‹ Chefs-d'œuvre: Phèdre. Britannicus (volume 2)Chapitre 96 sur 105 · MITHRIDATE, MONIME · texte numérisé non relu

MITHRIDATE, MONIME

MITHRIDATE

Allons, madame, allons. Une raison secrète Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraite.

Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi, Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec moi, Venez, et qu’à l’autel ma promesse accomplie Par des nœuds éternels l’un à l’autre nous lie.

Nous, seigneur?

MITHRIDATE

Quoi, madame I osez-vous balancer?

MONIME

Et ne m’avez-vous pas défendu d’y penser?

MITHRIDATE

J’eus mes raisons alors: oublions-les, madame.

Ne songez maintenant qu’à répondre à ma flamme. Songez que votre cœur est un bien qui m’est dû.

MONIME

Hé I pourquoi donc, seigneur me l’ave» vous rendu?

MITHRIDATE

Quoi l pour un fils ingrat toujours préoccupée.

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Vous croiriez...

MONIME

Quoi, seigneur! tous m’auriez donc trompée? MITHRIDATE»

Perfide! il tous sied bien de tenir ce discours,

Vous qui, gardant au cœur d’infidèles amours,

Quand je tous éleTais au comble de la gloire,

M’aTez des trahisons préparé la plus noire !

Ne tous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi,

Plus que tous les Romains conjurés contre moi,

De quel rang glorieux j’ai bien touIu descendre Pour tous porter au trône où tous n’osiez prétendre? Ne me regardez point Taincu, persécuté:

Revoyez-moi Tainqueur, et partout redouté.

Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée,

Aux filles de cent rois je tous ai préférée;

Et, négligeant pour vous tant d’heureux alliés,

Quelle foule d’États je mettais à vos pieds.

Ah! si d’un autre amour le penchant invincible Dès lors à mes bontés vous rendait insensible,

Pourquoi chercher si loin un odieux époux?

Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous? Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste,

Que le sort ennemi m’eût ravi tout le reste,

Et que, de toutes parts me voyant accabler,

J’eusse en vous le seul bien qui me pût consoler? Cependant, quand je veux oublier cet outrage,

Et cacher à mon cœur cette funeste image,

Vous osez à mes yeux rappeler le passé!

Vous m’accusez encor, quand je suis offensé!

Je vois que pour un traître un fol espoir tous flatte.

A quelle épreuve, ô ciel, réduis-tu Mithridate?

Par quei charme secret laissé-je retenir Ce courroux si sévère et si prompt à punir?

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