A SES VERS
Je ne pensai jamais que vous eussiez la force De résister aux coups dont nous frappe le tems , Aussi je vous écris comme par passe-tems , Fuyant d'oisiveté la vicieuse amorce.
Et pour ce , mes écrits , nul de vous ne s'efforce De vouloir me laisser, car je vous le défends Où voulez-vous aller? Eh! mes petits enfans, Vous êtes habillés d'une si foible écorce !
Tel que le jardin sans fleurs.
Que le désolé sans pleurs Et que le bœuf sans haleine , Traînant son joug dans la plaine;
Tel que le faucon chassant
Sans son ongle ravissant ,
Que le soldat aux alarmes ,
Sans cœur, sans force et sans armes ;
Tel qu'un triste prisonnier Sans faveur et sans denier, Qu'une fontaine sans onde Et que sans soleil un monde ;
Tel que le sénat sans loi , Tel que sans sujets un roi , Que Philomèle sans langue , Qu'un avocat sans harangue;
Tel que l'aveugle sans main , Tel que Pégase sans frein , Tel que le lion sans forces Et le pescheur sans amorces;
Tel est un adolescent Qui dedans son cœur ne sent La chaste-amoureuse peine.
Des blessures la plus saine.