‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de Scarron, et RotrouChapitre 41 sur 224 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

D. JUAN; JODELET, a^sj*; ISABELLE , assise; BÉATRIX.

JODELET, à Isabelle.

En dépit des jaloux , Ne pourrai-je savoir, 6 beauté succulente ! Que j'aime autant qu'un oncle, et bien plus qu'une tantj , Comment dans votre cœur don Juan est lofjé? Je n'ai pu le savoir, et j'en suis enragé.

ISABELLE

Pour vous dire la chose avec toute franchise , D'aujourd'hui seulement je suis d'amour éprise . Je n'avois dans l'esprit que de l'aversion ; Le dédain seulement étoit ma passion. -^ «

Mais , hélas 1 croyez-moi , depuis votre venue , l-a Hamme de 1 amour m'est seulement connue; Et bien que mon amour, à nul autre second, Doive se réjouir quand le vôtre y répond. Au contraire , je suis dans une peine extrême De voir que vous m'aimez , et qu'il faille que j'aime : Car votre amour du mien ne peut être le prix. Encore que par vous mon cœur se trouve pris;

6() JUDI.l.KT.

IJirii quà vous et chez vous est tout ce que j'adore,

S;i(Irv, jtoiirt.int qu'en vous est tout ce que j'abhorre.

JODELET

Ma Foi ! j'entends bien peu ce discours raffiné : Je connois seulement qu'il est passioinié. Où diable prenez-vous tant de philosopliie?

ISABELLE

Il faut bien envers vous que je me justifie. Vous doutez de ma flamme? Oui, j'iunie, encore un coup Ce que j'aime est à vous, et je l'aime beaucoup. Alors qu'en vous voyant, j'aperçois tout ensemble L'objet de mon amour, et je brûle et je tremble; ' Je brûle de désir, et je tremble de peur : Vous causez à-la-fois ma joie et ma douleur. Fut-il jamais un mal plus étrange et plus rare? Lorsque je le dis moins, qiuisi je le déclare; V.t si je le disois , au lieu de m'alleger, Au lieu de me guérir, je serois en danger. Kt quand, sans découvrir ou bien cacher ma flamme , Je tâche à déguiser ce que je sens dans l'iune , En ce déguisement je trouve un sort égal, c'est-à-dire par-tout je n'ai rien que du mal.

.lOOELKT.

.l'entends encore moins ce tliscours-ci que 1 autre.

( à part. ) Je counois seulement que l'amour la rend nôtre; Que la pauvrette brûle à notre intention , Car elle me lorgnoit avec attention.

( hfint. ) Depuis que je vou.s \is, bel ange tutclairc. .

ACTK m, SCENE IX. 6l

( à part. ) Parhieu! pour achever je ne sais comment faire. Approchez, mon valet, faites pour moi l'amour; Puis après je vif-mlrai la reprendre à mon tour.

D. JUAN

Mais, monsieur...

JO D ELET.

Mais, faquin! vous voudriez peut-être Me donner des conseils. .Suis-je pas votre maître? Et qui sait mieux que vous le bien que je lui veux? Et qui pourra donc mieux lui faire savoir, gueux?

,D. JUAN, s'assevant à côté d'Isabelle.

Madame , j'obéis , puisqu'on me le commande.

Qu'il a peur de faillir avec sa houppelande ! Çà radoucissez-vous, sans faire le railleur; Faites bien les doux yeux, et donnez du meilleur. Je m'en vais cependant faire auprès de la porte Quelques réflexions sur chose cpii m'importe. ( Don Juan et Isabelle se parlent bas. )

BÉATRIX, à part.

Comment pourrai-je donc tirer hors de son trou Ce maudit don Louis? Malepeste du fou !

JODELET, à part.

Mais n'est-ce point aussi madaiB«son étoile Qui la pousse sur nous, comme on dit, à plein voile? La fortune, ma foi ! s'iroit rire de moi , Si , m'offrant tel bonheur, je ne vous l'empaumoi : Mon maitre , que sait-on? j)eut en être bien aise; Mais s'il arrive aussi que cela lui déplaise...

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