Ibid., ui» 1 . — 5. Ibid.y ui, 2. — 6. Ibid., ui
ment, cette nouveauté est encore pour elle une source de mille nouvelles consolations : gaudium de novitaie.
En effet, nous venons de voir que ce qui fait le désespoir du pécheur mourant, lorsqu'il considère tout ce qui se passe à ses yeux, sont ses surprises, ses séparations, ses changements; et voilà précisément toute la consolation de TÂme fidèle dans ce dernier moment. Rien ne la surprend ; elle ne se sépare de rien ; rien ne change à ses yeux.
Rien ne la surprend. Ah I le jour du Seigneur ne la surprend point : elle Tattendait; elle le désirait. La pensée de cette dernière heure entrait dans toutes ses actions, était de tous ses projets, réglait tous ses désirs, animait toute la conduite de sa vie. Chaque heure, chaque moment lui avait paru celui où le juste juge allait lui demander ce compte terrible où les justices elles-mêmes seront jugées. C*est ainsi qu'elle avait vécu, préparant sans cesse son &me à cette dernière heure : c'est ainsi qu'elle meurt tranquille, consolée, sans surprise, sans frayeur, dans la paix de son Seigneur; ne voyant pas alors la mort de plus près qu'elle l'avait toujours vue; ne mourant pas plus alors à elle-même qu'elle y mourait chaque jour ; et ne trouvant rien de différent entre le jour de sa mort et les jours ordinaires de sa vie mortelle.
D'ailleurs, ce qui fait la surprise et le désespoir du pécheur an lit de la mort, c'est de voir que le monde, en qui il avait mis toute sa confiance, n'est rien, n'est qu'un songe qui s'évanouit et qui lui échappe. Mais l'âme fidèle en ce dernier moment, ah! elle voit le monde des mêmes yeux qu'elle l'avait toujours vu : comme une figure qui passe, comme une fumée qui ne trompe que de loin , et qui de près n'a rien de réel et de solide. Elle sent alors une joie sainte, d'avoir toujours jugé du monde comme il en fallait juger; de n'avoir pas pris le change; de ne s'être pas attachée à ce qui devait lui échapper en un instant; et de n'avoir mis sa confiance qu'en Dieu seul, qui demeure toujours pour récompenser éterneUement ceux qui espèrent en lui. Qu'il est doux alors pour une ftme fidèle, de pouvoir se dire à elle-même : J'ai choisi le meilleur parti; j'avais bien raison de ne m'attacher qu'à Dieu seul, puisqu'il ne devait me rester que lui seul ! On regardait mon choix comme une
folie, le inonde s*en moquait, et on trouvait bizarre et singulier de ne pas se conformer à lui ; mais enfin ce dernier moment répond à tout. C*est la mort qui décide de quel côté sont les sages ou les insensés, et lequel des deux avait raison, ou le mondain , ou le fidèle.
, Ainsi voit le monde et toute sa gloire, une âme juste au lit delà mort. Aussi, lorsque les ministres de l'Église viennent rcntretcnir des discours de Dieu, et du néant de toutes les choses humaines, ces vérités saintes, si nouvelles pour le pécheur en ce dernier moment, sont pour elle des objets familiers, des lumières accoutumées qu'elle n'avait jamais perdues de vue. Ces vérités consolantes font alors sa plus douce occupation : elle les médite; elle les goûte; elle les tire du fond de son cœur où elles avaient toujours été, pour se les remettre devant les yeux. Ce n'est pas un langage nouveau et étranger que les ministres de JésusrChrist lui parlent : c'est le langage de son cœur; ce sont les sentiments de toute sa vie. Rien ne la console alors comme d'entendre parler du Dieu qu'elle a toujours aimé; des biens étemels qu'elle a toujours désirés; du bonheur d'une autre vie après laquelle elle a toujours soupiré; du néant du monde qu'elle a toujours méprisé. Tout autre langage lui devient insupportable. Elle ne peut plus entendre raconter que les miséricordes du Dieu de ses pères, et regrette les moments qu'il faut alors donner à régler une maison terrestre, et à disposer de la succession de ses ancêtres. Grand Dieu, que de lumière ! que de paix ! que de transports heureux! que de saints mouvements d'amour, de joie, de confiance, d'actions de grâces, se passent alors dans cette âme fidèle ! Sa foi se renouvelle; son amour s'enflamme; sa ferveur s'excite; sa componction se réveille. Plus la dissolution de l'homme terrestre approche, plus l'homme nouveau s'achève et s'accomplit. Plus sa maison 'de boue s'écroule, plus son âme s'élève et se purifie. Plus le corps se détruit, plus l'esprit se dégage et se renouvelle : semblable à une flamme pure qui s'élève, et parait plus éclatante à mesure qu'elle se dégage d'un reste de matière qui la retenait, et que le corps où elle était attachée se consume et se dissipe.
Ah ! les discours de Dieu fatiguent alors le pécheur au lit de
la mort; ils aigrissent ses maux, sa tète en souffre, son repos en est altéré. Il faut ménager sa faiblesse en ne coulant que quelques mots à propos; prendre des précautions, de peur que la longueur n'importune; choisir ses moments pour lui parler du Dieu qui va le juger, et qu'il n'a jamais connu. II faut de saints artifices de charité, et le tromper presque, pour le faire souvenir de son salut. Les ministres même de TÉglise n'approchent que rarement, parce qu'on sent bien qu'ils sont à charge : on les écarte comme des prophètes tristes et désagréables ; on détourne les discours de salut, comme des nouvelles de mort et des discours lugubres qui fatiguent; on ne cherche qu'à égayer ses maux par le récit des affaires et des vanités du siècle, qui l'avaient occupé durant sa vie. Grand Dieu ! et vous permettez que cet infortuné porte jusqu'à la mort le dégoût de la vérité; que les images du monde l'occupent encore en ce dernier moment, et qu'on craigne de lui parler du Dieu qu'il a toujours craint de servir et de connaître !
Mais ne perdons pas de vue l'âme fidèle : non-«eulement elle ne voit rien au lit de la mort qui la surprenne, mais elle ne se sépare de rien qui lui coûte et qu'elle regrette. Car, mes frères, de quoi la mort pourrait-elle la séparer, qui lui coût&t encore des regrets et des larmes? Du monde? hélas! d'un monde où elle avait loujoui*s vécu comme étrangère; où elle n'avait jamais trouvé que des scandales qui affligeaient sa foi, des écueils qui faisaient trembler son innocence, des bienséances qui la gênaient, des assujettissements qui la partageaient encore malgré elle-même entre le ciel et la terre : on ne regrette guère ce qu'on n'a jamais aimé. De ses biens et de ses richesses? hélas! son trésor était dans le ciel; ses biens avaient été lés biens des pauvres : elle ne les perd pas, elle va seulement les retrouver immortels dans le sein de Dieu même. De ses titres et de ses dignités? hélas! c'est un joug qu'elle secoue; le seul titre qui lui fut cher était celui qu'elle avait reçu sur les fonts sacrés , qu'elle doit porter devant Dieu, et qui lui donne droit aux promesses étemelles. De ses proches et de ses amis? hélas ! elle sait qu'elle ne les devance que d'un moment; que la mort ne sépare pas ceux que la charité avait unis sur la terre; et que, réunis bientôt dans le sein de Dieu, ils formeront avec elle la même
Église et le même peuple, et jouiront des douceurs d*une société immortelle. De ses enfants? elle leur laisse le Seigneur pour père, ses exemples et ses instructions pour héritage, ses VŒUX et ses bénédictions pour dernière consolation ; et, comme David, elle meurt en demandant pour son fils Salomon, non pas des prospérités temporelles, mais un cœur parfait, Tamour de la loi, et la crainte du Dieu de ses pères: Salomoni quoque filio meo da cor perfeeium ^ De son corps? hélas ! de son corps qu'elle avait toujours chfttié, crucifié; qu'elle regardait comme son ennemi; qui la faisait encore dépendre des sens et de la chair; qui l'accablait sous le poids de tant de nécessités humiliantes; de cette maison de boue qui la retenait captive, qui prolongeait les jours de son exil et de sa servitude, et l'empêchait de s'aller réunir à Jésus-Christ : ah ! elle souhaite, comme Paul, sa dissolution. C'est un vêtement étranger dont on la débarrasse; c'est un mur de séparation d'avec son Dieu, qu'on détruit, qui la laisse libre et en état de prendre son essor, et de voler vers les montagnes étemelles. Ainsi, la mort ne la sépare de rien, parce que la foi l'avait déjà séparée de tout.
Je n'ajoute pas que les changements qui se font au lit de la mort, si désespérants pour le pécheur, ne changent rien dans l'Ame fidèle. Sa raison s'éteint, il est vrai ; mais depuis longtemps elle l'avait captivée sous le joug de la foi , et éteint ses vaines lumières devant la lumière de Dieu et la profondeur de ses mystères. Ses yeux mourants s'obscurcissent, et se ferment à toutes les choses visibles; mais depuis longtemps elle ne voyait plus que les invisibles. Sa langue immobile se lie et s'épaissit ; mais depuis longtemps elle y avait mis une garde de circonspection, et méditait dans le silence les miséricordes du Dieu de ses pères. Tous ses sens s'émoussent, et perdent leur usage naturel; mais depuis longtemps elle se l'était interdit à elle-même ; et, dans un sens bien diCTérent des vaines idoles, elle avait des yeux, et ne voyait pas ; des oreilles, et n'entendait pas ; un odorat, et ne s'en servait pas; un goût, et ne goûtait plus que les choses du ciel. Enfin, les traits d'une vainc beauté s'effacent; mais depuis longtemps toute sa beauté était au dedans, et elle n'était occupée