I. AuiT. ZZXI
t. n ett ici question da typhus de 1641.
par un caractère particulier. U est permis d'acheter des secours et d'employer des âmes que l'avarice jette dans les dangers, ou .qu'une charité surabondante a dévouées au bien public* Mais Julie s'élève au-dessus des sentiments d'une piété commune. Elle semble ôtre née pour faire des actions héroïques; elle saciîfie volontairement une vie douce ^ heureuse» illustre dès ses premières années; et, par une constance admirable, elle demeure ferme au milieu d'un péril qui fait trembler les plus courageux.
Vous admirez sans doute cette fermeté que Dieu a récompensée de tant de prospérités et de tant de grâces; et vous croir riez, Mesdames, que c'est le' dernier effort de sa constance, que ce sacrifice qu'elle a fait de sa propre vie, si je ne vous faisais souvenir qu'ayant enfin trouvé un mérite et un cœur digne d'elle, il y eut des dangers qu'elle craignit plus que les siens mêmes; il y eut une vie qui lui fut plus chère que la sienne propre.
Vous pensez déjà aux combats, aux blessures, aux victoires de son illustre époux : vous repassez dans votre mémoire ces exemples de fidéUté qu'ils ont donnés dans des temps de confusion et de révolte : l'un forçant des villes par sa valeur, l'autre gagnant des cœurs par son adresse : l'un rangeant des rebelles à leur devoir, par la terreur et par l'effort de ses armes; l'autre excitant la fidélité dans l'esprit des peuples, parla vénération qu'on avait pour elle : l'un perçant lui seul des escadrons entiers, sans craindre ni la force, ni la multitude, ni le danger, ni la mort même; l'autre le voyant revenir après un glorieux combat, tout couvert de sang et de plaies, sans que l'affliction domestique l'empêchât de travailler elle-même à la sûreté et au repos de la province.
Jamais cœur ne fut pressé d'une plus vive douleur que le sien : jamais cœur ne fut si constant. Sa tristesse n'empêchait pas sa prévoyance. Ce qu'elle allait, ce semble, perdre, ne lui faisait pas oublier ce qu'elle devait conserver. La tendresse pour son époux s'accordait en elle avec les soins pour la république. Soulageant les blessures mortelles de l'un, et calmant les mouvements dangereux de l'autre, elle s'acquittait en même temps de tous les devoirs d'une fidèle épouse et d'une fidèle sujette. FI
n*en fiiut pas davantage pour vous faire voir qu'eUe a résisté aux faiblesses de son sexe. II reste à vous montrer qu*eUe a résisté à Fo^^eil de son élévation.
Un ancien* disait autrefois que les hommes étaient nés pour Faction et pour la conduite du monde, et que les dieux leur avaient donné en partaige la valeur dans les combats, la prudence dans les conseils, la modération dans les prospérités, et la constance dans la mauvaise fortune; que les dames n'étaient nées que pour le repos et pour la retraite; que toute leur vertu consistait à être inconnue, sans s'attirer ni blâme ni louange; et que celle-là était sans doute la plus vertueuse , de qui l'on avait le moins parlé. Ainsi il les retranchait de la république, pour les renfermer dans l'obscurité de leur famille : de toutes les vertus morales, il ne leur accordait qu'une pudeur farouche; il leur ôtait même cette bonne réputation, qui semble être attachée à rhonnèteté de leur sexe; et, les réduisant à une oisiveté qu'il croyait louable, il ne leur laissait pour toute gloire que celle de n'en avoir point.
U est aisé de reconnaître l'injustice de ce sentiment; car, outre que la philosophie nous apprend que l'esprit et la sagesse sont de tout sexe; que les Ames d'une même espèce ont des mouvements semblables, et qu'ayant des principes communs de raison et d'équité naturelles, elles sont capables des mêmes vertus; l'expérience nous apprend encore que Dieu suscite de temps en temps des femmes fortes qu'il élève au-dessus des &iblesses ordinaires de la nature, à qui il paraît qu'il donne un tempérament particulier, et qu'il rend dignes de soutenir de grands emplois, et de servir d'exemple et d'ornement à leur siècle.
Telle fut l'incomparable Julie , que toute la France a si longtemps admirée , et que toute la France regrette aujourd'hui. Elle eut toutes les qualités naturelles qui composent un mérite éminent, et qui attirent l'estime et la vénération publique. Que ne pui&je vous décrire cet air de grandeur, et cette majesté accompagnée de tant de grâces; cet esprit si solide et si délicat tout ensemble; ce jugement si éclairé et si incapable d'être
t. ThaeTâitk.
surpris; celte &me si noble et si généreuse; ce cœur si sensible à rhonneur et à la véritable gloire? Que ne puis-je tous marquer ici cette inclination bienfaisante qui n'a jamais perdu une occasion de servir ceux qui ont eu besoin de sou secours ; ces manières civiles, -humaines, officieuses , qui lui ont gagné tant de cœurs; cette façon de s'exprimer si juste et^i naturelle; ce tour d'esprit particulier qui rendait sa conversation si agréable; ces pensées toujours fondées sur les principes de la raison , et sur l'expérience du grand monde, dont elle connaissait si bien toutes les humeurs, tous les intérêts et tous les usages? Que ne puis-je vous dire enfin ce que vous sauriez mieux que moi , si la douleur de l'avoir perdue ne vous faisait oublier pour un temps le plaisir que vous avez eu de la posséder ?
Quand vous ne sauriez ni le nom, ni l'histoire de la personne dont je vous parle; quand vous auriez oublié toute la gloire de votre maison , ne reconnattriez-vous pas dans ce portrait que je viens de faire tous les traits d'une dame illustre, capable de foi mer Tesprit et le cœur des enfants du plus grand monarque du monde, de leur inspirer des paroles et des pensées dignes de leur rang et de leur naissance , d'imprimer dans leurs âmes encore tendres ces sentiments élevés qui distinguent les &mes royales d'avec les âmes du commun ; de leur apprendre l'art de se faire aimer de leurs sujets avant qu'ils sachent se faire craindre de leurs ennemis, de soutenir la gloire et les espérances d'un grand royaume; en un mot, d'être gouvernante d'un Dauphin de France? On pouvait connaître par ce qu'on voyait en elle ce qu'on en devait espérer; et, dans le temps de la naissance de ce jeune prince, il était aisé de juger que Dieu, dont la providence veille sur les rois et sur les royaumes , l'avait destinée à son éducation, et que le roi, dont le discernement est si juste , la devait choisir entre toutes les personnes de sa cour pour un emploi si important.
Il la choisit en effet, Mesdames, pour lui confier ce royal enfant qui fait aujourd'hui l'amour et les déUces des peuples. L'ambition ni le hasard n'eurent point de part à ce choix. Toute la France l'avait prévenu par ses vœux et par ses désirs, et le souverain le fit avec connaissance et avec justice. En ce temps qu'il commençait à se charger lui-même du poids des afTaires;
qu'il méditait ces glorieux desseins qu'il a depuis exécutés, de réprimer.rinjustice, de rétablir la discipline, de corriger les abus qui s'étaient glissés dans les lois mêmes, d'affermir la paix dans ses provinces, et d'entrer dans ses droits, ou en conquérant, ou en prince pacifique, en ce temps, di&-je, que, rempli de ces grandes maximes d'équité qu'il a depuis toujours pratiquées , il commençait à récompenser par lui-même le mé* rite de ses sujets, il crut qu'il ne pouvait donner une plus grande idée de son discernement et de sa justice, qu'en donnant à la personne de son royaume la plus fidèle et la plus éclairée le soin le plus important de son État.
C'est elle donc qui a eu la gloire de former les premiers sentiments et les premières paroles de ce jeune prince. Pouvait-il penser, pouvait-il parler plus dignement? Elle lui a montré à lever ses mains pures et innocentes vers le ciel , à tourner ses premiers regards vers son Créateur. Elle lui a inspiré ses premiers vœux et ses premières prières : elle a tiré de son cœur ses premiers soupirs. Combien de fois , en essuyant ses larmes, a-t-elle demandé à Dieu qu'il lui inspirât de la tendresse pour son peuple ! Combien de fois, en le corrigeant, a-t-elle demandé pour lui un cœur sage, et docile aux inspirations du ciel! Combien de fois a-t-elle prié Dieu , qui tient en ses mains les cœurs des rois , d'en faire un prince selon le sien ! Et combien de fois a-t-elle fait cette prière du prophète : c Seigneur, donnez c au roi votre jugement , et votre justice au fils du roi * !» Je laisse ces instructions si utiles et ces maximes si pures qu'elle lui a depuis insinuées ; je laisse celles qu'elle eût pu lui insinuer, si Dieu lui eût prolongé le cours de ses années. Je me contente de dire qu'il n'y eut jamais d'attachement plus fort que celui qu'elle eut pour ce prince. Qui pourrait exprimer la joie qu'elle ressentait, lorsqu'elle voyait paraître ses bonnes inclinations, croître ses bonnes habitudes, et germer ces précieuses semences de gloire et de vertu qu'elle avait jetées avec tant de soin dans son cœur? Mais qui pourrait exprimer la dou* leur qu'elle ressentit, lorsque la providence de Dieu la retira de cet emploi, où elle était autant liée par Tinclinalion et par la tendresse , que par la fidélité et par le devoir?