‹ Chefs-d'œuvre oratoires de Fléchier, Bourdaloue: Petit carême de MassillonChapitre 29 sur 121 · I. IntimpliHUf e^rdiâ et tinetritate Dei. n Cctt., i, It · texte numérisé non relu

I. IntimpliHUf e^rdiâ et tinetritate Dei. n Cctt., i, It

Entrerai-je, Messieurs, dans les exercices secrets de sa piété? Dirai-je qu'il dérobait le temps de son sommeil pour le donner à la prière? qu'il commença toutes ses journées par un sacrifice qm'il fit à Dieu de lui-même? que, lisant tous les jours à genoux quelques articles de la loi de Dieu, il puisait dans les pures sources de la yérité les règles de la véritable sagesse? qu*il ne laissa passer aucune semaine sans rallumer sa ferveur par l'usage des sacrements? qu'il se rendait compte à lui-même de tous les jugeinents qu'il avait rendus, et repassait de temps en temps toutes les années de sa vie dans l'amertume de son ^me, pour s'exciter à la pénitence? Dirai-je qu'il se renferma soigneusement en lui-même, et ne montra de ses bonnes œuvres qu'autant qu'il en fallait pour édifier les peuples; qu'il n'en interrompit jamais le cours dans ses plus grands embarras d'affaires, et que la coutume et la longue habitude qu'il en avait ne diminua rien de sa ferveur ni de sa tendresse ?

Mais il a donné plus d'étendue à sa piété, et j'ai de plus grandes choses à dire que celles qui sont bornées à son salut particulier. Quel amour n'eut-il pas pour Jésus-Christ! quel zèle n'eut-il pas pour la religion ! D'où venait ce soin qu'il prit de ramener les anciens ordres à la première pureté de leur institut, et de renouveler dans les enfants l'esprit de leurs pères, en réparant les brèches que le temps avait faites à leur discipline ? D'où venait cette protection qu'il donnait à tous ces ouvriers évangéliques, qui vont planter la croix sur les rivages étrangers, et semer la foi de Jésus-Christ dans les îles du nouveau monde? D'où venait cette joie intérieure qu'il ressentait, lorsqu'il voyait dans le clergé des hommes dignes de leur ministère s'unir et conspirer ensemble , pour dissiper par leurs in< structions et par l'exemple de leur vie les maximes d'erreur que le monde inspire à ceux qui le suivent? Quel fut le principe qui le fit agir en ces occasions, sinon le zèle qu'il eut pour l'Église?

Permettez, Messieurs, que je reprenne ici mes esprits, et que je recueille ce qui me reste de force, pour vous représenter ce qu'il a fait pour la discipline. Qui ne sait que l'Église était dans une espèce de servitude? La juridiction séculière ne laissait presque plus rien à faire à la spirituelle. Sous prétexte d'empè-

DE M. DB LAMOIGNON. Tf

dier une trop austère domination, ou de maintenir des privilèges que la nécessité des temps a fait accorder, on renversait Tordre, et souvent on autorisait la rébellion. Ceux qui secouaient le joug de l'obéissance, et qui ne défendaient leur liberté que pour entretenir leur.libertinage, ne laissaient pas d*étre écoutés et de trouver des protecteurs. Les évèques n'avaient plus de droits qui fussent incontestables. Voulaient-ils punir un pécheur obstiné, une justice étrangère leur ôtait des mains ces armes que Jésus-Christ même leur a données. Entreprenaient-ils de réprimer la licence, leur zèle passait pour une entreprise contre les lois. Us gémissaient en secret, et ils portaient en vain de temps en temps leurs plaintes jusqu'au pied du trône.

Hais, sous un chef si religieux, on a changé de jurisprudence. Le droit naturel n'est plus étouffé par les exemptions. La brebis qui s'égare est renvoyée à son pasteur. On confirme dans le palais ce qu'on ordonne dans le sanctuaire. Les pécheurs ne trouvent plus de refuge que dans leur propre pénitence; et.les lois du prince n'étant plus armées que pour faire observer celles de Dieu, chaque prélat peut faire le bien et corriger le mal sans opposition. Sacrés ministres de Jésus- Christ, dont ce grand homme a si souvent soutenu les droits, vous le louâtes dans vos assemblées; vous lui rendîtes par vos députés des témoignages publics de reconnaissance. La capacité, la sagesse et la piété de son illustre successeur vous promettent les mêmes secours; et vos vœux seront accomplis, quand cet auguste parlement, qui doit être la règle et le modèle de tous les autres, leur aura communiqué son esprit et ses maximes.

Quelque gloire que M; de Lamoignon ait acquise en faisant observer la discipline, je n'en parlerais qu'en tremblant, s'il ne l'avait lui-même observée : je louerais son autorité, et je me défierais de son désintéressement. Mais, comme ses jugements ont été justes, sa conduite de même a toujours été irréprochable. Ne refusa-t-il pas une grande abbaye qu'on lui offrit pour un de ses fils, parce qu'il n'était.pas encore capable de se déterminer par son propre choix, et que la jouissance d'un grand revenu lui pouvait être dans la suite un engagement à demeurer sans vocation dans l'état ecclésiastiaue? Où sont les

pères scrupuleux qui négligent des moyens si sûrs et si faciles d'établir la fortune de leurs enfants; qui n'attirent sur eux du patrimoine de Jésus-Christ, quand ils ne peuvent leur donner du leur; et qui ne rachètent par des dispenses la faiblesse de leur volonté et l'incapacité de leur âge? Heureux qui n'alla pas après les richesses I Plus heureux qui les refusa quand elles allèrent à lui !

n n'eut pas moins de soin d'examiner la vocation de ses deux vertueuses filles , qui portent le joug du Seigneur dans un des plus saints ordres de TËglise*. De quelle adresse n'usa-t-il pas pour découvrir si le désir qu'elles avaient de se consacrer à Dieu était une résolution constante, ou une ferveur passagère ! combien de fois leur représenia-t-il les conséquences dangereuses d'une retraite précipitée ! avec quelle tendresse demanda- t-il à Dieu, qu'il les déterminât par sa divine volonté, et qu'il les conduisit pat sa sagesse! Après leur avoir montré les vanités du monde qu'elles avaient résolu de quitter, il leur fit voir les croix où elles devaient être attachées, et n'oublia riçn de ce qui pouvait l'assurer de la solidité d'un dessein qu'il lui était important de connaître, et qu'il ne lui était pas permis de traverser.

Des vertus si pures et si chrétiennes furent comme autant de dispositions à une sainte et heureuse mort. Il ne fallut pas l'y préparer par de lentes infirmités, ni la lui faire ressentir par de cruelles douleurs. L'ayant considérée depuis longtemps nonseulement comme nécessaire à tous les hommes, mais encore comme avantageuse aux chrétiens, il en fut frappé, mais il n'en fut pas surpris. Son esprit, heureusement rempli de funestes pressentiments de sa fin prochaine, se fortifia contre les craintes de l'avenir par de longues et sérieuses réflexions qu'il y fit. Il regarda, sans s'étonner, l'appareil de son sacrifice^. 11 vit le monde prêt à s'évanouir pour lui, mais il ne l'avait jamais cru solide. Il vit l'éternité s'approcher, et il redoubla ses forces pour achever ce qui restait à fournir de sa carrière. Il vit les Kugements de Dieu, il ks craignit; mais il les attendit avec jconfiance. Cet amour si vif et si tendre qu'il avait eu pour sa

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