‹ Chefs-d'œuvre poétiques des dames françaisesChapitre 66 sur 186 · LES FLEURS · texte numérisé non relu

LES FLEURS

Que votre éclat e.«t peu durable , Charmantes fleurs , honneur de nos jardins ! Souvent un jour commence et finit vos destins ,

Et le sort le plus favorable Ne vous laisse briller que deux ou trois matins. Ah ! consolez-vous-en , jonquilles , tubéreuses :

Vous vivez peu de jours, mais vous vivez heureuses !

Les médisans ni les jaloux Ne gênent point l'innocente tendresse Que le printemps fait naître entre Zéphire et vous.

Jamais trop de délicatesse Ne mêle d'amertume à vos plus doux plaisirs. Que pour d'autres que vous il pousse des soupirs ,

Que loin de vous il folâtre sans cesse , Vous ne ressentez point la mortelle tristesse

Qui désole les tendres cœurs ,

Lorsque pleins d'une ardeur extrême

On voit l'ingrat objet qu'on aime Manquer d'empressement , ou s'engager ailleurs. Pour plaire vous n'avez seulement qu'à paroître : Plus heureuses que nous , ce n'est que le trépas

Qui vous fait perdre vos appas. Plus heureuses que nous, vous mourez pour renaître. Tristes réflexions , inutiles souhaits ;

Quand une fois nous cessons d'être,

Aimables fleurs, c'est pour jamais!

Un redoutable instant nous détruit sans réserve : On no voit au delà qu'un obscur avenir. A peine de nos noms un léger souvenir

Parmi les hommes se conserve :

Nous rentrons pour toujouis dans le parfait repos

D'où nous a tirés la nature.

Dans cette affreuse nuit qui confond les héros

Avec le lâche et le parjure, Et dont les fiers destins , par de cruelles loix ,

Ne laissent sortir qu'une fois.

Mais, hélas! pour vouloir revivre,

La vie est-elle un bien si doux i'

Quand nous l'aimons tant, songeons-nous De combien de chagrins sa perte nons délivie i'

Elle n'est qu'un amas de craintes , de douleurs , De travaux, de soucis, de peines.

Pour qui connaît les misères humaines, Mourir n'est pas le plus grand des malheurs ! Cependant, agréables fleurs, Par des liens honteux attachés à la vie , Elle fait seule tous nos soins , Et nous ne vous portons envie Que par où nous devons vous envier le moins.

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