suivez-moi, je vous prie.

Oui, chrétiens, la profession de notre foi et l'honneur qu'en retire la religion, est pour nous d'un devoir tellement rigoureux, que nous n'y pouvons manquer sans en devenib .responsables, et à Dieu, et à l'Église, et à toute la société des

fidèlps. Trois preuves exprimées en trois mots, et fondées sur la doctrine de saint Tliomas; expliquons-les. Car quand Dieu a voulu instituer une religion sur la terre, il n'a pas prétendu qu'elle y demeurât obscure et dans les ténèbres : parce qu'elle devait servir à sa gloire, et qu'elle n'était même établie que pour sa gloire, il ne suffisait pas qu'elle fût tout intérieure et renfermée dans le secret des âmes; mais il fallait qu'elle fût visible, il fallait qu'elle parût au jour et au plus grand jour, afin que par son éclat elle contribuât à relever la grandeur du Maître à qui elle nous soumet, et qu'elle nous propose comme l'objet de notre culte. Or, elle ne peut ainsi paraître qu'autant que nous Icv professons; et de là ces exercices publics qu'elle nous fait pratiquer; de là ces sacrés mystères qu'elle nous fait célébrer, de là ces solennités et ces fêtes qu'elle nous fait observer, de là ces pieuses assemblées où elle nous appelle, et ces augustes cérémonies où elle nous fait assister; de là ces prières communes, ces louanges divines qu'elle nous fait réciter; de là tout cet extérieur de religion que nous devons accompagner de l'esprit, et qui, nous donnant une haute idée du service de Dieu, nous attache plus étroitement, à Dieu même et nous excite à le glorifier. Si donc nous voulons nous borner à une fausse obéissance du cœur, et que nous dépouillions notre religion de ces apparences et de ces dehors, si nous craignons de la faire voir, nous l'obscurcissons, nous la retenons captive dans un honteux silence; toute vraie qu'elle est, nous en altérons, non pas la vérité, qui est toujours la même, mais la foi, qui a divers degrés, et qui peut être plus ou moins vive. La tache se communique, elle s'éiend en quelque sorte jusqu'à Dieu, et par là nous lui dérobons une partie de la gloire qu'il avait en vue, et dont nous lui sommes redevables.

Il n'est donc pas surprenant que Dieu, par un commandement exprès, nous oblige de nous faire connaître sur le point de la religion, de parler ouvertement et sans déguisement, d'ajouter aux paroles tout ce qui peut dans la pratique découvrir et mettre en évidence notre foi, d'en re-

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hausser par cette confession les avantages et d'en confirmer la vérité. Mais ce n'est pas tout, poursuit l'ange de l'École, et cette même confession de la foi que la lumière céleste a gravée dans notre sein, l'Église, par un autre précepte, a droit encore de nous la demander, et en effet nous la demande comme une ratification de la promesse faite pour nous dans notre baptême, et de l'engagement contracté en notre nom. Cette pensée est solide; comprenez-la. Sur les sacrés fonts de baptême, nous avons fait à l'Église un serment d'obéissance, et nous nous sommes présentés pour être admis parmi ses enfants et au nombre des fidèles; à la face des autels nous avons solennellement reconnu la vérité de la loi où nous voulions être agrégés pour y vivre et pour y mourir ; nous avons renoncé au démon, au monde, à la chair, pour nous dévouer à Jésus-Christ, pour porter le joug de Jésus-Christ, pour être revêtus de Jésus-Christ ; tout cela en présence du ministre qui nous a conféré la grâce, en présence des spectateurs, les uns garants, et les autres seulement témoins de notre protestation authentique et irrévocable. Yoilà comment nous avons reçu la foi dès la naissance ; mais après tout, ce n'était point nous proprement alors qui agissions, nous qui parlions, nous qui nous engagions et qui répondions; on répondait pour nous, on parlait pour nous, on agissait pour nous. L'Église a bien voulu se contenter de ce premier engagement; elle l'a accepté, mais à une condition, c'est que dans la suite il serait ratifié, et par qui? par nousmêmes, et par où? non poiat tant par un aveu de l'esprit, quoique nécessaire, que par un aveu de la bouche, par un aveu déclaré, publié, notifié à tout le monde chrétien. Sans cela, sans une telle profession, nous révoquons tacitement ce que nous avons dit par le ministère de ceux qui nous ont prêté leur voix pour nous faire entendre ; nous les démentons, et nous nous démentons nous-mêmes. Du moins nous rendons notre foi suspecte, et nous faisons cette injure à la religion où l'Église nous a associés et incorporés, de ne plus oser prendre son parti ni lui marquer notre attachement, dès que notre raison développée peut en discerner la

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vérité, et que nous nous trouvons en état de l'honorer par notre propre témoignage.

Le mal va encore plus avant, et nous violons une troisième et dernière obligation, c'est celle de l'exemple que doit chaque fidèle à toute la société chrétienne dont il est membre ; car nous ne sommes tous qu'un même corps en Jésus-Christ, et ce qui fortifie ce corps mystique, ce qui lui donne une sainte vigueur, ce qui soutient la foi qui en est l'âme, ce qui la fait fleurir, c'est l'édification commune que l'on reçoit et qu'il rend à l'autre; ce sont ces dehors de religion qui frappent les yeux, et qui font d'autant plus d'impression sur les cœurs que nous nous sentons naturellement excités à imiter ce que nous voyons. Touché de cet extérieur, on conçoit pour la religion même un profond respect; l'impiété est forcée de se taire, et la vérité triomphe. Mais par une règle toute contraire, que ce culte visible et apparent commence à s'abolir, tout commence à languir; on ne sait presque plus ce que c'est que la religion; les hbertins s'en prévalent, les fidèles en sont troublés; qu'est-ce que la foi, dit-on, et y en a-t-il encore dans le monde? Filius hominis veniens , putas fldem inveniet in terra? (Luc. XVIII.)

Voilà, dis-je, mes chers auditeurs, les principes évidents et incontestables d'où le Docteur angélique a tiré, comme une conséquence infaillible, l'important devoir que je vous prêche. Devoir général qui nous regarde tous; mais devoir particulier pour vous, grands de la terre : un grand, par son élévation, est plus en état de faire honneur à sa religion; de môme aussi que sa grandeur et la distinction de son rang, par un malheur qui en est inséparable, le met en pouvoir de nuire davantage à la religion, et de lui porter des coups plus mortels. Devoir particulier pour vous, pères, et mères : un père et une mère, par l'autori'é qu'ils ont dans leur famille, sont plus capables d'y entretenir l'esprit de religion, et par conséquent en deviennent beaucoup plus criminels s'ils ne prennent pas soin de l'y conserver, et que, par un abandon total des œuvres religieuses, ils le laissent peu à peu se détruire, soit dans eux-mêmes, soit dans ceux que

le Ciel leur a soumis. Devoir particulier pour vous, à qui la réputation, l'érudition, le génie donne, sans autre droit, un certain crédit dans le monde : il ne faut souvent qu'une parole d'un homme de ce caractère pour maintenir ou pour affaiblir la foi et la religion dans des esprits prévenus en sa faveur et dispo?^^ à l'écouter. C'est ce qu'avait si bien com pris le Prophète royal, et ce que nous devons nous-mêmes conclure, en disant comme lui : Credidi pr opter quod locutus sum (Ps. CXV). J'ai cru et je ne m'en suis pas tenu là; je n'ai point cherché à déguiser mes sentiments ni ma créance; je n'ai point eu peur qu'on en fût instruit et qu'on les connût; mais dans la persuasion où j'ai été et où je suis encore, que JG devais cet hommage à la vérité, et cette reconnaissance au bienfait du Maître qui me l'a révélée, je m'en suis expliqué dans tous mes discours et dans toute ma conduite. Propter quod locutus sum.

Telle était la fidéhté de ce saint roi; mais par une prévarication contre laquelle les prédicateurs de l'Évangile ne peuvent trop fortement s'élever, et qui doit exciter toute l'ardeur de leur zèle, que faisons-nous ? Ah ! mes frères, que ne puis-je vous le représenter dans toute son étendue et dans toute son horreur! Au lieu d'honorer notre foi en la professant selon les règles d'une religion pure et sincère, nous la déshonorons par des scandales, dont le christianisme, qui est pour nous en cette vie le royaume de Dieu, se trouve rempli. Scandales de toutes les sortes : les uns directs, et ce sont des scandales de libertinage et d'irréligion; les autres indirects, et ce sont des scandales d'indifférence, de lâcheté, de respect humain en matière de religion. J'entre dans un fonds de morale que je n'entreprends pas d'épuiser, puisqu'il est presque inépuisable; mais la simple exposition que je vais faire des désordres du siècle, je dis de ce siècle malheureux où nous vivons, suffira pour vous toucher et vous convaincre mieux que tous les raisonnements.

Scandales de libertinage et d'irréligion : je ne prétends point ici parler de ces scandales énormes qui n'éclatent que trop souvent, lorsque, dans l'excès et dans la licence d'une

débauche sans ménagement et sans égard, des impies font gloire de traiter avec profanation les choses de Dieu, de parler insolemment de nos mystères, de se jouer des plus horribles sacrilèges, et d'employer ce qu'il y a de plus saint et de plus divin à leur divertissement. Cela s'est vu, chrétiens, et Dieu veuille que ces anathèmes qui ont été au milieu de nous, pour user du terme de TÉcriture, n'aient pas attiré sur nos têtes les malédictions et les fléaux dont nous sommes continuellement affligés! Peut-être en portons-nous la peine Siins le savoir. Quoi qu'il en soit, de telles impiétés et leurs auteurs ont plutôt besoin d'être réprimés par la sévérité des lois, que par les salutaires avis des ministres évangéliques; et malheur à ceux qui, revêtus d'une puissance légitime pour arrêter ces scandales, les laissent impunis; malheur à ceux par qui Dieu en doit être vengé et par qui il ne Test pas, car il saura bien se venger lui-même et sur eux-mêmes. C'était à eux d'être les protecteurs et les défenseurs de la cause de Dieu ; mais parce qu'une molle connivence, qu'une considération tout humaine les a retenus, c'est à eux que Dieu demandera raison de sa cause abandonnée et de ses intérêts trahis. Cependant le comble du scandale, n'est-ce pas de voir quelquefois des libertins si scandaleux et si diffamés, aspirer encore après cela aux premiers rangs, et peut-être aux premiers rangs de cette même religion qu'ils ont profanée avec tant de mépris et tant-d'outrages; voulant porter jusque sur le faîte de la dignité une tache qui ne s'effacera jamais, une flétrissure qui les exposera toujours aux reproches que le libertinage même pourra leur faire et leur fera, et qui par là les rend presque absolument incapables d'être dignement et utilement ce qu'ils travaillent néanmoins à devenir.

Je ne veux point non plus parler de ces abominations 'de désolation qui paraissent tous les jours dans le lieu saint, c'est-à-dire, de ces irrévérences qui se commettent à la face des autels, à la vue des prêtres du Dieu vivant, aux yeux de tout un peuple assemblé et humilié devant le Seigneur; comme si Ton avait entrepris de venir insulter Dieu

même dans sa propre maison; comme si son sanctuaire était destiné aux plus sales entretiens, aux plus criminelles libertés, aux plus indignes adorations. Scandale qui, par une espèce de providence, ne se voit que dans l'Église chrétienne et parmi nous : Dieu, dit excellemment saint Augustin ayant, ce semble, voulu de notre impiété même nous faire une preuve de la vérité de notre religion, puisque c'est la seule don' le démon tâche de corrompre le culte et s'efforce de pervertir les pieuses pratiques. Pourquoi la seule? Il n'est pas difficile d'en concevoir la raison. Car de toutes les religions c'est la seule oîi le vrai Dieu est servi; et l'intérêt de ce capital ennemi de Dieu est que tous les autres, quoique faux et superstitieux, soient religieusement observés, parce que ce sont ses ouvrages, et qu'il est lui-même adoré. Encore une fois, ce n'est point de tout cela que je parle; ce sont plutôt des monstres que des scandales, et sans que je m'arrête à vous en faire d'affreuses images, il ne faut que le moindre sentiment du christianisme pour les détester.

Je passe donc à d'autres où nous tombons avec moins de peine, que nous évitons avec moins de soin, à quoi peu à peu l'esprit du siècle nous familiarise, que nous nous figurons assez innocents et dont quelquefois nous nous piquons jusqu'à en faire vanité, quoiqu'en effet ce soient des scandales et des scandales d'irréligion. Examinons la conduite du monde, et nous aurons bientôt appris à les connaître. Scandales d irréligion, remarquez ceci, s'il vous plaît, scandales d'irréligion : ce sont mille railleries des choses saintes, où l'on s'égaie et dont on s'applaudit. On raille de tout : on raille des personnes de piété, et cela détourne les esprits faibles de la voie de Dieu : on raille des pasteurs des âmes et des vicaires de Jésus-Christ; et cola les empêche de glorifier Dieu dans leur ministère : on raille des prédications et des prédicateurs, et cela fait que la divine parole e'z'*-^ abandonnée, et qu'elle n'opère rien : on raille des dévotions de l'Église, sous onibre de crédulité, de simplicité, d'imagination et de vision dans les peuples qui la pratiquent, et cela tourne au mépris de l'Église même qui les autorise

on raille de certaines sociétés, de certaines indulgences, sous prétexte des abus qu'on y découvre, ou qu'on croit y découvrir : au lieu d'imiter saint Augustin, qui, tout évêquo qu'il était, n'osait souvent s'élever contre un abus, de peur que la substance même de la chose n'en fût altérée ; car c'est ainsi qu'il s'en déclare dans une de ses lettres. On raille de la fréquentation des sacrements, et de là vient que ces sources de grâces et ces remèdes salutaires sont négligés.

Scandale d'irréligion : c'est cette malignité dont tant d'esprits aujourd'hui sont préoccupés contre l'Église. Car vous en verrez qui là-dessus ont un fonds de chagrin et d'amertume dont ils ne sauraient se défendre : à peine peuventils souffrir que TÉglise soit dans l'éclat oii elle est maintenant, ses revenus les choquent, sa juridiction leur déplaît : ils voudraient qu'elle fût aussi dépendante des puissances temporelles, aussi pauvre et aussi abjecte dans le monde, qu'elle l'était du temps des premiers Césars; c'est-à-dire qu'elle fût aussi esclave sous les chrétiens qui sont ses enfants, qu'elle l'était sous ses persécuteurs et ses ennemis. Nouveaux Hérodes, dit saint Bernard, qui laissent Jésus- Christ en paix dans l'obscurité de son berceau, mais qui sont jaloux de le voir puissant et exalté dans les progrès et l'exaltation de son épouse. Aller Herodes, qui Cliristum non in cunis habet suspeciiim, sed in Ecclesiis invidet exaltatum (Bern.). Entendez-les parler de l'Église, il n'y a rien qu'ils ne défigurent S'y consacrer pour vaquer à Dieu, c'est paresse; s'y établir, c'est ambition et intérêt. Qu'un ecclésiastique ou un religieux s'oublie en quelque rencontre, vous diriez qu'ils en triomphent. Qu'il y ait eu quelque chose à censurer dans un homme constitué en dignité, dans un Souverain Pontife, c'est sur quoi ils sont savants et éloque/^.ts. Toujours disposés à raisonner sur ce que l'Église ordonne, et jamais à le favoriser, n'ayant d'esprit que contre l'Éghse, et jamais pour l'Église, n'étant attentifs qu'à borner son autorité, sans être dociles à s'y soumettre.

Scandale d'irréligion, c'est cette témérité si dangereuse

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et si ordinaire avec laquelle des hommes sans étude, sans lettres, sans nulle teinture des sciences divines, s'énoncent hardiment sur tout ce qu'ils ne goûtent pas dans notre créance, ou qui n'est pas conforme à leur sens dans l'Écriture, quoique les seules raisons humaines, dit saint Augustin, dussent leur rendre cette créance et cette écriture vénérables : et cela, chrétiens, parce qu'ils sont du nombre de ceux que décrivait l'apôtre saint Jude, qui blasphèment tout ce qu'ils ignorent : Quœcumque ignorant blasphema7it{J[]D. X); au lieu qu'ils devraient dire : du moins je portera ice respect à ma foi et à ma religion, de ne condamner jamais ce que je n'entendrai pas, et d'en accuser plutôt mon ignorance, que de m'en prendre à celui dont les ténèbres valent mieux pour moi que toutes les lumières de mon esprit. Scandale d'irréligion; ce sont ces livres contagieux et ces ouvrages oîi la foi est artificieusement corrompue, où la vertu est traduite en ridicule, où la crainte de l'enfer et des jugements de Dieu est représentée comme une faiblesse : ouvrages reçus avec une estime générale, lus avec une avidité insatiable, récités dans tous les cercles et proposés pour des modèles. En vérité peut-on dire alors qu'il y ait de la religion dans le monde? le peut-on penses? Scandale d'irréligion : ce sont ces liaisons avec des gens connus pour être des incrédules et des athées ; liaisons dont les plus vertueux, ou ceux qui passent pour tels, ne font point de scrupule : liaisons fondées sur cela seul, que ce sont des esprits agréables, qu'ils divertissent et qu'ils plaisent, qu'ils brillent dans les conversations et qu'on les écoute volontiers sans se soucier du péril où l'on expose sa conscience et sa foi; sans se mettre en peine de l'avantage qui en revient à l'impiété, quand on voit que, pour n'avoir point de religion, on n'en est pas moins estimé ni moins recherché. Ati! chrétiens, où est ce zèle du roi-prophète, lorsqu'il protestait si hautement à Dieu qu'il n'aurait jamais de commerce avec les impies, et que jamais il ne leur donnerait le moindre accès auprès de sa personne, parce qu'il craignait de paraître en quelque sorte les approuver et les autoriser. Odivi ecclesiam

malignantium , et cum impiis non sedebo (Psal. XXV).

Poursuivons, et ne nous lassons point d'un détail toujours abrégé, quelque étendu d'ailleurs qu'il puisse être. Scandales d'irréligion : ce sont ces entretiens où se débitent mille maximes formellement opposées à la morale de l'Évangile; par exemple, que rien n'est plus cher que l'honneur, et qu'il ne faut jamais souffrir une injure; que chacun, par rapport aux biens temporels, doit penser à soi, et se pourvoir comme il peut; qu'on n'est heureux qu'autant qu'on est riche, qu'autant qu'on est puissant et accrédité, qu'on jouit des commodités et des douceurs de la vie; qu'il y a un âge pour la retraite, et un autre pour le plaisir; que certaines fautes ne sont point de si grands péchés; qu'il n'est pas à croire que Dieu s'en tienne si grièvement offensé, ni qu'il les punisse si sévèrement. Maximes toutes mondaines, mais dont on se prévient, auxquelles on se conforme, que l'on répand, que Ton suit, malgré les anathèmes du Fils de Dieu qui les a tant de fois foudroyées et proscrites. Enfin, scandales d'irréligion : ce sont ces nouveautés, ces erreurs qu'on veut introduire aux dépens de la sainte doctrine. Erreurs qui n'éclatent pas tout à coup, mais qui se glissent secrètement et par degré: on les couvre d'un voile de religion et de réforme; on les insinue dans des discours publics, dans des conférences paniculiôres, dans des libelles et des écrits; on leur donne un air do régularité, d'austérité, de pur christianisme, qui impose et qui engage. Elles ont bientôt leurs fauteurs, surtout parmi le sexe, plus facile à séduire et plus sujet à s'entêter; elles ont bientôt leur parti, et ce parti croît, s'avance, lève la tête, se soutient par ses intrigues, ses artifices, ses discours; désole le champ du père de famille en y semant la zizanie, et cause dans le troupeau de Jésus-Christ les schismes et les divisions. Ce ne sont point des fantômes; et plût au ciel que tout ce que j'en pourrais dire ne fut qu'imaginaire et en idée !

Or, je vous demande, mes chers auditeurs, si tout cela et tout ce que je passe, ne sont pas des scandales, et des scandales directement contraires à cette profession simple, sou-

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mise, droite et ouverte qui honore la religion? et combien d'autres aurais-je encore à vous reprocher? Scandales indirects, je veux dire scandales d'indifférence, scandales de négligence, scandale de complaisance, scandales de respect humain et d'une servilo dépendance. Quelle matière à de nouvelles réflexions! elle est infinie, et je suis obligé de la renfermer en peu de paroles.

J'appelle scandale d'indifférence une froideur mortelle et une malheureuse neutralité sur ce qui touche les intérêts de la religion. Qu'il s'élève quelques différends sur des questions importantes où la vraie foi est attaquée, ''es gens demeurent tranquillement à l'écart, et ils ne prennent point, disentils, de parti ; ils ne sont ni pour l'un ni pour l'autre, se flattant de suivre en cela l'avis du grand Apôtre, qui reprenait les chrétiens de Gorinthe d'être les uns pour Paul et les autres pour ApoUo ; mais ne faisant pas attention à ce qu'ajoutait le même apôtre, qu'ils devaient être pour Jésus-Christ, et par conséquent que si Paul soutenait la doctrine de Jésus- Christ, s'ils combattait pour l'Église de Jésus-Christ, il devaient nécessairement se tourner du côté de Paul, et le seconder. Cependanton se tient en paix ; on entend tout, et l'on ne s'attache à rien : que la religion soit en danger, que l'Église de Jésus-Christ soit humiliée, qu'elle soit méprisée, qu'il soit insultée, on n'en est nullement ému; et c'est, à ce qu'il semble, une sagesse, une discrétion, un esprit de dégagement : comme si, dans la cause de Dieu, tout homme, selon le mot de Tertuliien, n'était pas né soldat ; comme si jamais il était permis à des enfants de rester neutres entre leur mère et ses ennemis; à des sujets, entre leur prince légitime et des peuples révoltés ; à des chrétiens, à des catholiques, entre l'Eglise et des rebelles qui lui déchirent le sein. J'appelle scandale de négligence une omission habituelle et presque universelle de tout ce qui est du culte de Dieu : et que peut-on en effet juger de la religion d'un homme à qui l'on ne voit jamais pratiquer nul exercice de religion? Point de prière ni en commun ni en particulier; point d'abstinences ni de jeûnes, quoique ordonnés par l'Église ; point de con-

fession, de communion, pas même souvent au temps de la Pàque. Or, vous savez combien cet état est fréquent, et dites-moi quel vestige de christianisme on y peut reconnaître. J'appelle scandale de complaisance, une damnable facilité à prêter l'oreille aux paroles licencieuses de quelques amis d'une loi très-suspecte et peut-être tout à fait perdue. Ce n'est pas qu'on se plaise à ces sortes de conversations : mais par une criminelle condescendance on paraît s'y plaire. On voit assez ce qu'on aurait à répondre ; mais on craindrait de se rendre fâcheux et critique : on se persuade pouvoir tout accorder à la Hberté et à l'enjouement de l'entretien; on consent à tout ou l'on semble y consentir, dès qu'on n'y résiste pas, et tout fidèle qu'on peut être, on passe pour impie avec les impies. J'appelle scandale du respect humain et d'une servile dépendance, cette lâche timidité qui nous ferme la bouche en la présence d'un maître, d'un grand à qui l'on a vendu son âme et sa religion ; ces vues de fortune par oiî l'on se laisse entraîner dans un parti que l'on sait être le parti de l'erreur, ces ménagements au moins et ces réserves pour ne pas s'en choquer, et ne s'en attirer pas la disgrâce. Hé! Seigneur, si dans la naissance de votre Église et dans ces premiers temps oii elle eut à livrer tant de combats et à essuyer tant de persécutions, elle n'avait point eu d'autres défenseurs, que serait-elle devenue? Si les premiers chrétiens eussent été des indifférents, des négligents, de faux complaisants, des sageset des politiques mondains, auraient-ils sacrifié leurs biens et répandu leur sang pour l'honneur de la religion? En combien d'occasions l'auraient-ils trahie, non pas toujours ensedéclarant contre elle, maisen ne se déclarant pas pour elle, mais en dissimulant, mais en se taisant? Car, dit saint Ghrysostome, il ne faut pas seulement réputer pour traître à sa religion celui qui l'abandonne ouvertement en appuyant le mensonge, mais celui qui ne la confesse pas hautement en soutenant la vérité : Non enim solus ille proditor est veritatis ,qui mendacium Joquitur, sed qui veritatem, cùm oportet, non confitetur (Chrys.). Soyons de bonne foi, mes frères, et puisque nous sommes chrétiens, soyons-le pleinement, en faisant gloire de l'être;

c'est ne l'être qu'à demi, que de ne le vouloir pas paraître : appliquons- nous à nous-mêmes le juste reproche que faisait aux Juifs le prophète Élie : Usqiiequo claudicatis in duaspav' tes (3 Reg. XVIII)? Que ne vous déterminez-vous à l'un ou à l'autre ; et comment, par un monstrueux assemblage de religion et d'infidélité, prétendez-vous être tout ensemble au Seigneur et à Baal? Si le Seigneur est notre Dieu : que ne le reconnaissez-vous sans déguisement; et s'il ne l'est pas, que ne le désavouez-vous absolument? Si Dominus est Deus, sequimini eum ; si autem Baal , sequimini illum[Z Reg. XVIII). Telle est, mes chers auditeurs, la disjonctive que l'ÉgUse vous propose encore aujourd'hui, ou que je vous propose en son nom. Choisissez ; mais que dis-je, et y a-t-il là-dessus une autre résolution à prendre que de nous dévouer plus fortement que jamais à l'excellente et divine foi oui nous avons été élevés, et de lui rendre tous les hommages qu'elle attend de nous ? Respectons la religion et tout ce qui a rapport à la rehgion; car il n'y arien pour nous de plus grand ni de plus sacré : professons-la avec assurance, et ne rougissons jamais d'une si glorieuse confession : Dieu, dit saint Ambroise, ne nous a pas donné la honte et la pudeur pour un tel sujet, et ce serait bien mal l'employer que de la faire servir contre lui-même. Notre foi est aveugle (c'est la pensée de Zenon de Véronne), elle doit donc être moins sujette à rougir; et comme elle ne voit pas ce qu'elle croit, elle doit aussi nous fermer les yeux à toutes les considérations du monde, quand il s'agit de repousser les scandales qui l'offensent. Ne nous contentons pas de l'honorer comme vraie, par une profession libre et publique ; mais puisqu'elle est sainte, honorons-la par la pureté et la sainteté de nos mœurs. Autre devoir dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Que notre religion soit sainte, et même de toutes les religions la plus sainte, disons mieux, et même de toutes les religions l'unique vraiment et parfaitement sainte, c'est un

principe, chrétiens, que j'ai déjà établi dans un discours exprès sur celte matière, et qui, selon mon dessein, ne demande point ici de nouvelles preuves pour vous en convaincre. Elle est sainte dans son auteur, sainte dans ses maximes, sainte dans ses mystères, sainte en tout : car c'est ainsi que le Saint Esprit nous l'a représentée toute pure et sans tache, et voilà l'idée que je vous en ai donnée moimême, et que vous en avez dû concevoir. Ceci donc posé, j'ajoute une autre vérité non moins certaine ni moins indubitable, que de toutes les qualités et de toutes les prérogatives qui relèvent la religion de Jésus-Christ que nous professons, il n'en est point de plus excellente, ni par conséquent de plus glorieuse que sa sainteté: pourquoi? parce que c'est par sa sainteté qu'elle est digne de Dieu ; parce que c'est sa sainteté qui la rend agréable à Dieu, parce qu'entre tous les témoignages, nul autre que sa sainteté ne montre plus infailliblement, ni même si infailliblement, qu'elle est de Dieu. Dans cette rehgion Dieu a renfermé tous les dons : le don des miracles, le don des langues, le don de prophétie, le don des sciences, le don de sagesse, et les autres dont saint Paul vous fait le dénombrement : mais avec ces dons, si ce n'était une religion si sainte, dès là elle serait réprouvée de Dieu, et, indépendamment de ces dons, elle serait toujours selon le gré de Dieu, dès qu'elle serait sainte : d'où il s'ensuit que ce qui honore davantage la religion, c'est ce qui fait plus éclater sa sainteté, parce que c'est ce qui la rend plus vénérable.

Or, il est constant que ce qui fait plus paraître la sainteté de notre religion, c'est la sainte vie de ceux qui la professent. Car pour appliquer ici la figure de l'Évangile, on juge de l'arbre par ses fruits : s'il produit de bons fruits, on connaît que c'est un bon arbre : Arbor lona facit fructus bonos. La sainteté des effets marque la sainteté du principe qui les opère, et il faut qu'une religion soit sainte pour avoir la vertu de sanctifier. Ce n'est pas après tout qu'elle ne puisse être sainte en elle-même, sans que ceux qui en portent le nom et qui s'en déclarent les séducteurs, acquièrent la même sainteté : car, bien qu'ils y soient al tachés ^ .r un engagement

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de parole et de foi, la perversité de leur cœur peut les en détacher dans la pratique par une criminelle et volontaire corruption de mœurs. Ils peuvent croire ses vérités, ils peuvent admirer ses maximes, ils peuvent même désirer sa perfection d'un désir inefficace et de pure complaisance, tandis qu'entraînés par le poids de la nature et emportés par l'ardeur des passions auxquelles ils se laissent gouverner, ils vivent tout autrement qu'ils ne croient, et suivent des maximes toutes contraires : le désordre de leur vie vient de leur volonté qui se dérègle, et non point de leur religion, qui n'en est en soi pas moins parfaite; et voilà la juste et solide réponse à ceux qui voudraient s'en prendre à la religion chrétienne, des vices qui régnent parmi les chrétiens. Tout cela est incontestable; mais enfin il faut toujours avouer que ce qui donne plus de lustre à la sainteté d'une loi, c'est la sainteté de ceux qui l'ont embrassée. Être saint et paraître saint, ce sont deux choses toutes dillérentes : d'être sainte, d'être révérée comme sainte, c'est ce que la loi évangélique a de son fonds, ou ce qu'elle a reçu de Dieu; mais de paraître sainte, d'être estimée sainte, c'est ce qu'elle peut recevoir de nous et de notre sainteté ; comment? parce que notre sainteté sera le témoignage visible et irréprochable de la sienne. Si donc, mes chers auditeurs, nous voulons l'honorer sous cette précieuse qualité de sainte, qui lui est si légitimement acquise, et qui est un de ses plus beaux ornements, nous ne le pouvons mieux qu'en travaillant à notre propre sanctification : et c'est pour cela que saint Paul recommandait tant aux fidèles de se rendre irrépréhensibles dans toute leur conduite, et de faire en sorte que les païens et les idolâtres ne trouva^^sent rien à censurer en eux, persuadé qu'il était que rien ne rélèverait davantage la gloire du christianisme, et ne contribuerait plus à le répandre dans toutes les parties du monde : c'es*. pour cela qu'il exhortait si expressément ces mêmes fidèlCvS à pratiquer le bien, non-seulement devant Dieu, mais devant les hommes, afin que l'honneur en rejaillit sur la religion qui le leur enseignait, et qu'elle en devînt plus respectable • c'est pour cela que tous

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les Pères de l'Église se sont tant appliqués à entretenir dans ceux qu'ils instruisaient, l'innocence et la pureté de la vie, et à n'y rien souffrir contre l'édification publique, ayant en vue, outre le salut de chaque particulier, l'avantage qu'en tirerait tout le corps de la religion et le crédit où elle s'établirait : c'est pour cela que toutes les nouvelles sectes, toutes les hérésies, ont toujours affecté un air de réforme, et un extérieur de régularité, par où elles se sont insinuées dans les esprits et où elles ont fait de si tristes progrès.

Ainsi, quand saint Augustin, parlant aux infidèles, voulait exalter la rehgion chrétienne et leur en donner une haute idée, il leur faisait considérer les chrétiens, et voilà ce qui tant de fois a touché les plus grands ennemis de l'Évangile et ses plus cruels persécuteurs. Quand ils voyaient, parmi le troupeau de Jésus-Christ, tant d'équité et de droiture, tant de candeur et de bonne foi, tant de piété et de retenue, tant d'union et de charité, tant de force, de patience, de désintéressement, tant de vertus, ils ne pouvaient refuser à une religion qui formait de tels hommes, les éloges qui lui étaient dus, et que leur arrachait, comme malgré eux, la vérité dont ils étaient témoins. Voilà par où tous les saints l'ont honorée, tant de saints ecclésiastiques, tant de saints religieux, tant de saints solitaires, tant de saints de tous les états et de toutes les conditions. Nous avons la même foi, nous en avons reçu les mêmes avantages, nous en attendons les mêmes récompenses : qui peut nous dispenser d'avoir pourelle le même zèle, et de lui procurer le même honneur?

Mais qu'est-il arrivé dans le cours des siècles, et que voyons-nous dans le nôtre, plus qu'on ne le vit jamais ? C'est que nous avons dégénéré et que nous dégénérons tous les jours de cette première sainteté qui faisait autrefois fleurir le christianisme, et dont ses défenseurs se servaient pour en inspirer l'estime et pour l'autoriser. Regardez, disait TertuUien, pour sa justification et pour celle de ses frères attaqués de toutes parts et exposés à toute la violence des tyrans, regardez comme nous vivons, et vous ne mépriserez pas ce que nous croyons. Il n'y a entre nous ni fraude

SUR LE ZELE POUR L'HONxNEUR DE LA RELIGION. i71 ni injustice, il n'y a ni traîtres ni scélérats. Vous avez dans vos prisons des chrétiens, mais leur seul crime, c'est le nom qu'ils portent, et la profession qu'ils en font : hors de là, que pouvez-vous dire contre eux, et de quoi les pouvez-vous accuser? Nous nous assemblons, mais seulement pour invoquer notre Dieu : et nos prières presque continuelles sont suivies des exercices d'une sainte pénitence. Du reste, quel tort faisons-nous à personne, et quelle charité même n'exerçons-nous pas envers tous? A quels devoirs manquonsnous? Jugez donc, concluait cet ardent apologiste, jugez par notre vie qui nous sommes, et de ce que nous somme?, jugez quelle doit être cette foi par qui nous le sommes. Telle était la règle qu'il donnait pour bien connaître la religion chrétienne, et pour en faire voir l'excellence. Mais à s'en tenir maintenant et précisément à cette règle, au lieu que c'était alors la gloire de la religion, n'en serait-ce pas, dans l'état présent du christianisme, la honte?

Je l'ai dit, et je ne puis trop le répéter ni trop fortement vous l'imprimer dans l'esprit : il y a, selon la belle remarque de Tertullien et celle d'Arnobe, après lui, il y a entre les fausses religions du paganisme et la religion chrétienne cette différence essentielle, que, dans le paganisme, ceux qui étaient bons et vertueux, ne Tétaient point par religion, puisqu'au contraire les rehgions païennes ne portaient qu'aux vices, et en donnaient dans leurs prétendues divinités les exemples; de sorte que tous les désordres qui se commettaient parmi les païens, on pouvait les attribuer à leur religion ou plutôt à leur superstition, sans lui pouvoir rien attribuer de toutes les vertus qui se pratiquaient. Mais par un privilège directement opposé, tout ce qui se fait de bien dans le christianisme, doit tourner à l'honneur de la rehgion chrétienne, puisque c'est elle qui l'ordonne et qui le persuade ; et rien de tout ce qui se fait de mal ne doit tourner à sa confusion, puisqu'elle est la première et la plus rigoureuse à le défendre et à le condamner. C'est ainsi, mes frères, qu'il en devrait être ; mais nous savons néanmoins que, par la malignité des esprits, il en va tout autrement : on a toujours

voulu, et l'on veut toujours, quoique injustement, que notre foi soit responsable de notre mauvaise conduite. Et quel avantage, en effet, pour les libertins, lorsqu'ils voient au milieu du peuple chrétien et parmi nous les trahisons et les perfidies, les inimitiés et les vengeances, les débauches et les impudicités? Je dis parmi nous; car, prenez garde, s'il vous plaît, qui sont ceux qui scandalisent la foi que nous professons, et qui la déshonorent par les excès et les déréglemenls de leur vie? Sont-ce les hérétiques? Dès qu'ils se sont séparés de sa communion, elle n'entre plus en rien de tout ce qui vient de leur part, et n'y prend plus d'intérêt; elle ne se glorifie point, dit TertuUien, de leurs bonnes œuvres et de leurs vertus apparentes; mais aussi, depuis le grand scandale qu'ils lui ont causé en l'abandonnant, de quelque manière qu'ils se comportent, ils ne sont plus capables de lui en causer d'autres : Nec vitiis inquinatur, neo virlutibus coronaiur (Tertull.). Il n'y a que nous, mes chers auditeurs, qui puissions, dans l'opinion des hommes, la relever ou la rabaisser, la couronner de gloire et la charger de confusion. Soyons saints comme elle et selon elle, la voilà dans le plus haut point de son crédit ; mais si nous violons toutes ses règles, mais si nous traitons son culte avec de scandaleuses irrévérences, mais si nous allions, ou si nous prétendons allier la pureté de sa morale avec la contagion du siècle, avec les excès de la passion, avec les cupidités de la chair, avec le goût du plaisir et des voluptés sensuelles, c'est alors qu'elle tombe dans le mépris, et, si j'ose dire, dans l'ignominie.

Or, n'est-ce pas là que nous la réduisons ? n'est-ce pas à quoi nous l'exposons? et n'est-il pas à craindre qu'il en soit de rÉglise de Jésus-Christ comme il en fut de Jérusalem, lorsque ses ennemis, la trouvant toute dépeuplée et déserte, lui faisaient les plus cruelles insultes : Hœccine est urbs perfecU decoris? (Thren. II.) Est-ce là cette Église jadis si florissante et si belle? cette Église qui remplissait le monde de l'éclat de ses vertus et de l'odeur de sa sainteté, cette Église qui sanctifiait les villes, les provinces, les em-

pires; cette Église qui consacrait les solitudes et les déserts, qui formait les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges : Hâsccine est? Est-ce là elle, et en quelle état l'apercevons-nous? Qui l'a ainsi défigurée, et quels traits y pouvons-nous découvrir de son ancienne splendeur? FacH sunt sicut perditi (Ibid. 1). Si mes enfants, qu'elle avait élevés dans son sein, qu'elle avait instruits à son école, qu'elle avait éclairés de toutes ses lumières et pourvus de ses secours les plus puissants, sont devenus des enfants de perdition. Manum sicam misit hosiis ad omnia desiderabilia ejus (Ibid.). Elle avait toujours combattu le péché comme son ennemi capital, elle l'avait tant de fois vaincu et banni des cœurs où il s'était établi; mais il a repris sur elle tout l'avantage qu'elle lui avait enlevé ; il a répandu son venin sur tout ce qu'elle avait de plus cher, de plus sacré, et quelle conservait avec plus de soin ; il n'a pas même épargné les ministres de ses autels, et la dépravation est générale. Faut-il s'étonner qu'elle en ressente une si vive douleur, et qu elle soit plongée dans l'amertume ! Et ipsa oppressa amaritudine (Ibid.). Elle adresse sur cela ses plaintes à son Dieu et à son époux, elle lui représente sa peine. Voyez, Seigneur, lui ditelle, considérez l'affliction où je sais, et le décri où m'ont mis ceux-là mêmes que je portais entre mes bras, et à qui j'avais communiqué vos dons les plus précieux pour en profiter : Vide, Domine, et considéra, quoniam facta siun vilis (Thren. XIX). Mais tandis qu'elle gémit et qu'elle se plaint, elle est toujours en butte aux railleries et aux sanglants outrages des impies, des athées, des partisans de l'hérésie, qui ne l'envisagent qu'avec dédain, et qui se jouent de ses plus pieuses observances : Vide/unt eam et deriserunt sabbatlia ejus, quoniam viderunt ignominiam ejus (Ibid. I).

Voilà, dis-je, ce que nous attirons à l'Église du Dieu vivant, et voilà à quoi nous ne donnons que trop d'occasion. Ce n'est pas qu'il n'y ait encore des âmes fidèles, dont la piété, dont la vie régulière et sainte peut faire honneur à la religion ; et à Dieu ne plaise que je leur refuse les justes éloges qui leur sont dus : il y en a dans le clergé, il y en a dans le

cloître, il y en a même parmi les grands et parmi les petits. Car il a été de la bonté de Dieu de ne pas laisser prendre au vice un empire si universel, que la ruine de son peuple fût entière; et il a été de sa sagesse et de son adorable providence, pour la conviction des uns et pour leur condamnation, de conserver toujours dans le christianisme et dans tous les ordres, dans tous les rangs du christianisme, certains exemples. C'est la consolation de l'Éghse, et là-dessus nous pouvons lui dire comme le prophète disait à Jérusalem : Oonsolamini, consolamini (Is. IV) : sainte mère, soutenez-vous dans votre affliction et consolez-vous; malgré vos pertes, voici encore des dignes enfants qui vous restent et qui peuvent en quelque sorte vous dédommager : Consolamini, Mais que dis-je, chrétiens, et qu'est-ce que cette consolalion, si nous observons bien deux choses : premièrement, la multitude presque infinie des pécheurs qui déshonorent leur foi, et qui, sans la renoncer peut-être d'esprit et de cœur, la renoncent dans la pratique et par leurs actions criminelles; secondement, l'injustice des hommes, surtout des ennemis de la vraie rehgion, qui ferment les yeux à tout ce qu'il y a d'édifiant pour n'en être point touchés, parce qu'ils ne le veulent pas être, et qui ne les tiennent ouverts qu'aux scandales, dont ils font le sujet de leurs discours injurieux, et où ils appliquent toute leur réflexion.

Car, ne dois-je pas aujourd'hui reconnaître dans le christianisme ce que le prophète royal avait déjà depuis si longtemps reconnu dans le judaïsme; et faut-il qu'un prédicateur de l'Évangile en soit réduit à faire publiquement cet aveu : Omnes declinaverunt (Ps. XIII). Tous se sont égarés ; ils ont tous quitté les voies de la sainteté qu'on leur avait tracées et où ils étaient appelés, pour s'engager dans .eurs voies propres, dans hi voie de leur ambition, dans la voie de leur intérêt, dans la voie de la passion qui les domine. Oui, tous, ils se sont ainsi livrés au péché : Omnes; c'est-à-dire qu'entre eux le plus grand nombre est celui des pécheurs ; c'est-à-dire que pour un juste qui se sépare de la multitude, nous pouvons compter mille pécheurs; c'est-

SUR LE ZELE POUR L'HONNEUR DE LA RELIGION. i75

à-dire que partout et quelque part que nous portions la vue, rien presque ne se présente à nous que des pécheurs. Pécheurs de tout âge, de tout sexe, de tout caractère et de toute espèce ; pécheurs superbes et orgueilleux, pécheurs mercenaires et avares, pécheurs dissimulés et vindicatifs, pécheurs violents et emportés, pécheurs malins et médisants; ainsi des autres : Omnes declinaverinit. Encore s'ils savaient, dans leur iniquité, se prescrire de certaines bornes et demeurer dans les limites d'une certaine pudeur; mais y a-t-il rien, dans les plus sales passions, de si infect et de si honteux où ils ne se laissent entraîner? N'est-ce pas là même de tous les vices celui qui leur est devenu le plus commun, celui où ils se plongent le plus promptement, celui où ils vivent le plus habituellement, celui dont ils reviennent plus rarement, celui dont ils rougissent moins, dont ils font moins de scrupule et moins de peine, dont ils se glorifient quelquefois plus hautement : Corriipti sunt (Ps. XIII) ? Je n'oserais m'expliquer davantage, et je les renvoie au témoignage de leur conscience pour penser en eux-mêmes (si cependant il n'est pas plus à propos qu'ils effacent absolument de leur esprit ces infâmes idées, à moins que ce ne soit un sentiment de pénitence qui leur en retrace un souvenir général), pour penser, dis-je, en eux mêmes, et pour se dire à eux-mêmes en quels abîmes de corruption et à quelles abominations la sensualité qui les gouverne les a conduits ; Abominabiles facti sunt (Ibid.). Ah ! mes frères, Jésus-Christ, notre législateur et notre maître, fut moqué, fut insulté, fut outragé dans sa passion ; mais comme nous la renouvelons par le péché cette passion si ignominieuse, je puis bien conclure avec l'éloquent Salvien, que nous en renouvelons tous les opprobres, et qu'ils retombent sur la sainte loi que ce divin Sauveur est venu nous enseigner : In nobis opprobrium patitur Christus (Salv.).

Il est vrai, et il en faut toujours convenir, que parmi tant d'ivraie semée dans le champ de l'Église, il y a quelque bon grain Je sais qu'il se trouve encore dans la religion chré-

tienne quelques chrétiens capables d'en soutenir l'honneur. Mais est-ce sur eux que le libertinage attache ses regards ? Est-ce au bien qu'ils font, est-ce aux exemples qu'ils donnent et aux vertus qu'ils pratiquent, que le monde se rend attentif? Dans une société, dans une compagnie, un homme scandaleux fait plus d'impression sur les esprits que tou les autres ensemble, quelque réglés qu'ils puissent être.

Finissons, mes chers auditeurs, et fasse le ciel que ce discours rallume tout votre zèle pour le soutien de votre foi et pour sa gloire. C'est ainsi que, sans passer les mers et sans porter l'Évangile à des peuples éloignés, vous pouvez participer au ministère des apôtres. Ne détruisons pas dans le sein de l'Église ce que d'autres bâtissent au milieu de l'idolâtrie : et tandis que des ouvriers infatigables vont chercher des nations barbares et leur inspirer le respect de nos saints mystères, ne les avilissons pas dans l'esprit même des fidèles, et ne leur donnons pas lieu d'en être moins touchés. Nous sommes si sensibles à l'honneur d'une famille où nous avons pris naissance, si sensibles à l'honneur d'un corps oii nous avons été associés comme membres : ne le seronsnous point à l'honneur d'une religion où nous avons été si heureusement régénérés, à qui nous nous sommes si étroitement engagés, par qui nous avons reçu tant de grâces, et dont nous attendons encore une couronne immortelle ? Car si nous sommes, selon l'expression de l'apôtre, par la sainteté de nos mœurs, la joie et la couronne de notre religion : Gaudîum meum et corona mea, elle sera la nôtre ; et autant que nous l'aurons honorée en cette vie, autant seronsnous glorifiés dans l'éternité que je vous souhaite, etc.

SVn I.A RRLIGTON ET LA PROBITÉ. 177

SUR LA RELIGION ET La PROBITÉ.

Omnes qui hnbehant infirmos variis languoribuSy ducehant ilfns ad Jesum. At ille singulis manus imponens, curahat eov. Exibard autem dœmonia à midlis, clamantia et diceniia : Quia tu es Filius Dei. Et increpans, non sinebat eœ loqui^ qnia sciebant ipstim esse Cliristum.

Tous ceux qui i valent des malades de diverses mala^lies les amenaient à Jésus, et il les guérissait tous en les touchant. Or, les démons sortaient de plusieurs possédés, criant et disant: Vous êtes le Fils de Dieu. Mais il les reprenait, et ne leur permettait pas de parler, parce qu'ils savaient qu'il était le Messie.

Lie. IV.

C'est le témoignage que rendent au Sauveur du inonde dans notre Évangile ces esprits de ténèbres à qui il faisait sentir son souverain pouvoir en les chassant des corps, et dont il était venu sur la terre renverser l'injuste domination. Témoignage certain, puisqu'ils savaient et qu'ils avaient appris par de si sensibles épreuves ce qu'il était : Quia sciebant ipaum esse Chrislum (Luc. IV). Témoignage public, puisqu'ils le disaient et qu'ils le faisaient si hautement entendre : Clamantia et diceniia : quia lu es Filius Dei (Ibid.). Témoignage d'autant plus glorieux au Fils de Dieu, que c'étaient ses ennemis même qui reconnaissaient sa toutepuissante vertu, et qui publiaient sa divinité : Exibant aulem dœmonia (Ibid.). Mais témoignage que cet Homme-Dieu méprise, et qu'il rejette, parce que ce n'était après tout qu'un témoignage forcé, et qu'il ne partait pas d'un vrai sentiment de religion : Et increpans non sinehat ea loqui

(Ibid.) ; car s'ils obéissaient à ses ordres en sortant des possédés, c'est qu'ils ne pouvaient résister à sa parole ; et tandis qu'ils l'honoraient d'une part, ou qu'ils semblaient l'honorer en l'appelant Fils de Dieu, ils le blasphémaient de l'autre, et ils le renonçaient, en s'opposant de toutes leurs forces à l'établissement de sa loi. En vain donc, mes frères, pour en venir à nous-mêmes, adorons-nous Dieu, ou. prétendons-nous l'adorer, si nous ne l'adorons en esprit et eu vérité : en vain lui rendons-nous un culte apparent, si dans la pratique nous démentons par nos mœurs ce que nous confessons de bouche : en vain sommes-nous chrétiens, ou nous disons-nous chrétiens, si nous ne le sommes que de nom, et si nous n'en devenons pas plus fidèles à nos devoirs ; et quand je dis nos devoirs, je n'entends pas seulement certains devoirs de religion, mais les devoirs les plus communs de la société et les plus ordinaires dans l'usage de la vie et dans le commerce du monde. C'est de là même aussi que je tire le sujet de ce discours ; et, prenant la matière en général, je veux vous faire voir le rapport nécessaire qu'il y a entre la religion et la probité : je veux vous donner une parfaite idée de l'une et de l'autre, en vous montrant la dépendance mutuelle qu'elles ont l'une de l'autre. Puissiez-vous sur ce plan régler désormais toute la conduite de votre vie ; c'est pour cela que j'implore le secours du ciel, et que je m'adresse à Marie, en lui disant, Ave Maria, etc.

Avoir de la probité selon le monde, et avoir de la religion, ce sont deux choses qu'on a de tout temps distinguées, et qui sont en effet très-différentes, soit qu'on les considère dans leurs principes, soit qu'on en juge par leurs objets, soit qu'on ait égard aux fins qu'elles se proposent ; car la probité selon le monde semble n'être tout au plus qu'un effet de la raison, et la religion est le grand ouvrage de la grâce. La probité selon le monde est bornée à quelques devoirs de so- C'Oté qu'elle règle entre les hommes, et la religion est occupée aux plufe saints exercices du culte de Dieu. La probité selon le monde n'envisage rien que de mortel, de périssable, et la

SUR LA RELIGION ET LA PROBiTÉ. 179

religion porte ses vues et ses espérances jusque dans l'éternité. Cependant j'ose avancer une proposition dont quelquesuns ne comprendront pas d'abord toute la vérité, mais dont j'espère que la suite de ce discours les convaincra : car je prétends que la probité et la religion, toutes différentes et quelquefois même tout opposées qu'elles paraissent, ont néanmoins entre elles une liaison très-étroite; jusque-là qu'à les prendre dans toute l'étendue qu'elles doivent avoir, on peut dire absolument qu'elles sont inséparables. Pourquoi ? concevez, s'il vous plait, ces deux pensées; parce qu'il est impossible qu'un homme qui n'a point de religion, ait une véritable probité, et qu'il n'est pas plus possible qu'un homme qui n'a pas le fond d'une vraie probité, ait une solide rehgion. Ces deux maximes ont besoin d'éclaircissement; mais l'éclaircissement que je vais leur donner, en doit être la preuve. Point de probité sans religion, c'est la première partie; point de religion sans probité, c'est la seconde. Mais la probité avec la religion ou la religion avec la probité, voilà ce qui fait, selon Dieu et selon le monde, l'homme de bien, et ce que j'ai présentement à développer.

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