ACTE III, SCÈNE II
Vous me croyez bien lâche, ou bien peu votre anii.
ALEXANDRE
Croiriez-vous, l'adorant, m'altêrer votre estime?
LE DUC
Me pourriez-vous aimer, coupable de ce crime?
ALEXANDRE
Confident, ou rival , je ne vous puis haïr.
LE DUC
Sincère et généreux, je ne vous puis trahir.
ALEXANDRE
L'amour surprend les cœurs, et s'en rend bientôt maître.
LE D (• c.
La surprise ne peut justifier un traître. Et tout homme de cœur, pouvant perdre le jour, A le remède en main des surprises d'amour.
ALEXANDRE
Pardonnez un soupçon , non pas une créance. Qui naissoit du défaut de votre confiance.
LE DUC
Je veux bien l'oublier, mais à condition
Que ce même défaut soit sa punition ,
Et rpi'il me soit permis une fois de me taire ,
Sans que votre amitié s'en plai^'ne ou s'en altère.
Au reste, et cet avis, s'ils vous étoient sus]>ects ,
Vous peut justifier mes soins et mes respects :
Cassandre par le prince est si persécutée.
Et d'ajjents si puissants pour lui sollicitée.
Que, si vous lui voulez .sauver la liberté.
Il n'est plus temps d'aimer sous un nom emprunte.
Assez et trop long-temps, sous ma feinte poursuite ,
J'ai de votre dessein mënajifé la comluite;
Et vos vœux, sous couleur de servir mon amour,
Ont assez ébloui tous les yeux de la cour;
De l'artifice enfin il faut bannir l'usa^je,
Il faut lever le masque , et montrer le visage :
Vous devez de Cassandre établir le repos,
Qu'un rival persécute et trouble à tout propos.
Son amour eu sa fui vous a donné des gages ;
Il est temps que l'hymen régie \ os avantages ,
Et, faisant l'un heureux, en laisse un mécontent :
L'avis vient de sa part, il vous est important.
Je vous tais cent raisons qu'elle m'a fait entendre ,
Arrivant chez l'infante où je viens de la rendre,
Qui hautement du prince embrassant le parti ,
La mande , s'il est vrai ce qu'elle a pressenti ,
Pour, d'un nouvel effort en faveur de sa peine.
Mettre encore une fois son esprit à la gène.
Gardez-vous de l'humeur d'un sexe ambitieux ,
L'espérance d'un sceptre est brillante à ses yeux,
Et de ce soin enfin un hymen vous libère.
Mais me libère-t-il du pouvoir de mou père, Qui peut...
LE DUC
Si votre amour défère à son pouvoir.
Et si vous vous réglez par la loi du devoir, Ne précipitez rien qu'il ne vous soit funeste ; Mais vous souffrez bien peu d'un transpur( .si modesle, r.t l'ardent procédé iWwt (Vère iinpéluoux Marque bien |;lus dauiour <|u un si rtspcclueux.
ACTK m, SCENK II. 2-i
ALEX A N DR E
Non , non ; je laisse à part les droits de la nature , Et commets à l'amour toute mou aventure; Puisqu'il fait mon destin, qu'il régie mon devoir; Je prends loi de Cassandre, épousons dès ce soir: Mais, duc, {gardons encor d'éventer nos pratiques; Trompons pour quelques jours jusqu'à ses domestiques, Et , hors de ses plus chers dont le zélé est pour nous , Aveuglons leur créance, et passez pour l'époux; Puis, l'hymen accompli sous un heureux, auspice. Que le temps parle après, et fasse son office; Il n'excitera plus qu'un impuissant courroux, Ou d'un père si'.rpris, ou d'un frère jaloux.
LE orc.
Quoique visiblement mon crédit se hasarde , Je veux bien l'exposer pour ce qui vous regarde; Et plus vôtre que mien ne puis avec raison Avoir donné mon cœur, et refuser mon nom. Le vôtre...