I. Polyb., lih. T, rnp. fi, Jih. ii, rfiji. IS
par ses Yîcloires (383 — 37 1). On remarque qu'il avait pour règle de ne "mentir jamais, même en riant. Ses grandes actions éclatent dans les dernières années de Mnémon et dans les premières d'Ochus. Sous un si grand capitaine, les Thébains sont victorieux, et la puissance de Lacédémone est abattue. Celle des rois de Macédoine commence avec Philippe, père d'Alexandre le Grand (395—359). Malgré les oppositions d'Ochus et d'Arsès son fils, rois de Perse, et malgré les difficultés plus grandes encore que lui suscitait dans Athènes l'éloquence de Démosthène, puissant défenseur de la liberté, ce prince, victorieux durant vingt ans, assujettit toute la Grèce, où la bataille de Chéronée, qu'il gagna sur les Athéniens et sur les alliés, lui donna une puissance absolue (416—338). Dans cette fameuse bataille, pendant qu'il rompait les Athéniens, il eut la joie de voir Alexandre, à l'âge de dix-huii ans, enfoncer les troupes thébaines de la discipUne d'Épaminondas, et entre autres la troupe Sacrée, qu'on appelait des Amis, qui se croyait invincible. Ainsi maître de la Grèce, et soutenu par un fils d'une si grande espérance, il conçut déplus hauts desseins, et ne médita rien moins que la ruine des Perses, contre lesquels il fut déclaré capitaine général (4 1 7 —337). Mais leur perte était réservée à Alexandre(4 1 8— 336). Au milieu des solennités d'un nouveau mariage, Philippe fut assassiné par Pausanias, jeune homme de bonne maison, à qui il n'avait pas rendu justice. L'eunuque Bagoas tua dans la même année Arsès, roi de Perse, et fit régner à sa place Darius, fils d'Arsame, surnommé Codomamis. Il mérite, par sa valeur, qu'on se range à l'opinion, d'ailleurs la plus vraisemblable, qui le fait sortir de la famille royale. Ainsi deux rois courageux commencèrent ensemble leur règne, Darius, fils d'Arsame, et Alexandre, fils de Philippe. Ils se regardaient d'un œil jaloux, et semblaient nés pour se disputer l'empire du monde. Mais Alexandre voulut s'affermir avant que d'entreprendre son rival. 11 vengea la mort de son père j il dompta les peuples rebelles qui méprisaient sa jeunesse î il battit les Grecs, qui tentèrent vainement de secouer le joug, et ruina Thèbes (419 — 335), où il n'épargna que la maison et les descendants de Pindare, dont la Grèce admirait les odes. Puissant et victorieux, il marche après tant d'exploits à la tête des Grecs contre Darius (420 — 334), qu'il défait en trois batailles rangées (421 — 333), entre triomphant dans Babylone et dans Suse (423 — 331), détruit Persépolis, ancien siège des rois de Perse (424 — 330 j, pousse ses conquêtes jusqu'aux Indes (427—327), et vient mourir à Babylone âgé de trente-trois ans (430—324).
De son temps (421— 333), Manassès, frère de Jaddus, souverain pon-
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tife, excita des brouilleries parmi les Juifs. 11 avait épousé la fille de Sanaballat Samaritain, que Darius avait fait satrape de ce pays.Pkuôt que de répudier cette étrangère, à quoi le conseil de Jérusalem et son frère Jaddus voulaient l'obliger, il embrassa le schisme des Samaritains. Plusieurs Juifs, pour éviter de pareilles censures, se joignirent à lui. Dès lors il résolut de bâtir un temple près de Samarie, sur la montagne de Garizim, que les Samaritains croyaient bénite, et de s'en faire le pontife. Son beau-père, très accrédité auprès de Darius, l'assura de la protection de ce prince, et les suites lui furent encore plus favorables. Alexandre s'éleva (422 — 332) : Sanaballat quitta son maître, et mena des troupes au victorieux durant le siège de Tyr. Ainsi il obtint tout ce qu'il voulut ; le temple de Garizim fut bâti, et l'ambition de Manassès fut satisfaite. Les Juifs cependant, toujours fidèles aux Perses, refusèrent à Alexandre le secours qu'il leur demandait. Il allait à Jérusalem, résolu de se venger ; mais il fut changé à la vue du souverain pontife, qui vint au-devant de lui avec les sacrificateurs revêtus de leurs habits de cérémonie, et précédés de tout le peuple habillé de blanc. On lui montra des prophéties qui prédisaient ses victoires : c'était celles de Daniel. Il accorda aux Juifs toutes leurs demandes, et ils lui gardèrent la même fidéhté qu'ils avaient toujours gardée aux rois de Perse.
Durant ces conquêtes (428, 429, 430), Rome était aux mains avec les Samnites ses voisins, et avait une peine extrême à les rédui};e, malgré la valeur et la conduite de Papirius Cursor, le plus illustre de ses généraux. Après la mort d'Alexandre, son empire fut partagé (430—324). Perdiccas,Ptolomée, fils de Lagus, xVntigonus, Séleucus, Lysimaque, Antipater et son fils Cassander, en un mot tous ses capitaines, nourris dans la guerre sous un si grand conquérant, songèrent à s'en rendre maîtres par les armes (430, 436, 438) : ils immolèrent à leur ambition toute la famille d'Alexandre (433, 445), son frère, sa mère, ses femmes, ses enfants, et jusqu'à ses sœurs : on ne vit que des batailles sanglantes et d'effroyables révolutions. Au milieu de tant de désordres, plusieurs peuples de l'Asie-Mineure et du voisinage s'affranchirent, et formèrent les royaumes de Pont, de Bithynie et de Pergame. La bonté du pays les rendit ensuite riches et puissants. L'Arménie secoua aussi dans le même temps le joug des Macédoniens, et devint un grand royaume. Les deux Mithridate père et fils fondèrent celui de Cappadoce. Mais les deux plus puissantes monarchies qui se soient élevées alors furent celle d'Egypte fondée par Ptolomée (431-323), fils de Lagus, d'où viennent les Lagides -, et celle d'Asie ou de Syrie fondée par
iO DISCOURS
Séleucus (442 — 312), d'où viennent les Séleucides. Celle-ci comprenait, outre la Syrie, ces vastes et riches provinces de la haute Asie qui composaient l'empire des Perses: ainsi tout l'Orient reconnut la Grèce, et en apprit le langage. La Grèce elle-même était opprimée par les capitaines d'Alexandre. La Macédoine, son ancien royaume, qui donnait des maîtres à l'Orient, était en proie au premier venu. Les enfants de Cassander se chassèrent les uns les autres de ce royaume. Pyrrhus', roi des Épirotes (458 — 296), qui en avait occupé une partie, fut chassé par Démétrius Poliorcète (460 — 294;, fils d'Antigonus, qu'il chassa aussi à son tour (465—289) : il est lui-même chassé encore une fois par Lysimaque (468—286), et Lysimaque par Séleucus, que Ptolomée Céraunus, chassé d'Egypte par son père Ptolomée I (473 — 28i;, tua en traître malgré ses bienfaits (474 — 280). Ce perfide n'eut pas plutôt envahi la Macédoine, qu'il fut attaqué par les Gaulois, et périt dans un comhat qu'il leur donna (475 — 279). Durant les troubles de l'Orient, ils vinrent dans l'Asie-Mineure, conduits par leur roi Brennus, et s'établirent dans la Gallo-Grèce ou Galatie, nommée ainsi de leur nom, d'où ils se jetèrent dans la Macédoine qu'ils ravagèrent, et firent trembler toute la Grèce. Mais leur armée périt dans l'entreprise sacrilège du temple de Delphes (476 — 278). Cette nation remuait partout, et partout elle était malheureuse. Quelques années devant l'affaire de Delphes (471 — 283), les Gaulois d'ItaUe, que leurs guerres continuelles et leurs victoires fréquentes rendaient la terreur des Romains, furent excités contre eux par les Samnites, les Brutiens, et les Étruriens ^. Ils remportèrent d'abord une nouvelle victoire, mais ils en souillèrent la gloire en tuant des ambassadeurs. Les Romains indignés marchent contre eux, les défont, entrent dans leurs terres où ils fondent une colonie (472 — 282), les battent encore deux fois, en assujettissent une partie, et réduisent l'autre à demander la paix. Après que les Gaulois d'Orient eurent été chassés de la Grèce (477 — 277), Antigonus Gonatas, fils de Démétrius Poliorcète, qui régnait depuis douze ans dans la Grèce, mais fort peu paisible, envahit sans peine la Macédoine. Pyrrhus était occupé ailleurs. Chassé de ce royaume, il espéra de contenter son ambition par la conquête de l'Italie, où il fut appelé par les Tarentins (474 — 280). La bataille que les Romains venaient de gagner sur eux et sur les Samnites ne leur laissait que cette ressource. Ilremporta contre lesRomains des victoires qui le ruinaient (47 5 — 279). Les éléphants de Pyrrhus les étonnèrent j mais le consul Fabrice fit bientôt voir aux Romains que Pyrrhus pouvait être vaincu. Le roi et ■I. Polyb., lib. H, cap. 20.
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le consul semblaient se disputer la gloire de la générosité, plus encore que celle des armes : Pyrrhus rendit au consul tous les prisonniers sans rançon, disant qu'il fallait faire la guerre avec le fer, et non point avec l'argent; et Fabrice renvoya au roi son perfide médecin (47 6 — 278), qui était venu lui offrir d'empoisonner son maître. En ces temps, la religion et la nation judaïque commencent à éclater parmi les Grecs. Ce peuple, bien traité par les rois de Syrie, vivait tranquillement selon ses lois. Antiochus, surnommé le Dieu, petit-fils de Séleucus,les répandit dans l'Asie-Mineure-, d'où ils s'étendirent dans la Grèce, et jouirent partout des mêmes droits et de la même liberté que les autres citoyens 1. Ptolomée, fils de Lagus, les avait déjà établis en Egypte. Sous son fils Ptolomée Philadelphe (477—277), leurs Écritures furent tournées en grec, et on vit paraître cette célèbre version appelée la version des Septante. C'était de savants vieillards qu'Éléazar, souverain pontife, envoya au roi, qui les demandait. Quelques-uns veulent qu'ils n'aient traduit que les cinq livres de la loi. Le reste des livres sacrés pourrait, dans la suite, avoir été mis en grec pour l'usags des Juifs répandus dans l'Egypte et dans la Grèce 5, où ils oublièrent non seulement leur ancienne langue, qui était l'hébreu, mais encore le chaldéen, que la captivité leur avait appris. Ils se firent un grec mêlé d'hébraïsmes, qu'on appelle le langage hellénistique : les Septante et tout le nouveau Testament est écrit en ce langage. Durant cette dispersion des Juifs, leur temple fut célèbre par toute la terre, et tous les rois d'Orient y présentaient leurs offrandes. L'Occident était attentif à la guerre des Romains et de Pyrrhus. Enfin ce roi fut défait par le consul Curius (479 — 275), et repassa en Épire. 11 n'y demeura pas longtemps en repos, et voulut se récompenser sur la Macédoine des mauvais succès d'Itahe (480 — 274). Antigonus Gonatas fut renfermé dans Thessalonique, et contraint d'abandonner à Pyrrhus tout le reste du royaume. Il reprit cœur pendant que Pyrrhus, inquiet et ambitieux, faisait la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens (482 — 272). Les deux rois ennemis furent introduits dans Argos en même temps par deux cabales contraires et par deux portes différentes. Il se donna dans la ville un grand combat : une mère, qui vit son fils poursuivi par Pyrrhus qu'il avait blessé, écrasa ce prince d'un coup de pierre. Antigonus, défait d'un tel ennemi, rentra dans la Macédoine, qui, après quelques changements, demeura paisible à sa famille. La ligue des Achéens l'empêcha de s'accroître. C'était le dernier rempart de la Grèce, et ce fut elle qui en produisit les derniers héros avec Aratus et ■\. Joseph. Ani. lib. xu.cap. o. - 2. Jonepli. Ant. lib. u Proœm. et lib. xi, cap. 2.
Philopœmen. Les Tarentins , que Pyrrhus entretenait d'espérance , appelèrent les Carlhaginois après sa mort. Ce secours leur fut inutile : ils furent battus avec les Brutiens et les Samnites leurs alliés. Ceux-ci, après soixante-douze ans de guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Romains. Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas : ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués. Les Gaulois, souvent battus, n'osaient remuer. Après quatre cent quatre-vingts ans de guerre, les Romains se virent les maîtres en Italie, et commencèrent à regarder les affaires du dehors ^ : ils entrèrent en jalousie contre les Carthaginois, trop puissants dans leur voisinage par les conquêtes qu'ils faisaient dans la Sicile, d'où ils venaient d'entreprendre sur eux et sur l'Italie, en secourant les Tarentins. La république de Carthage tenait les deux côtés de la mer Méditerranée. Outre celle d'Afrique, qu'elle possédait presque tout entière, elle s'était étendue du côté d'Espagne par le détroit. Maîtresse de la mer et du commerce, elle avait envahi les îles de Corse et de Sardaigne. La Sicile avait peine à se défendre ; et l'Italie était menacée de trop près pour ne pas craindre. De là les guerres Puniques (490—264), malgré les traités mal observés de part et d'autre. La première apprit aux Romains à combattre sur la mer (494 — 260). ils furent maîtres d'abord dans un art qu'ils ne connaissaient pas ; et le consul Duilius , qui donna la première bataille navale, la gagna. Régulus soutint cette gloire, et aborda en Afrique, où il eut à combattre ce prodigieux serpent, contre lequel il fallut employer toute son armée. Tout cède : Carthage, réduite à l'extrémité, ne se sauve que par le secours de Xantippe, Lacédémonien. Le général romain estbattuetpris (499 — 255); mais sa prison le rend plus illustre que ses victoires. Renvoyé sur sa parole, pour ménager l'échange des prisonniers, il vient soutenir dans le sénat la loi qui ôtait toute espérance à ceux qui se laissaient prendre, et retourne à une mort assurée. Deux épouvantables naufrages contraignirent les Romains d'abandonner de nouveau l'empire de la mer aux Carthaginois. La victoire demeura longtemps douteuse entre les deux peuples, et les Romains furent prêts à céder : mais ils réparèrent leur flotte. Une seule bataille décida, et le consul Lutatius acheva la guerre (513 — 241). Carthage fut obligée à payer tribut, et à quitter, avec la Sicile, toutes les îles qui étaient entre la Sicile et l'Italie. Les Romains gagnèrent cette île tout entière, à la réserve de ce qu'y tenait Hiéron, roi de Syracuse, leur allié -. Après la guerre achevée,
\. Pohjb. lib. I, cap. 12, lib. u, cap. l. — 2, Polub. lib. \, cap. 02) G5, Ub. U, cap. I.
les Carthaginois pensèrent périr par le soulèvement de leur armée. Ils l'avaient composée, selon leur coutume, de troupes étrangères, qui se révoltèrent pour leur paye. Leur cruelle domination fit joindre à ces troupes mutinées presque toutes les villes de leur empire ; et Cartilage, étroitement assiégée, était perdue sans Amilcar surnommé Barcas. Lui seul avait soutenu la dernière guerre. Ses citoyens lui durentencore la victoire qu'ils remportèrent sur les rebelles (516—238): il leur en coûta la Sardaigne, que la révolte de leur garnison ouvrit aux Romains 1. De peur de s'embarrasser avec eux dans une nouvelle querelle, Carthage céda malgré elle une île si importante, et augmenta son tribut. Elle songeait à rétablir en Espagne son empire ébranlé par la révolte (524 — 230) : Amilcar passa dans cette province, avec son fils Annibal, âgé de neuf ans, et y mourut dans une bataille. Durant neuf ans qu'il y fit la guerre, avec autant d'adresse que de valeur, son fils se formait sous un si grand capitaine, et tout ensemble il concevait une haine implacable contre les Romains. Son allié Asdrubal fut donné pour successeur à son père. Il gouverna sa province avec beaucoup de prudence, et y bâtit Carthage la Neuve, qui tenait l'Espagne en sujétion. Les Romains étaient occupés dans la guerre contre Tenta, reine d'illyrie, qui exerçait impunément la piraterie sur toute la côte. Enflée du butin qu'elle faisait sur les Grecs et sur les Épirotes, elle méprisa les Romains, et tua leur ambassadeur. Elle fut bientôt accablée (525— 229) : les Romains ne lui laissèrent qu'une petite partie de rillyrie, et gagnèrent l'Ile de Corfou (526 — 228), que cette reine avait usurpée. Ils se firent alors respecter par une solennelle ambassade, et ce fut la première fois qu'on y connut leur puissance. Les grands progrès d'Asdrubal leur donnaient de la jalousie; mais les Gaulois d'Italie les empêchaient de pourvoir aux affaires de l'Espagne ^. Il y avait quarante-cinq ans qu'ils demeuraient en repos. La jeunesse qui s'était élevée durant ce temps ne songeait plus aux pertes passées, et commençait à menacer Rome ^. Les Romains, pour attaquer avec sûreté de si turbulents voisins, s'assurèrent des Carthaginois. Le traité fut conclu avec Asdrubal qui promit de ne passer point au-delà de l'Èbre (630 — 224). La guerre entre les Romains et les Gaulois se fit avec fureur de part et d'autre : les Transalpins se joignirent aux Cisalpins : tous furent battus. Concolitanus, un des rois gaulois, fut pris dans la bataille : Anéroestus, un autre roi, se tua lui-même. Les Romains victorieux passèrent le Pô pour la première fois, résolus d'ôter
^. Pohjb. lib. I, cap. 79, 83,88. —2. Po/yt». lib. 11, cap. 12,22. ~3. Polyb.lib. II, cap. 21.
aux Gaulois les environs de ce fleuve, dont ils étaient en possession depuis tant de siècles. La victoire les suivit partout : Milan fut pris ; presque tout le pays fut assujetti (534—220). En ce temps Asdrubal mourut; et Annibal, quoiqu'il n'eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place. Dès lors on prévit la guerre. Le nouveau gouverneur entreprit ouvertement de dompter l'Espagne, sans aucun respect des traités. Rome alors écouta les plaintes de Sagonte, son alliée (535 — 219). Les ambassadeurs romains vont à Carthage. Les Carthaginois rétablis n'étaient plus d'humeur à céder. La Sicile ravie de leurs mains, la Sardaigne injustement enlevée, et le tribut augmenté, leur tenaient au cœur. Ainsi la faction qui voulait qu'on abandonnât Annibal se trouva faible. Ce général songeait à tout. De secrètes ambassades l'avaient assuré des Gaulois d'Italie, qui, n'étant plus en état de rien entreprendre par leurs propres forces, embrassèrent cette occasion de se relever. Annibal traverse l'Èbre, les Pyrénées, toute la Gaule transalpine, les Alpes, et tombe comme en un moment sur l'Italie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort pour leur liberté. Quatre batailles perdues font croire que Rome allait tomber (536—218). La Sicile prend le parti du vainqueur (537 — 217). Hiéronyme, roi de Syracuse, se déclare contre les Romains (538 — 216) : presque toute l'Italie les abandonne (539—215); et la dernière ressource de la république semble périr en Espagne avec les deux Scipions (542 — 212). Dans de telles extrémités, Rome dut son salut à trois grands hommes. La constance de Fabius Maximus, qui, se mettant au-dessus des bruits populaires, faisait la guerre en retraite, fut un rempart à sa patrie, Marcellus, qui fit lever le siège de Noie (540 — 214 et prit Syracuse (542—212), donnait vigueur aux troupes par ses actions. Mais Rome, qui admirait ces deux grands hommes, crut voir dans le jeune Scipion quelque chose de plus grand. Les merveilleux succès de ses conseils confirmèrent l'opinion qu'on avait qu'il était de race divine et qu'il conversait avec les dieux. A l'âge de vingt-quatre ans il entreprend d'aller en Espagne (543 — 211), où son père et son oncle venaient de périr : il attaque Carthage la Neuve (544 — 210), comme s'il eût agi par inspiration, et ses soldats l'emportent d'abord. Tous ceux qui le voient sont gagnés au peuple romain : les Carthaginois lui quittent l'Espagne (548 — 206) : à son abord en Afrique les rois se donnent à lui : Carthage tremble à son tour, et voit ses armées défaites (551 — 203) : Annibal victorieux durant seize ans est vainement rappelé, et ne peut défendre sa patrie (552 — 202) : Scipion y donne la loi ; le nom d'Africain est sa récompense : le peuple romain, ayant
abattu les Gaulois et les Africains, ne voit plus rien à craindre et combat dorénavant sans péril.
Au milieu de la première guerre punique, Théodote, gouverneur de la Bactrienne, enleva mille villes à Antiochus (504—260), appelé le Dieu, fils d'Antiochus Soter, roi de Syrie. Presque tout l'Orient suivit cet exemple. Les Parthes se révoltèrent sous la conduite d'Arsace, chef de la maison des Arsacides, et fondateur d'un empire qui s'étendit peu à peu dans toute la haute Asie.
Les rois de Syrie et ceux d'Egypte, acharnés les uns contre les autres, ne songeaient qu'à se ruiner mutuellement, ou par la force, ou par la fraude. Damas et son territoire, qu'on appelait Cœlé-Syrie, ou la Syrie basse, et qui confmait aux deux royaumes, fut le sujet de leurs guerres ; et les affaires de l'Asie étaient entièrement séparées de celles de l'Europe.
Durant tous ces temps, la philosophie fïorissait dans la Grèce. La secte des philosophes Itahques, et celle des Ioniques, la remplissaient de grands hommes, parmi lesquels il se mêla beaucoup d'extravagants, à qui la Grèce curieuse ne laissa pas de donner le nom de philosophes. Du temps de Cyrus et de Cambyse, Pythagore commença la secte Italique dans la Grande-Grèce, aux environs de Naples. A peu près dans le même temps, Thaïes, Milésien, forma la secte Ionique. De là sont sortis ces grands philosophes, Heraclite, Démocrite, Empédocle, Parniénides ; Anaxagore, qui un peu avant la guerre du Péloponèse fit voir le monde construit par un esprit éternel; Socrate, qui un peu après ramena la philosophie à l'étude des bonnes mœurs, et fut le père de la philosophie morale ; Platon, son disciple, chef de l'Académie ; Aristote, disciple de Platon, et précepteur d'Alexandre, chef des péripatéticiens; sous les successeurs d'Alexandre, Zenon, nommé Cittien^ d'une ville de l'ile de Chypre où il était né, chef des stoïciens; et Épicure, Athénien, chef des philosophes qui portent son nom, si toutefois on peut nommer philosophes ceux qui niaient ouvertement la Providence, et qui, ignorant ce que c'est que le devoir, définissaient la vertu par le plaisir. On peut compter parmi les plus grands philosophes Hippocrate, le père de la médecine, qui éclata au milieu des autres dans ces heureux temps de la Grèce. Les Romains avaient dans le même temps une autre espèce de philosophie, qui ne consistait point en disputes ni en discours, mais dans la frugalité, dans la pauvreté, dans les travaux de la vie rustique, et dans ceux de la guerre, où ils faisaient leur gloire de celle de leur patrie et du nom romain : ce qui
les rendit enfin maîtres de l'Italie et de Gaithage.