PREMIÈRE PARTIE
Je l'ai dit, chrétiens, et il faut que le monde malgré lui le reconnaisse , que sans la vertu de la religion qui nous assujettit à Dieu et à son culte, il n'y a point de véritable probité parmi les hommes. Voici les raisons sur. quoi je
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fonde celte importante maxime. Premi^ement , parceqii*ii n'y a que 1^ religion qui puisse être une r^e certaine, un principe universel , un fondement solide de tous les devoirs qui font ce caractère de probité dont je parle. Secondement, parceque tout autre motif que celui de la religion n'est point à répreuve de certaines tenlations délicates où la vraie probité se trouve sans cesse exposée. Enfin parceque quiconque a secoué le joug de la religioa^ n'a plus de peine à s'émanciper de toutes les autres lois qui pouvaient le retenir dans l'ordre, ni à se défaire de tous les engagements qu'il a dans la société humaine, et sans lesquels la probité ne peut Subsister. Je vais vous faire entendre ces trois pensées.
Je dis que la religion est le principe sur quoi tous les devoirs qui font la vraie probité, peuvent être sûrement établis. C'est la doctrine du docteur angélique saint Thomas, dans sa Seconde seconde , question quatre-vingt-unième : Car la religion, dit-il, dans la propriété même du terme , n'est rien autre chose qu'un lien qui nous tient attachés et sujets à Dieu comme au premier être : or, dans Dieu, ajoute ce saint docteur, sont réunis, comme dans leur centre, tous les devoirs et toutes les obligations qui lient lés hommes entre eux par le commerce d'une étroite société; il est donc impossible d'être lié à Dieu par aucur^ culte de religion, sans avoir en même temps avec le prochain toutes les autres liaisons de charité et de justice, qui font même, selon l'idée du monde, ce qui s'appelle l'homme d'honneur. Ainsi, chrétiens, (^land Dieu nous commande de l'adorer et de ne servir que lui seul, Dominum Deum tuum adorabis, et illi êoli servies (Delt. VI) ; Wen loin que cette restriction, lui seul, exclue aucun des devoirs de la vie civile, elle les embrasse tous; bien loin qu'elle les affaiblisse, elle les affermit tous ; bien loin qu'elle préjudicie à ce que les hommes sont en possession d'exiger les uns des autres , elle le maintient dans toute sa force, et elie l'autoiise dans toute son étendue.
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Car en vertu de la loi que j'ai reçue et que je me suis faite de servir un Dieu, je rends à chacun par une conséquence nécessaire ce qui lui est dû, Thonneur à qui appartient rhonneur, le tribut à qui je dois le tribut ; je suis fidèle à mon roi , obéissant à mes supérieurs, respe-ctueux envers les grands, modeste envers mes égaux, charitable à Té^gard des pauvres ; j'ai du zèle pour mes amis, de Téquité pour mes ennemis, de la modération pour moi-même; pourquoi? parceque dans Dieu seul je trouve ce qui m'oblige à tout cela, mais d'une manière qui ne peut être qu'en Dieu , et qui ne se trouve point 1)01*8 de Dieu.
En eflet, je considère en Dieu tous ces devoirs comme autant de dépendances du culte suprême dont je lui suis redevable, et par. conséquent comme autant de points do conscience essentiels à mon salut : or cette vue de conscience et de salut est la grande règle qui fait que je me soumets, que je me captive, que j'use, s'il est besoin, de sévérité et de rigueur contre moi-même, pour me réduire à la pratique de toutes ces obligations. Et voilà, chrétiens, la sainte et divine morale que TertuUien proposait aux infidèles et aux païens pour leur faire comprendre la pureté de notre religion, et pour elTacer les fausses idées qu'ils en avaient. Il leur faisait voir que bien loin qu'ils en dussent former aucun soupçon, ni avoir aucun ombrage, ils la devaient regarder comme une religion utile h la sûreté et au bien commun ; car c'est, leur remontrait-ii, cette reUgion qui nous apprend à faire tous les jours des voeux à notre Dieu pour la prospérité de vos Césars, lors même qu'ils nous persécutent, et à offrir pour eux le sacrifice de nos autels, au même temps qu'ils sacrifient le sang de nos frères à la rigueur de leurs édits. C'est cette religion qui nous apprend à servir dans vos armées avec une fidélité sans exemple, puisque vous êtes obligés de reconnaître que vous n'avez point de meilleurs soldats que les ciirétiens. C'est
cette religion qui nous apprend à payer exactement et sans fraude les tributs et les impôts publics, jusque-là que les bureaux de vos receltes ( c'est Texpression de Tertullien ) rendent grâces de ce qu'il y a des chrétiens au monde , parceque les chrétiens s'acquittent de ce devoir par principe de conscience et de piété : Hinc est quod vesligalia veslra gracias chHsïianis agunt, ulpolè debitum ex fide pendeniibus (Tertull. ). Ces paroles sont admirables. En effet, si dans un Etat toutes choses se traitaient selon les lois du christianisme ; si les peuples y obéissaient en chrétiens, et si ceux qui les gouvernent les gouvernaient en chrétiens; si la justice y était rendue, si Ton y exerçait le commerce, si les emplois et les charges s'y administraient selon la conduite toute pure et l'inspiration de l'esprit chrétien, quel ordre n'y verrait-on pas et quelle paix? Marque évidente, dit saint Augustin, non-seulement de la vérité, mais de la nécessité denotre religion. Et c'est encore par là qu'entre les différentes sectes de la religion chrétienne, le parti catholique, qui est le parti de la vérité, s'est de tout temps distingué du. parti de l'erreur. Car pourquoi, par exemple, les hérésies ont-elles toujours fait naître les désordres, et pourquoi ont-elles suscité dans tous les lieux où elles se sont élevées, la révolte des sujets contre les puissances légitimes, sinon, «dit le savant Pic 'de la Mirandole, parcequ'il est impossible de dégénérer de la vraie religion sans dégénérer de la vraie probité. Or quel est le premier devoir de la probité, si ce n'est de se soumettre à l'autorité ?
11 faut donc considérer la religion dans le cœur de l'homme, comme le premier mobile dans l'univers. Prenez garde, s'il vous plaît, chrétiens: ce ciel que nous appelons premier mobile , a une vertu si puissante qu'il fait rouler avec soi tous les autres deux , qu'il répand ses influences jusque <lans le sein de la terre, et qu'il entretient par son action et par son mouvement toute l'harmonie du monde. Si ce pre-
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mier mobile s'arrêtait, disent les philosophes, toute la nature serait dans le trouble et dans la confusion. De même, quand le principe de la religion vient uhe fois à être détruit ou altéré dans un esprit, il n'y faut plus chercher de règle ni de conduite, plus d'honnêteté de mœurs, du moins constante et générale : remarquez bien ces deux termes, constante et générale , qui comprennent tout. Car sur quoi serait fondée cette honnêteté ? sur les seules vues de la raison ? Ah ! chrétiens, vous êtes trop éclairés et trop bien instruits du mérite des choses, pour croire que la raison seule, dans Fétat où elle est réduite, c'est-à-dire, corrompue par le péché, aflaiblie par les passions, sujette comme elle est à se prévenir et à s'aveugler , puisse maintenir l'homme dans une innocence entière et irréprochable.
Vous avez trep de pénétration pour ne pas voir les scar.- (lales qui arriveraient, si les devoirs de la société humaine dépendaient uniquement de l'idée que chacun s'en forme ; et l'horrible renversement qui s'ensuivrait, si chacun selon son caprice et selon son sens se faisait l'arbitre de ce qu'il peut, de ce qu'il doit, de ce qui lui appartient, de ce qui lui est permis, en sorte que sa raison lui tint heu d'un tribunal souverain, au-dessus duquel il n'en reconnût point d'autre, et dont il n'y eût aucun appel. Je ne veux que vous-mêmes pour en juger. Cette raison sans religion, combien d'injustices n'autoriserait-elle pas? combien de trahisons et de fourberies ne trouverait-elle pas moyen de justifier ? à combien de crimes ne donnerait-elle pas le nom de vertu ?
C'est pour cela, dit saint Chrysostome, ceci est remarquable, c'est pour cela que dans les affaires du monde les plus importantes, dans les traités d'alliance et de paix, dans les premières charges d'un Etat, dans l'administration même de la justice ordinaire, on exige des serments qui sont des protestations publiques et solennelles de religion ; pourquoi ? parceque, sans le sceau de la religion, on ne croit pas pou-
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voir s'assurer de la raison des hommes, et parceque les liommes même qui connaissent fort bien le faible de leur raison, se défient toujours les uns^des antres, à moins que cette raison qu'ils ont pour suspecte, n'ait, pour ainsi dire, une caution supérieure et un garant qui est la religion. Car qu'est-ce en eFTet que le serment et le jurement dans la doctrine des tliéologiens, sinon une espèce de caution que nous fournit la religion même, pour pouvoir répondre aux autres de notre raison ? Or cela s'est pratiqué généralement dans toutes les nations et dans tous lés siècles. Autre preuve ^ dit saint Chrysostome, pour confondre le libertinago, et pour détruire cette prétendue suffisance de la raison, dont l'impiété se glorifie. Aussi, chrétiens, consultez votre propre expérience ; y a-t-il personne de vous qui voulût que sa vie et sa fortime fussent entre les mains d'un homme sans religion? Quelques lumières qu'il ait, quelque raison qu'il fasse paraître « dès là que je sais qu'il n'a point de Dieu, ne m'estimerais-jè pas malheureux qu'il fût le maître de mes intérêts; et n'éviterai-je pas toujours, autant qu'il est en moi, d'avoir aucun engagement avec lui? Au contraire, si je suis convaincu que celui avec qui je traite, a de la foi et de la conscience, je ne crains rien ; et un athée, tout athée qu'il est, se confiera plutôt à un homme qui croit un Dieu, qu'à un libertin et un impie comme lui. Providence adorable, c'est ainsi que vous éclatez jusque dans l'impiété, et que malgré nous nous concevons de l'horreur pour l'irréligion, qui non-seulement se contredit et se condamne, mais s'abhorre elle-même.
Vous me direz qu'indépendamment de toute religion , il y a un certain amour de la justice que la nature nous inspire et qui suffit au moins pour former un caractère d'honnête homme selon le monde. Je sais , chrétiens , que cela se dit , et que c'est le prétexte spécieux dont le libertinage le plus raffiné se sert pour conserver encore quelque reste
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d'estime et de bena» opisk» pamû lesfaomroeSi Msi» c'est UB prétexte qm n'ajamais trompé que les simples, dont il est aisé d*aperoeToir nitosion. Car sans exannier quel serrait cet amour de ia jastke abandooné à la discrétion de la beime mt mauvaise féi de chaque particulier, je tous de« mande, chrétiens,, où Ton trouverait dans le monde des hommes qui se piquassent d'un grand zèle pour la justice, s*4ls étaient une. foi» persuadés qu'il n'y a ni IMeu m religion^ Y^n auraitril beaucoup ?im ambitieux^ un sensuel , un avare seraitrii beaueoop tmiché de oetto idée de justice séparée de la connaissance de Dien^ et ces honnêtes g^is prétendus du monde comment en useraisni-iks^Gar e^n , s'il n'y avait point de religion:,. et que je n'eusse plus devant les yeux ce premier être qui me régit eljqui me gouverne , je m» regar— derais meinniême coiMne maûi ; et par un dérèglement de raison, qui deviendrait néanmoins alors comme raisonnable, je- rapporterais' tout à moi : mon intérêt , mea plaisir, ma sa^ tisfoctsoH, ma ^otro seraient mes divinités, et je prétendrais avoir droit de leur sacrifier toutes choses/, powrquoi? parceque je ne verrais plus rien. au*dessus de moi , ni hors de moi , de meilleur que moi. Et n'est-ce pas ainsi que vivent les athées qui n'ont plus nulle créance de la divinité, se substituant en quelque sorte à la place de Dieu, et n'agissant que pour eux-mêmes, paroequ'ils a'ont point d'autre Dieu qu'eux-mêmes ? Or, dites-*moi s'il peut y avoir avec cela quelque probité? le moyen qu'un homme préoccupé de cette maxime eût de la chanté peur le prochain?' le moyen qu'il pût se faire mi& vertu- d'obéir et de dépendra, et qu'il se soumit autrement que par contrainte et par bassesse de ccBur?
Bt c'est ici, ehréHens-, quoje dois vous fiiiro remarquer ma pas l'impiété, msns- l'extravagance de cette politk|ue malheureuse, dont un faux sage de ces derniers siècles s'est gtonfié d*être* r««leur; peyiiqttequi nereçoil de religion
qu'autatit qu'il en faut pour bien faire son personnage selon •le monde , et qui n'en retient que l'apparence et ]a figure pour garder précisément les . bienséances de son état. Car sans entreprendre dé réfuter une maxime si détestable ; sans m'arrêter à la pensée de Guillaume de Paris, qu'une religion feinte et hypocrite est dans un sens pire que l'irréligion même; sans dire qu'elle est pliis dangereuse que ne serait un athéisme déclaré, parcequ'on se défie moins d'elle, et qu'elle peut servir à cacher toutes siortes de crimes ; sans vous faire observer que c'est parmi les peuples où cette doctrine s'est répandue, que les plus noires perfidies ont été plus communes : et Dieu veuille que bientôt il n'en soit pas ainsi de nous ; sans parler des désordres qui s'ensuivraient si les peuples n'avaient de religion qu'autant que leurs intérêts le demandent : désordres qui montrent bien jusqu'où va l'égarement des hommes quand ils se délachent une fois de Dieu , et combien ce qUe dit saint Paul est vrai , que Dieu les livre à un sens réprouvé ; sans , dis-je , insister làdessus, il me suffît., chrétiens, que cette damnable politique , en raisonnant contre Dieu , se détruise par elle-même et par son propre raisonnement. Car tout impie qu'elle est, elle reconnaît au moins la nécessité d'une religion apparente pour contenir les peuples dans le devoir, et par là même elle convient que la raison seule n'est pas capable d'entretenir dans le monde cette probité qui lé doit régler : d'où je conclus moi la nécessité d'une vraie religion; pourquoi? parceque la vraie probité ne peut pas être fondée sur le mensonge. Si donc il faut une religion , et s'ils sont euxmêmes forcés de l'avouer, ils en doivent conséquemment admettre une vraie, à moins qu'ils ne veuillent faire de l'univerë ce que Jésus-Christ reprochait aux Juifs, qu'ils avaieiOt fait du temple de Dieu, c'est-à-dire, une caverne do voleurs.
Allons encore plus avaAt. J'ai dit, chrétiens, qu'il n'y
avait que le motif de la religion qui fût à Tépreuve de certaines tentations délicates, auxquelles le devoir et la probité se trouvent sans cesse exposés. Je m'^explique , et suivezmoi. J'appelle tentations délicates celles qui attaquent le cœur par ce qu'il a de plus sensible, qui opposent un intérêt puissant à l'intégrité d'une conscience faible , et qui mettent la raison en compromis avec une forte passion. Tentation délicate , par exemple , lorsqu'il ne dépend pour avoir l'approbation et Festime du monde , que d'embrasser le parti de l'injustice, et qu'en tenant ferme pour la vérité on s'attire le mépris et la haine : tentation délicate , quand , pour agir en homme de bien, il faut résister à l'autorité et au crédit, et risquer même sa fortune et toutes ses espérances : tentation délicate, quand on- voit entre ses mains un proût considérable, mais injuste , et qu'en donnant à telle affaire «ne fausse' couleur, ou en prenant certaines mesures , on la peut faire réussir à son avantage : tentation délicate , lorsqu'aux dépens d'un misérable ou d'un inconnu , on peut servir un ami , ou que pour perdre un eimemi , on n'a qu'à s'écouter un peu plus , et qu'à suivre les sentiments de son cœur : tentation délicate, lorsque, franchissant un pas hors des bornes de cette raison sévère et scrupuleuse qui nous arrête, on se met en état d'être tout et de parvenir à tout : en un mot, tentation délicate, lorsqu'on se trouve en pouvoir de faire le mal sans en craindre les conséquences, ou parceque Ton est au-dessus des jugements du monde et de la censure, ou parceque la 'corruption étant si générale, on se promet d'avoir des approbateurs et des flatteurs jusque dans le crime. N'est-ce pas là et en mille autres conjonctures que nous voyons la raison la plus droite , à ee qu'il paraît, succomber néanmoins à la tentation , si elle n'est soutenue par la religion ? Car il est aisé, comme remarque saint Ambroise, de trouver dans le monde des hommes religieux sur leur devoir, quand leur devoir n'est combattu par nul intérêt
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contraire. C'estalors qu'on parle haïUeneat, qu'on prononce dfis oracles, qu'on se déc^e pour la vertu et la- probité, «^t je conçois bien que celte probité peut être uu fruit de la misôn humaine : mais de voir des hommes^ d'une probité et d'une vertu qui se soutienne sans exception contre tout in-»térêt , des hommes d'honneur quand ii ea doit tout coûter , pour l'être , deshonunes équitables contre eux-mêmes , et aussi déterminés à faire aux autres justice d'eux-mêmes, (ju'à ne se la pas foire à eux-mêoies^ des autres; al> I cliré^ tiens, c'est une espèce de miracle- où la religion doit^venir au secours de la raison; et sans ce miracie point de probité. De là vient que dans le siècle où nous vivops, pardonnezmoi cette réflexion, que je fais non par un esprit de criti-* i[ue, niais par un sentiment de. zèle, de là vient que dans notre siècle on se laisse aller à tant de désordres dont auraient rougi les païens mêmes. De là vient que presque tousles états sont aujourd'hui déciiés, et qu'où ne s'étonne pliis de voiries jug^s gouvernés par cekû-ci ou gagnés par celles lii. De là vient qu'un homme parfaitement irréprochable dansle maniement des deniers publics, ei qui sort lesmains pleinement nettes de certains emplois, est presque maintenant l)our nous un prodige. Le dirai-je, de là vient qu'une femme vraiment fidèle commence à devenir bi^ rare dans le monde, que dans les conditions les plus honorables il y a tant de pratiques et de menées, tant d*artiiices et de détours, à qui je n'oserais, par respect pour cet auditoire, , donner le nom qui leur convient, mais que la voix, ou si vous voulez, que l'indignation publique tnûte tous les-jours de friponneries. De là vient que le sacerdoce^ tout spirituel et tout saint qu'il est, est souvent pr4[»fiatné par des commerces, et des négoces, non-seulement criminels et défendus de pieu, mais sordides même selon l'opinion commune; enfin que le vrai caractère de l'honneur est presque ef&cé partout» Pourquoi cela ? je vous l'ai dit; pafpeqiji^ dan3 la plupart des..
états et des crniditions de Sa vie, il y a peu de religion. Car encore tine fois, comment vodez-vous que cette femme, que ce juge , que cet homme d*afiaires , en telle rencontre on Je puisse me les figurer, ne soient pas emportés par la passion qui les domine, si diacun d'eux n'a quelque cliose qui relève au--dessus de ce milieu «i juste et si précis de la raison? Or, c'est ce que fait la religion, qui dans la vue de Dieu non-seulement nous empêche d'attenter sur le bien d'autrui, mats nous fait même abandonner le nôtre; qui non-seulement triomphe de l'ambition , mais nous porte encore à l'abaissement et à Tlramiliation ; qui non-seulement réprime les désirs criminels de la chair, mais nous détache même des commodités et des aises de la vie; c'est-à-dire, qui disant faire à l'homme au-delà de ce que la raison lui commande , le rend victorieux de tout ce que la tentation lui peut suggérer.
Et voilà, chrétiens, ce yjue nous avons vu dans la personne de Jésns^hrist. Le démon lui montrant tous les royaumes de fe terre, lui promit de l'en rendre maître, s'il voulait se prosterner setilement une fois devant lui. C'était une tentation bien forte; mais que fit le Sauveur? il se servit de la religion contre une attaque si dangereuse et sans autre défense que celles;! : Scriptnm es/, Dominum Deùm tuum adorahis (MattIi. IV), îl est écrit : vous adorerez le "Seigneur votre Dieu ; il confondit son ennemi. Il ne lui dit point tout ce que la philosophie et le monde auraient pu répondre à la proposition que lui faisait cet esprit tentateur ; car de quel secours peut être la morale et la philosophie, quand il s'agit d'un royaume et même de plusieurs? mais pareeque le royaume du Fils de Dieu n'était pas de ce monde, il l'arrêta par ces paroles : Ikiminum Benm, fwum adi$rabU^ et parla il triompha de lui. Tune reliquit eum dia- Mus (Iilin. ). AyOkis de la rètigion, chrétiens, il n'y a point d'intérêt, point de tentation qtie nous ne puissions aisément
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«n .liens AoêêmoA-w»^ Inisee «àée ée 4a i«ligi(ki,^«tnne •souvent pkisdiffidie à eeniger que rirréligimitiiême. C'est eette seeoade espèce d%y|K>ensie que j'sftlaqHe présenteneat, et que je réduis à m eertein ^aare ée tfarétiens, dont Aie seute propeflitisfi veus manqué le oaractère, et qoi, sans itn dessein prémédité d'imposer «u pubMc, sont eux-mêmes dans Terrenr, se .flattant qu'iis ent dek r^§^, et oepmdant n'ayant pas ce lend ^' probité, d'intégrilé, de^sinoénlé qiie 4e «tonde même e»ge de.eenx ^t venlent vivre sekn Jesloisetavec hoimenr. Car il n'y-enaqne trop dans oetie il- 4iision, et ee sont là eeux à qai je parle. Je prétends qu'une religion sans probité, je dis-sans probité dois le sens qwihe libectinage mênie et le paganisme l'entendent, c'est-à-dire, «ans nne eonduite irr^ocàafale devant les liommes,*et8ans une «xàete régularité à rempitr 'tons <le8 devoirs de la vie 'dvile, n'est qu'un £Aotéfile de r^igien et qu'un seandide de religion; qu'un lîMitème de roKgien, parceque le fond dek religion kn numque ; qu'un scandale de religion^ pareeqa'ette neeertqu'à déshonorer k vraie reygion. Deux véritésierri- Mes pour tant dela«ii[X cbrétions; j'expose, l'une et ràutre^en peu de paroles.
Non, mes chers auditeurs, ce n'est qu'un fantôme de religion, qu'une religien^sans ^pobité : «insi l'Ecriture le déclare-t-elle dans un point particulier, mais dont la décision juste et solide, quoique d^&bord eëe^sanble outrée, peut s'éèendrc à tous les«iitres. Le voici : uSt dfMfs |mtol sereU^ ^oMiR M«e nfmreffwmms lm§man mÊam, f$ed êêdwcêns ^oTêmim, kx^^mna est -rtligie (ldyc..XVI) : ce sontlos faroles de saint Jaoqnes dans-ison épitre canonique: fiiss frères, disait ce .grand apôtre, si i^lqu'an de vous croit avoir de k religion, et que nérnimoins il ne réprime pasna kftgue, et qu'il lui donne tonte lâiertéde parler, qu'il -anelle que sa roligion est vaine. Prenez^mle, «krétiens, il «e dit pas : si queiqù'ni de vans «e liceneie «i quelques.]
scR LA RELieim m la probité. Stî
•«OQtres à fMrier «antre ie prêofam; w cida peut quelqM- '. lîNs arriver par finMesse, par mpradanoe, par «mporieiMit, 4ors.tiiène qu'on a de la reiigiMi ; nais Vapètre dit : si qmlqa^ua de von, ne-mettast jamais un km à sa langue, se Ait Qtte InbitHde de ndUer Ton, de mépriser Fautre, de censurer eehH-»ci, de décrier eeliii4à, et qu'il croie penveir 4WOonler oetle iicenee efirénée «tsc la Traie religion , o^ost m aveugle qui s'égare : et quoique peut-être il ne s-on •«slime ni moins spirituel ni tnoins patfint, quoique peul- *ètFe il se fesse de ses médisanoes mêmes un point de rein ^ion et de piété, eomme si c'était vniEèle ehrétten qui Yk^ •apiràt, je soutiens moi, et je conclus qu'il n'a qu'une itiligien rniaginaire : Jiii;tw vuno M reHgio. Quelle conséquence, reprend saint Ghrysostome? n'était^^e pas «assez de dire que cet honune, on ne retenant pas sa langue, offense .ia religion, qu'il blesse la cbarilé, qu'il engage sa coofcionee, -et qu'il se rend crininel devant Dieu?, non ; maâs . prenant la chose dans sa source , l'apètre prononce «bsel»- -ment que c'ost un kommc sans relîgiQn : Hu$u$ vmm eit
Or, ohréliMis, comprenez toute la forée de ce raisonwo «ont; s'il e6t de la foi qu'une pareille erreur, une erreur ^ipalique touchant les siîllies «t les Mcrtés d'une langue médisante et sans retenue, suflUpour détruire dans nous l'esprit de la reHgÎDn , que senMse de ces désordres xaam 'Ms qui détruisent ontièrement la proUtédans le comment -des hommes , et que certains hoinmea prétendraient néan- «moins pouvoir accommoder avec la rehgfen? Que sera-ce de ces duplicités accompagnées de mille protestations d'*- •mitié et de bonne foi? Qile aer»«e de ces avarices sordi- 4e&ct couvertes d'un voile de dësintéresmment dont on se .pare? Que aenhce de ces animosités profondes et invétérées, si contraires à la chanté et à fepaix, mais à- qui l'on donne une feusoe couleur de jusiiee? Que -oenHce de ces
excès, de ces emportements, de ces duretés^ envers le prochain, que Ton justifie par* une intention prétendue droite? Que sera-Kîe de ces fraudes , de ces chicanes, de ces vexations qui ruinent non-seulement des familles, mais des villes, mais des provinces entières? Que sera-ce de mille autres désordres qui ne sont que trop connus, et qui rompent tous les liens de la société humaine? tout cela est-il compatible avec une religion toute sainte, avec une religion .toute parfaite, avec une religion toute divine? Le serait-il même avec le paganisme? Hé quoi. Seigneur, un païen eût cru par là renoncer à la religion qu'il professait; avec de telles pratt^ ques on Feût, parmi des païens, traité d'anathème ; et dans un si monstrueux dérèglement de mœurs, nous nous flatterons d'être chrétiens !
Remontons au principe. Vous me demandez pourquoi la religion a une dépendance si nécessaire de la probité, et mot je vous réponds que c'est un ordre établi de Dieu , et que Dieii lui-même en quelque sorte ne peut pas changer. Car, comme lagrace suppose la nature et que la foi est en-* tée, pour ainsi dire, sur la raison , aussi la religion a-t-elle pour base la probité. Détruisez la nature , il n'y a plus de grâce ; pervertissez la raison, il n'y a plus de foi, et ôtez de la société des hommes ce que nous appelons probité, il n*y a plus de religion. En effet, la. religion, 4it saint Jérôme, veut un sujet digne d'elle et digne de Dieu. Elle nous perfi^tionne en nous élevant à Dieu ; mais elle suppose dans nous, ou plutôt elle commence dans nous une certaine perfection qui nous, rend tels que nous devons être à l'égard des hommes; et si nous n'avons ces qualités et ces dispositions. Dieu ne peut agréer notre culte, ni s'en tenir honoré; car ce qui n'est pas même bon devant les hommes , comment le serait-il devant Dieu, dont le jugement est bien en« oore au-dessus du jugement des hommes? Etre juste , être fidèle , être désintéressé , être sans reproche dans l'estime
du inonde , ou du moins le vouloir être « travailler à Têtre, et pour soutenir, pour sanctiûer toutes ces vertus, avoir de la religion et être chrétien, voilà Tordre invariable et auquel il faut que la religion se conforme. Mais que faisons-nous? nous renversons cet ordre , et par Fillusion la plus déplorable nous nous formons de grandes idées de religion et de christianisme qui ne se trouvent appuyées sur rien parcequ'en même temps nous négligeons les premiers devoirs de la fidélité et de la justice , c'esUànlire que nous bâtissons sans fondement, ou, pour m'exprimer avec saint Paul, que nous bâtissons sur un fondement de paille. Nous voulons construire un édifice de pierres précieuses ; mais nous paraissons devant Dieu semblables à cette statue de Nabucbodonosor dont parle le prophète Daniel : elle avait la tête d'or et les pieds de terre ; cette tête d'or représente la religion, et ces pieds de terre nos actions. Or, qu'est-ce que cela, sinon un fantôme et une chimère? car une chimère, dans la signification même du terme, marque un composé d'espèces diiïérentes , qui n'ont enàemble nulle liaison et nul rapport; un visage d'homme avec un corps de bête. C'est ainsi que les fables l'ont figurée , et ce qui est imposrsible dans la nature , n'est-ce pas ce que nous voyons et ce que nous déplorons dans la conduite de la plupart des chrétiens ? Combien peuvent dire comme saint Bernard , mais avec tout un autre sujet que saint Bernard : je suis la chimère de mon siècle, ou plutôt la chimère du christianisme : j'honore Dieu , mais j'offense les liommes; j'ai des sentiments de piété, mais je parle , j'agis en mille occasions avec moins de droiture et moins de raison que -les plus impies ; j'ai du zèle pour certaines œuvres d'éclat et de surérogation , et je n'en ai point pour des œuvres de nécessité et d'obligation ; je suis éloquent sur la discipline de l'Eglise et sur la sévérité de l'Evangile,- et toute ma vie se passe à former des partis, à nouer des intrigues, à répandre des
aAmmm^ h ûMàrer Ton , à tiétitrire TaKrtre : dnmèfe de religion. Il faut ^e la religion, 4a vraie religion, commence par les devoirs généraux d'éqirité, de èèarité, de reconnaît»saifee, de soumission et d'obéisstfnoro, pareeque c'est ainsi, dit Tapôtre samt Jacques, que Ton se défend de la malignité ti de la contagion du siècle, et quet^'eât en quoi consisté la rdigion.pure et sans tache : Reliffo nmnéa et tmmaculaia •hœe eft, ifmmiêulûlwn se custodire ab 'hoc êtseulo (Jac. I). 'Sans cette probité sincère «t reconnue, non-seulement fàntème de religion , mais «candale de religion. Je m^expli^ que. J'appelle soandale de religion , ce qui eicpose la religion «u mépris et à la censure : j'appelle seaïidale de religion, ee'qui lui 6te le crédit et Fautorité qu^eHe doit avoir dans les esprits : j'appelle scandale de religion , ce qui donne au l^értinage une espèce de supériorité et d'ascendant sur elle. Or, tt^est-ce pas là ce que lait la conduite d'un chrétien sans probité? Si le christianisme peut devenir mépnsabte, par où le devteiiidra-141 plus nâtureliemetit que par là ? Je •sais que nous ne manquons pas de réponses pour faire taire 4e monde; je sais qu'il faut bien distinguer .la religion et ceux qui la professent ; qu'il ne faut pas confondre la sainteté qui lui est propre «t qu'elle ne perd jamais , avec nos désordres qu'eHc est la première è condamner et à nous reprocher. Mais le monde e^il assez équitable pour faire ce discernement? e*tMl assez bien disposé pour le vouloir? ne cherche^t-il pas au contraire des prétextes contre elle ; et pour peu qu'ils autorisent son impiété , ne se fait-il pas un plaisir de les relever et de les exagérer? Quand donc on voit des chrétiens infidèles dans teurs paroles, intéressés éana leurs vues, inflexibles d«is leurs colères , impitoyables dans leurs vengeances , sans modération dans leurs excès , sans pudeur dans leurs débaodres, dissimulés, artificieux, fourbes et imposteurs , qu'en peut penser le Iffoettinage , et iqtfen pense^-t^il en effet? N'en tire«^t-il pas avantage, et
n'est-ce pas^ lu tneHapli& ^mt lui ? Allez alors lui vâDler r&xcelleiiCQ d6 la l#i de Dieu, : q^ n'aiira-t-4L pas ou tpm m croira-441 pas 4i voir à lui opposer? il la traitera , ou d'hy«. poerisie et do jeu , ou de'spéoulationjnipratieaUe : d'bypo^ crisie et de jeu;, p^isqu'avee^ de si belles leçons, avec de si hautes maxifiaes , eUe ne reoA pas meiUeurs ceux qui Fean brassât : de spécidatloa iIB]^raticabl^, putsqu'en. faisant ifijlme professiQB de la suivre , wt n'en observe pas les règles et qu'oR n'en aeooaiplit pas les devoirs. Il raisonnera mal, j'en conviens ; mais enfin il nôsonnera de la sorte ; et voilà les^impressions- que feront su^ son esprit les- exemples qu'il aura devant ses yewc. Gar^c'est.à ces ex<Mnple8 qu'il s'attar-^ cbera, c'est sur.<x9B exeflB|rtes qu'il s'af^uiera^ c'est par ces exemples qu'il. jugei>a. Que ne dil-<»n pas tous les jours de la dévotion? vous le savez : que- pour être dévot par état, on n'en est souvent que. plus déguisé, que plus vindicatif,, que plus fi>cheux aux autres, que plus amateur de so^ même. On le dit, et pourquoi ? parcequ'on voit en effet des dévots, j'entends de prétendus dévots, trompeurs, des dévots ulcérés et envenimés les uns contre les autres, des dévots aigres , chagrins , bizarres , des dévots sensuels et délicats. Or, ce qu'on dit en particulier de la dévotion , on le dira en général de la religion.
Ainsi, mes frères, s'il nous reste encore quelque zèle pour notre religion, vivons d'une manière, non-seulement qui lui fasse honneur, mais qui la fasse aimer de ceux même qui lui pourraient être les plus opposés. Or, je vous en ai appris le moyen : qu'ils voient en nous de la probité, c'est ce qui les édifiera. Nos dévotions, nos ferveurs, nos pénitences, tout cela est saint; mais à peine en seront-ils touchés : leurs vues ne vont point encore jusque-là , et ils at* tendent que nous les attirions par quelque chose de plus, proportionné à leurs idées et à l'imperfection de leur état. Soyons bieniaisants, doux, affables, prévenants, humbles
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dans nos pensées, intègres dans nos sentiments, modestes dans la fortune, patients dans Tadversité, sans détours, sans artifices, sans ostentation , sans hauteur : alors aidés de la grâce nous les gagn^fons , nous les convertirons, nous les sanctifierons et nous nous sanctifierons nous-mêmes avec eux. Tel est, Seigneur, le témoignage que vous demandez de nous. Les martyrs, pour la même religion que nous protiessons, ont versé leur sang et donné leur vie. Nous devons être dans la même disposition de vous sacrifier tout ; mais nous ne nous trouvons plus dans les mêmes occasions. Ah ! mon Dieu, quelle honte pour un chrétien de ne pas faire au moins en partie par Finnocence de ses mœurs , ce que tant d^autres ont fait par leur inébranlable constance au milieu des plus rigoureux tourments ! Ce ne sera pas en vain , Seigneur, que Yious vous glorifierons , puisque vous avez promis à ceux qui vous honorent une gloire immortelle , où nous conduise , etc.
: Diàit Je$u$ disciimlis suie : Amen , amen diço wMe ; si quid peiieritis Patrem in nomine meOj daHivobis. Vtque^ modo non peiistis quidquam in nomine meo : petite et aeei~ pietis.
Jésus parla de celle sorte à ses disciples : Je vous le dis en vérité, si vous demandez quelque chose i mon Père en mon nom , il vous raccordera.' Vous n*avez encore rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez.
Jeam XVI.
Il n^appaitient qu'à un Dieu aussi grand que le nôtre, de faire une promesse si magniûque^et si étendue, parce qu'il n'appartient qu'à lui de la pouvoir exécuter. Le Fils de Dieu ne nous, dit pas seulement dans la personne de ses disciples, si vous demandez telle ou telle chose, vous l'obtiendrez; mais si vous demandez quelque chose , quoi que ce soit , mon Père vous le donnera : Si quid petieriHs, dabit vobis. Il ne nous dit pas précisément , demandez ceci ou cela , mais îndéterminément et en général , demandez et vous recevrez : Petite et fuxipielis. Encore une fois, chrétiens, il fallait une puissance et une miséricorde infinie pour être en état cle s'engager de la sorte et pour le vouloir : c'est donc là qu'éclate la souveraine grandeur du Dieu que nous adorons; c'est là qu'il lait également paraître, et ce pouvoir suprême
qui le rend maître de tout, et cette bonté sans mesure qui le fait descendre et compatir à tous nos besoins. Aussi estce de là même que les B^ros ont pris occasion de tant exalter refDcace de la prière; qu'ils Font regardée comme la mère de toutes les vertus, comme la ^urce de tous les biens, comme le trésor diB. Tanie chséfonne et comme un fonds de richesse inépuisable , parceque c'est le moyen de parvenir à tout et d'avoir tout : Si quid petieritU Pairem^ dabii vobis. Il est yrai qu'elle requiert certaines conditions: Dieu n'est pas le dissipateur, mais le dispensateur de ses graoes*; et par conséquent il n^éeoute pas suo» distiaotion toiito prière, mais une prière anmiée par la foi, une prier» sanetiiiée par rhamililé, une prière soutenue par la persé^ vérance, une prière non des lèvres et de la bouche seufoupeni, mais de l'espril et duoceur : tout cela esl iaeentesta- Me*, el tout cela, est bieu raisonaable. Ge qui m^étonne, chvétiens , et ce qui est en- effet> bien surprenant , c'est le-peu de soia que nous avons de mettre en œuvre auprèsde-Dieti- . ce qui devrait nous servir en toute rencontre :' car ne puisje pas bien faire à la plupart de mes auditeurs le même reprodie que faisait le Sauveur du raof^à'Ses- disciples*: Uè^ qmemodé non^peHsêU quiéqwiim; vous n'avez rien deraandéjusqu'à présent? Est-ce que rien, ne vous manque f mais vous êtes tous les jours si éloquents à exposer aux homme» les nécessités ou temporelles- ou spirituelles qui vousafllf^ gent'. E^t-H^e que vous n'avez point encore- apprise deman^ der ni à prier? si cela est-, comme je n'ai que trop lieu de^ le croire, appliquez^rous à ee>di600ur&, où je prétends voQS entretenir de la prière, après- avoir prié' moi-même, en m^adressant à Biarie^ et lui disant, Aw MêHûi
Exercer le ministère de l'Evangile, c^était, dan^t'idéede saint Paul, faire profession d'être redevable à tous, aux ignorants et aux savants, aux cbaraels-et aiix.8pirtluel6^ à <;euK
qui sont encore enfants en Jésus-Christ, et à ceux qui sont dëja des hommes Tonnés et parfaits ou qui travaillent à le devenir ; aux ignorants pour les instruire, aux savants pour les persaader, aux charnels pour les convertir, aux spirituels pour les affermir, à ceux qui sont encore enfants pour les nourrir de lait, aux parfaits pour leur préparer des viandes solides, à tous pour leur prêcher la vérité, mais d'une ma- ' nière proportionnée à leur état et à leurs dispositions. Ainsi ce grand apôtre lepratiquait-il; ainsi en servait-ii d'exemple aux ministres qui devaient être chargés après lui du même emploi : et voilà, mes chers auditeurs, rengagement où je me trouve aujourd'hui : j'ai à vous entretenir de la matière la plus importante, savoir, de l'oraison ou de la prière ; et par un dessein particulier de Dieu , je me trouve obligé k en instruire tout à la fois deux sortes de personnes : le$ chrétiens du siècle qui marchent dans les routes de la religion, et ceux qui aspirent et qui s'élèvent aux voies les plus "sublhnes de la perfection. Il semble que, pour l'utihté publique, j'aurais pu me contenter de l'instruction des premiers, mais Dieu par son adorable providence a permis que dans notre siècle il ne fût pas moins nécessaire de s'appliquer à l'édification des seconds ; et c'est pourquoi je me suis senti inspiré de parler ici aux uns et aux autres : aux premiers pour les convaincre de la nécessité de l'oraison, €t aux seconds pour leur découvrir les abus de l'oraison. Mais parceque le terme d'oraison, par rapport à ces deux sortes de chrétiens, est comme un terme équivoque, qui signifie pour les premiers l'action commune de prier, et pour les seconds quelque chose de plus jelevé que nous appellerons oraison extraordinaire, afin d'ôter toute ambiguité et de vous déclarer nettement ma pensée, mon dessein est de faire voir aux uns le besoin qu'ils ont de l'oraison commune, et de marquer aux autres comment ils peuvent abuser de Toraison extraordinaire ; c'est-^-dire, d'engager
les uns à prier, et d'empêcher les autres de mal prier; d^attirer ceux-là au saint exercice de Toraison, qui nous e$t commandé , et de retirer ceux-ci des fausses voies d'une oraison dangereuse et inutilement pratiquée. Voilà ce que j'entreprends en deux mots : l'indispensable nécessité de l'oraison ordinaire fondée sur les principes de la foi les plus évidents, c'est le premier point; l'abus de l'oraison extraordinaire reconnu et découvert par les règles de la foi les plus solides, c'est le second point. Commençons.