ACTE III, .SCENE II
Que le seul souvenir m'en clianue et me confond. Mais quand je crois mon mal de secours incapable, Sans vous le parta^jer il suffit cju'il m'accable; Et cest assez et trop qu il fasse un malheureux. Sans passer jusqu'à vous, et sans en faire deux.
ALEXANDRE
L'ami qui souffre seul fait une injure à l'autre;
Ma part de votre ennui diminuera la vôtre.
Parlez, duc, et sans peine ouvre/.-moi vos secrets :
Hors de votre parti je n'ai plus d'iuteréts.
J'ai su que votre grande et dernière journée
Par la main de 1 amour veut être couronnée;
E^t que voulant au roi, qui vous en doit le prix,
Déclarer la beauté qui charme vos esprits.
D'un frère impétueux l'ordinaire insolence
Vous a ferme la houclie , et contraint au silence ;
Souffrez, sans expliquer l'intérêt qu'il y prend.
Que j'en aille jxmr vous vider le différent.
Et ne m'en faites point craindre les conséquences.
Il faut qu'enfin quelqu un réprime ses licences;
Et le roi ne pouvant vous en faire raison ,
Je me trouve et le cœur et le bras assez bon.
Mais m'offrant à servir les ardeurs qui vous pressent,
Que j'apprenne du moins à qui vos vœux s'adressent.
LE DUC
J'ai vu de vos bontés des effets assez grands , Sans vous faire avec lui de nouveaux différents, Sans irriter sa haine; elle est assez aigrie. Il est prince, seigneur, respectons sa furie : A ma mauvaise étoile imputons mon ennui,
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Et croyons-en le sort plus coupable que lui. Laissez à mon amour taire an nom qui l'ofFense, Que des respects encor, plus forts que sa clëFeuse, Et qui plus qu'aucun autre ont droit de me lier, Tout précieux qu'il m'est, m'ordonnent d'oublier. Laissez-moi retirer d'un chcmip d'où ma retraite Peut seule à l'ennemi dérober ma défaite.
ALEXANDRE
Ce silence obstiné m'apprend votre secret, Mais il tombe en un sein généreux et discret; Ne me le celez plus, duc, vous aimez Cassandre; C'est le plus digne objet où vous puissiez prétendre. Et celui dont le prince, adorant son pouvoir, A le plus d'intérêt d'éloigner votre espoir. Traitant l'amour pour moi, votre propre franchise A donné dans ses rets, et s'y trouve surprise; Et mes desseins pour elle , aux vôtres préférés , Sont ces puissants respects à qui vous déférez. Mais vous craignez à tort qu'un ami vous accuse D'un crime dont Cassandre est la cause et l'excuse, Quelque auguste ascendant qn'iiient sur moi ses appas.
LE DUC
Ne vous étonnez point si je ne réponds pas; Ce discours me surprend, et cette indigne plainte Me livre une si rude et si sensible atteinte. Qu'égaré, je me cherche , et demeure en suspens Si c'est vous qui parlez, ou moi qui vous entends. Moi, vous trahir, seigneur! moi, sur cette Cassandre , Près de qui je vous sers, pour moi-même entrejjrendre Sur un amour si stable et si bien affermi!