LA PASSION VAINCUE
La bergère Liris , sur le bord de la Seine , Se plaignoit l'autre jour d'un volage berger. Après tant de sermens , peux-tu rompre ta chaîne ; Perfide, disoit-elle, oses-tu bien changer?
150 CHEFS-D'œUVRE POÉTIQUES
Puisqu'au mépris des dieux tu peux te désager, Que ta flamnie est éteinte et ma honte certaine; Sur moi-même, de toi je sçaurai me \enger, Et ces flots uniront mon amour et ma peine.
A ces mots, résolue à se jirécipiter,
Elle hâta ses pas, et, sans plus consulter,
t:lle alloit satisfaire une fatale envie ;
Mais bientôt, s'effrayant des horreurs de la mort Je suis folle, dit-elle, en s'éloignant du bord -. Il est tant de bergers , et je n'ai qu'une vie !
COMPARAISON DE LA BEAUTÉ , DE l'eSI'BIT ET DE LA VERTU.
La fleur que vous avez vu naître , I
Et qui va bientôt disparoître.
C'est la beauté qu'on vante tant ;
L'une brille quelques journées , ■
L'autre dure quelques années, '
Et diminue à chaque instant.
L'esprit dure un peu davantage.
Mais à la fin il s'affoiblit ; Et s'il se forme d'âge en âge , 11 brille moins plus il vieillit.
La vertu, seul bien véritable, Nous suit au delà du trépas; Mais ce bien solide et durable , llélasi (tn ne le cherche pas
MAUKIGAL.
Tùcis vous appieud des chansons
Où le cœur s'intéresse ; On dit qu'il y joint des leçons
Qui parlent de tendresse :
Fuyez ce charme séducteur,
C'est un plaisir funeste ; L'oreille est le chemin du cœur,
Et le coeur l'est du reste.
. Quelque (eni])â après que le prix d'éloquence eut été décerné (en 1671), par l'Académie française, à mademoiselle de Scudéry, pour son discours sur la louange et la gloire, un inconnu remit à sa porte un petit paquet qui lui était adressé et qu'il dit être venu par le courrier de Provence. Elle l'ouvrit et y trouva une jolie boite qui contenait l'ode suivante , attachée , avec des rubans de diverses couleurs, à une petite guirlande de laurier d'or, émaillé de vert; ne pouvant deviner qui Un avait fait cette galanterie, elle fit la réponse qui suit l'ode; mais elle découvrit ensuite que c'était mademoiselle de la Vigne, dont la modestie lavait empêchée de mettre son nom à cet agréable ouvrage.
ir)2 CHEFS-D'ŒUVRE POÉTIQUES