‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 15 sur 121 · Epiti.adRom,,Tan · texte numérisé non relu

Epiti.adRom,,Tan

DB M. DE TURENNB. 13

Je sais aussi que la modération et la charité doivent régler les guerres parmi les chrétiens ; que les capitaines qui les conduisent sont les ministres de la providence de Dieu, qui est toujours sage , et de la puissance des rois, qui ne doit jamais être injuste ; qu'ils doivent avoir le cœur doux et charitable, lors même que leurs mains sont sanglantes ; et adorer intérieurement le Créateur, lorsqu'ils se trouvent dans la triste nécessité de détruire ses créatures.

C*est ici que j'atteste la foi publique, Messieurs, et que, parlant de la douceur et de la modération de M. de Turenne , je puis avoir pour témoins de ce que je dis tous ceux qui l'ont suivi dans les armées. S'est-il Tait un plaisir de se servir du pouvoir qu'il a eu de nuire à ceux mêmes qu'on regarde et qu'on traite comme ennemis? Où a-t-il laissé des marques terribles de sa colère, ou de ses vengeances particulières? Laquelle de ses victoires a-t-il estimée par le nombre des misérables qu'il accablait , ou des morts qu'il laissait sur le champ de bataille? Quelle vie a-t-il exposée pour son intérêt, ou pour sa propre réputation? Quel soldat n'a-t-il pas ménagé comme un sujet du prince et une portion de la république? Quelle goutte de sang a-t-il répandue qui n'ait servi à la cause commune?

On l'a vu, dans la fameuse bataille des Dunes, arracher les armes des mains des soldats étrangers , qu'une férocité naturelle acharnait sur les vaincus. On Fa vu gémir de ces maux nécessaires que la guerre traine après soi, que le temps force de dissimuler, de soufirir et de faire. Il savait qu'il y a un droit plus haut et plus sacré que celui que la fortune et l'orgueil imposent aux faibles et aux malheureux , et que ceux qui vivent sous la loi de Jésus-Christ doivent épargner, autant qu'ils peuvent , un sang consacré par le sien , et ménager des vies qu'il a rachetées par sa mort.

Il cherchait à soumettre les ennemis, non pas à les perdre. Il eût voulu pouvoir attaquer sans nuire, se défendre sans offenser et réduire au droit et à la justice ceux à qui il était obligé par devoir de faire violence.

Enfin il s'était fait une espèce de morale militaire qui lui était propre. Il n'avait pour toute passion que Faffection pour la gloire du roi, le désir de la paix, et le zèle 9u bien public. Il n'avait

pour ennemis que Forgueil , l'injustice et l'usurpation. Il s'était accoutumé à combattre sans colère, à vaincre sans ambition , à triompher sans vanité, et à ne suivre pour règle de ses actions que la vertu et la sagesse. C'est ce que je dois vous montrer dans cette seconde partie.

SECONDE PARTIE

La valeur n'est qu'une force aveugle et impétueuse , qui se trouble et se précipite , si elle n'est éclairée et conduite par la probité et par la prudence; et le capitaine n'est pas accompli, s'il ne renferme en soi l'homme de bien et l'homme sage. Quelle discipline peut établir dans un camp celui qui ne sait régler ni son esprit ni sa conduite? Et comment saura calmer ou émouvoir, selon ses desseins, dans une armée, tant de passions différentes, celui qui ne sera pas maître des siennes? Aussi l'Esprit de Dieu nous apprend dans l'Écriture que l'homme prudent l'emporte sur le courageux S que la sagesse vaut mieux que les armes des gens de guerre^, et que celui qui est patient et modéré est quelquefois plus estimable que celui qui prend des villes et qui gagne des batailles'.

Ici vous formez sans doute. Messieurs, dans votre esprit des idées plus, nobles que celles que je puis vous donner. En parlant de M. de Turenne, je reconnais que je ne puis vous élever au-dessus de vous-mêmes; et le seul avantage que j'ai, c'est que je ne dirai rien que vous ne croyiez, et que, sans être flatteur, je puis dire de grandes choses. Y eut-il jamais homme plus sage efr plus prévoyant , qui conduisit une guerre avec plus d'ordre et de jugement ; qui eût plus de précautions et plus de ressources ; qui fût plus agissant et plus retenu ; qui disposât mieux toutes choses à leur fin, et quilaiss&t mûrir ses entreprises avec tant de patience? Il prenait des mesures presque infaillibles; et, pénétrant non-seulement ce que les ennemis avaient fait , mais encore ce qu'ils avaient dessein de faire , il pouvait être mal-

1. Melior $it topiêtUia pwm virtt; $t vir prudtm quam fowtit. Sa?., ti, I.

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