SCÈNE m
PÉDUO, D. ALVARE, ELVIRE.
PÉDRO
Ah, seigneur don Alvare! un horrible malheur Aujourd'hui nous prépare une histoire tra^jique.
U. ALVARE
Quoi donc, seigneur Pedro?
PÉDRO
Ce fou mélancolique Avoit un secrétaire en habit d'écolier; Ce n'en étoit pas un, cétoit un cavalier, Éperduinent épris d'amour pour Léonore.
D. ALVARE
Elle l'aime?
PÉDRO
Elle l'aime, et même elle l'adore:
(Je bienheureux amant, dans sa chambre introduit , Où vraisemblablement il a passé la nuit. Fait bien voir qu'elle l'aime , et qu'elle en est aimée.
D. ALVARE
Et comment l'a-t-on su?
PÉDRO
Sa cliambre mal fernif-e j8
2o6 DON JAPHET D'AUMÉNII-,
Les a laissé surprendre à notre conimamleur.
Soit qu'il fût averti, soit que le seul malheur
Ait conduit notre maître à voir son infamie.
Lorsqu'il pensoit trouver une nièce endonnie.
Il ne s'est point trouMé , le téméraire amant;
.\u\ cris du commandeur, nos gens en un moment
Sont venus bien armés au secours de leur maître.
L'autre valet du fou , camarade peut-être
De ce jeune écolier, s'est mis à son côté;
Et lui, sans s'effrayer de l'inégalité,
A fait tout ce qu eîit fait le plus brave des hommes :
Oui, jamais il ne fut, en la terre où nous sommes,
De plus vaillant que lui; c'est un Uoland, un Cid :
Il a blessé nos gens, du plus grand au petit;
Notre commandeur même est blessé dans l'épaule.
Enfin on a saisi cet Amadis de Gaule,
lit sous son jupon noir, qui le décréditoit,
Non sans étonnement, on a vu qu'il portoit
Un riche vêtement, non d'un homme ordinaire,
Mais bien d'un grand seigneur, soi-disant secrétaire.
Quoique pris, on l'a vu conserver sa fierté,
Comme un jeune lion dans les fers arrêté.
ALidame l-.(Hinore en sa chambre est pâmée.
Où notre commandeur l'a lui-même enfermée.