‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 52 sur 186 · A SES VERS · texte numérisé non relu

A SES VERS

Je ne pensai jamais que vous eussiez la force De résister aux coups dont nous frappe le tems , Aussi je vous écris comme par passe-tems , Fuyant d'oisiveté la vicieuse amorce.

Et pour ce , mes écrits , nul de vous ne s'efforce De vouloir me laisser, car je vous le défends Où voulez-vous aller? Eh! mes petits enfans, Vous êtes habillés d'une si foible écorce !

Tel que le jardin sans fleurs.

Que le désolé sans pleurs Et que le bœuf sans haleine , Traînant son joug dans la plaine;

Tel que le faucon chassant

Sans son ongle ravissant ,

Que le soldat aux alarmes ,

Sans cœur, sans force et sans armes ;

Tel qu'un triste prisonnier Sans faveur et sans denier, Qu'une fontaine sans onde Et que sans soleil un monde ;

Tel que le sénat sans loi , Tel que sans sujets un roi , Que Philomèle sans langue , Qu'un avocat sans harangue;

Tel que l'aveugle sans main , Tel que Pégase sans frein , Tel que le lion sans forces Et le pescheur sans amorces;

Tel est un adolescent Qui dedans son cœur ne sent La chaste-amoureuse peine.

Des blessures la plus saine.

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