‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 171 sur 186 · A UNE JOLIE DEVOTE · texte numérisé non relu

A UNE JOLIE DEVOTE

Y pensez-vous, jeune Thémire?

Quoi ! dans l'âge heureux des désirs, Vous oseriez adoptei' le délire D'une dévotion qui défend les plaisirs?

Vénus se plaint, l'Amour soupire ; Les Grâces pleurent sur ces nœuds

33Û CHEFS-D'œUVRE POÉTIQUES

Que votre main brûle et déchire.

Quel zèle ennemi vous inspire?

Eh quoi! faut-il, pour plaire aux dieux,

Qu'on se dépare et s'enlaidisse?

Exigent-ils le sacrifice

Des attraits que l'on reçut d'eux ?

Il fut un tems où, moins sévère,

Votre doctrine étoit l'amusement ;

Delille, votre bréviaire ;

Votre morale, un sentiment.

Mais, hélas! quel revers funeste!

Et que le tems est bien changé!

Votre beauté seule vous reste;

Aux amours vous donnez congé.

Le chapeau cède à la cornette ;

Plus de boudoir, plus de toilette;

Le miroir même est négligé.

Vos jolis vers , dans le sein du mystèra^ .

Sont désormais ensevelis;

Massillon succède à Voltaire,

Et Bourdaloue aux jeux, aux ris...

Ah ! croyez-moi, quittez ce ton sévère ;

Retournez encore à Cytlière;

Vous aurez pour temple un berceau,

Vénus pour pénitencière ;

Pour oracle, le chalumeau

Du berger qui saura vous plaire;

De tendres chansons pour prière.

Et pour peine un désir nouveau.

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