‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 182 sur 224 · LE PRINCE, THÉODORE, CASSANDRE · texte numérisé non relu

LE PRINCE, THÉODORE, CASSANDRE

LE PRINCE, entrant à (jrands pas.

( à part. ) Cède , cruel tyran d'une amitié si forte , Respect qui me retiens , à l'ardeur qui m'emporte. Sachons si mon hymen ou mon cercueil est prêt : Imj»atient d'attendre, entendons mon arrêt.

( à Cassandrc ) Parlez , belle ennemie , il est temps de résoudre Si vous (levez lancer ou retenir la foudre : Il s'agit de me perdre ou de me secourir; Qu'en avez-vous conclu, faiitiil vivre ou mourir? Quel des deux \ oulez-vous , ou mon cnuir, ou ma cendre? Quelle des deux aurai-je , ou la mort, ou Cassandre? L'hymen à vos beaux jours joindra-t-il mon destin, Ou si votre refus sera mon assassin ?

CASSAN DU E

Me parlez-vous d'hymen? et voudriez-vous pour femme '' L'indijjne et vil objet d'uni; lni|)iidique tlamme? Moi , dieux ! moi, h» moitié d un roi, d'un potentat? Ah, prince! quel présent h riez-vous à letat, De lui donner pour reine une femme suspecte? Et quelle qualité voule/.-vous qu'il respecte

' Du temps ilo Kotmu, vuiidrici ncloil compté ijui; pour tU-'ux svll:ib< s.

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F.n un objet infâme et si peu respecté , Que vos sales tiesirs ont tant sollicité?

LE pp. IN CE.

Il y respectera la vertu la plus digne Dont li'preuve ait jamais fait luie femme insigne, Kt le plus adorable et plus divin objet , Qui de son souverain fit jamais son sujet. Je sais trop , et jamais ce cœur ne vous approche , Que confus de ce crime il ne se le reproche , A quel point d'insolence et d'indiscrétion Ma jeunesse d'abord porta ma passion.

Il est vrai qu'ébloui de ces yeux adorables , Qui font tant de captifs et tant de misérables , Forcé par des attraits si dignes de mes vunix , Je les contemplai seuls, et ne recherchai qu'eux ; Mon respect s'oublia dedans cette poursuite. Mais un amour eiifaut put manquer de conduite ; Il portoit son excuse en son aveuglement , F't c'est trop le punir que du bannissement. Sitôt que le respect m'a dessille la vue, El qu'outre les attraits dont vous êtes pourvue , Votre soin, votre rang, vos illustres aïeux, Et vos rares vertus, m'ont arrêté les yeux; De mes vœux aussitôt réprimant l'insolence. J'ai réduit sous vos lois toute leur violence , Et , restreinte à l'espoir de notre hymen futur, Ma flamme a consommé ce qu'elle avoit d'impur. Le flambeau qui me guide , et l'ardeur qui me presse, Cherche en vous inie épouse, et mm une maîtresse. Accordez-la , madame, au repentir profond,

Qui détestant mon crime à vos pieds rae confond :

Sous cette qualité souffrez que je \ ous aime ,

Et privez-moi du jour plutôt que de \ous-mème.

Car enfin si Ion pèche atlorant vos appas.

Et si l'on ne vous plaît qu'en ne vous aimant pas.

Cette offense est un mal que je veux toujours faire ,

Et je consens plutôt à mourir qu'à vous plaire.

CASSANDR E.

Et mon mérite , prince , et ma condition ,

Sont d'indigues objets de votre passion.

Mais quand j'estimerois vos ardeurs véritables ,

Et quand on nous verroit des qualités sortablcs,

On ne verra jamais Ihymen nous as.sortir.

Et je perdrai le jour avant qu'y consentir.

D'abord que votre amour fit voir dans sa poursuite,

Et si peu de respect et si peu de conduite ,

Ef fpie le seul objet d'un dessein vicieux.

Sur ma possession vous fit jeter les veux.

Je ne vous regardai que par l'ardeur infâme

Qui ne m'appeloit point au rang de votre femme,

Et que par cet effort brutal et suborneur

Dont votre passion attaquoit mon honneur,

Et ne considérant en vous que votre vice,

Je pris en telle horreur vous et votre service.

Que, si je vous offense en ne vous aimant pas.

Et si dans mes vœux seuls vous trouvez des appas ,

Cette offense est un mal que je veux toujours faire ,

Et je consens plutôt à mourir qu'à vous plaire.

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