‹ Chefs-d'uvre de BossuetChapitre 15 sur 102 · SCIPION, OU CARTHAGE VAINCUE · texte numérisé non relu

SCIPION, OU CARTHAGE VAINCUE

L'an 552 de la fondation de Rome (552—202), environ 250 ans après celle de la monarchie des Perses, et 202 ans avant Jésus-Christ, Carthage fut assujettie aux Romains. Aunibal ne laissait pas sous main de leur susciter des ennemis partout où il pouvait ; mais il ne fit qu'entraîner tous ses amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la sienne. Par les victoires du consul Flaminius (556 — 198), Philippe, roi de Macédoine, allié des Carthaginois, fut abattu (558—196), les rois de Macédoine réduits à l'étroit, et la Grèce affranchie de leur joug. Les Romains entreprirent de faire périr Annibal, qu'ils trouvaient encore redoutable après sa perte. (559— 195) Ce grand capitaine, réduit à se sauver de son pays, remua l'Orient contre eux, et attira leurs armes en Asie. Par ses puissants raisonnements, Antiochus, surnommé le Grand, roi de Syrie, devint jaloux de leur puissance (561 — 193), et leur fit la guerre -, mais il ne suivit pas, en la faisant, les conseils d'Annibal, qui l'y avait engagé. Battu par mer et par terre, il reçut la loi que lui imposa le consul Lucius Scipio, frère de Scipion l'Africain, et il fut renfermé dans le mont Taurus. Annibal, réfugié chez Prusias (572 — 18^), roi de Bithynie, échappa aux Romains par le poison. Ils sont redoutés par toute la terre, et ne veulent plus souffrir d'autre puissance que la leur. Les rois étaient obhgés de leur donner leurs enfants pour otage de leur foi. Antiochus, depuis appelé l'Illustre ou Épiphanes, second fils d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, demeura longtemps à Rome en cette qualité : mais sur la fin du règne de Séleucus Philopator (578— 17 G), son frère aîné, il fut rendu ; et les Romains voulurent avoir à sa place Démétrius Soter, fils du roi, alors âgé de dix ans. (579—175) Dans ce contre-temps, Séleucus mourut ; et Antiochus usurpa le royaume sur son neveu. Les Romains étaient appliqués aux affaires de la Macédoine, où Persée inquiétait ses voisins, et ne voulait plus s'en tenir aux conditions imposées au roi Phihppe, son père. Ce fut alors que commencèrent les persécutions du peuple de Dieu (581 — 173). Antiochus l'Illustre régnait comme un furieux : il tourna toute sa fureur contre les Juifs, et entreprit de ruiner le temple, la loi de Moïse, et toute la nation (583 — 171). L'autorité des Romains l'empêcha de se rendre maître de l'Egypte. Ils faisaient la guerre à Persée, qui, plus prompt à entreprendre qu'à exécuter, perdait ses alliés par son avarice; et ses armées par sa lâcheté. Vaincu par le consul Paul Emile (586 — 168), il fut contraint de se livrer enUe ses mains. Gentius, roi de l'IUy-

rie, son allié, abattu en trente jours par le préteur Anicius, venait d'avoir un sort semblable. Le royaume de Macédoine, qui avait duré sept cents ans, et avait près de deux cents ans donné des maîtres, non seulement à la Grèce, mais encore à tout l'Orient, ne fut plus qu'une province romaine. Les fureurs d'Antiochus s'augmentaient contre le peuple de Dieu. On voit paraître alors la résistance de Mathathias, sacrificateur (587 — 167)^ de la race de Phinées, et imitateur de son zèle; les ordres qu'il donne en mourant pour le salut de son peuple (588 — 1 66) ; les victoires de Judas le Machabée, son fils, malgré le nombre infini de ses ennemis ; l'élévation de la famille des Asmonéens, ou des Machabées ; la nouvelle dédicace du temple que les Gentils avaient profané (589 — 165) ; le gouvernement de Judas (590 — 164), et la gloire du sacerdoce rétablie ; la mort d'Antiochus, digne de son impiété et de son orgueil ; sa fausse dignité durant sa dernière maladie, et l'implacable colère de Dieu sur ce roi superbe. Son fils Antiochus Eupator, encore en bas âge, lui succéda, sous la tutelle de Lysias, son gouverneur. Durant cette minorité, Démétrius Soter, qui était en otage à Rome, crut se pouvoir rétablir ; mais il ne put obtenir du sénat d'être renvoyé dans son royaume : la politique romaine aimait mieux un roi enfant (591 — 163). Sous Antiochus Eupator, la persécution du peuple de Dieu et les victoires de Judas le Machabée continuent (592 — 162). La division se met dans le royaume de Syrie. Démétrius s'échappe de Rome; les peuples le reconnaissent; le jeune Antiochus est tué avec Lysias, son tuteur. Mais les Juifs ne sont pas mieux traités sous Démétrius que sous ses prédécesseurs ; il éprouve le même sort : ses généraux sont battus par Judas le Machabée ; et la main du superbe Nicanor, dont il avait si souvent menacé le temple, y est attachée (593—161). Mais un peu après. Judas, accablé par la multitude, fut tué en combattant avec une valeur étonnante. Son frère Jonathas succède à sa charge, et soutient sa réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'abandonna pas. Les Romains, ravis d'humiher les rois de Syrie, accordèrent aux Juifs leur protection ; et l'alliance que Judas avait envoyé leur demander fut accordée, sans aucun secours toutefois : mais la gloire du nom romain ne laissait pas d'être un grand support au peuple affligé. Les troubles de la Syrie croissaient tous les jours. Alexandre Balas, qui se vantait d'être fils d'Antiochus l'Illustre, fut mis sur le trône par ceux d'Antioche (600—154). Les rois d'Egypte, perpétuels ennemis de la Syrie, se mêlaient dans ses divisions pour en profiter. Ptolomée Philoniélor soutint Balas. La guerre fut sanglante : Démétrius Soter y fut tué (604—150), et ne

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laissa, pour venger sa mort, que deux jeunes princes encore en bas âge, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. Ainsi l'usurpateur dejiieura paisible, et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopâtre en mariage. Balas, qui se crut au-dessus de tout, se plongea dans la débauclie, et s'attira le mépris de tous ses sujets. En ce temps, Philométor jugea le fameux procès que les Samaritains firent aux Juifs (604 — 160). Ces schismatiques, toujours opposés au peuple de Dieu, ne manquaient point de se joindre à leurs ennemis ; et pour plaire à Antiochus l'Illustre, leur persécuteur, ils avaient consacré leur temple de Garizim à Jupiter Hospitalier (587 — 167)^ Malgré cette profanation, ces impies ne laissèrent pas de soutenir quelque temps après à Alexandrie, devant Ptolomée Philométor, que ce temple devait l'emporter sur celui de Jérusalem. Les parties contestèrent devant le roi, et s'engagèrent de part et d'autre, à peine de la vie, à justifier leurs prétentions par les termes de la loi de Moïse^. Les Juifs gagnèrent leur cause, et les Samaritains furent punis de mort, selon la convention. Le même roi permit à Onias, de la race sacerdotale, de bâtir en Egypte le temple d'Héliopolis, sur le modèle de celui de Jérusalem' : entreprise qui fut condamnée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi. Cependant Gaithage remuait, et souffrait avec peine les lois que Scipion l'Africain lui avait imposées. Les Romains résolurent sa perte totale, et la troisième guerre punique fut entreprise (606—148). Le jeune Démétrius Nicator, sorti de l'enfance, songeait à se rétablir sur le trône de ses ancêtres, et la mollesse de l'usurpateur lui faisait tout espérer. A son approche Balas se troubla : son beau-père Philométor se déclara contre lui (008 — 146), parce que Balas ne voulut pas lui laisser prendre son royaume : l'ambitieuse Cléopâtre, sa femme, le quitta pour épouser son ennemi ; et il périt enfin de la main des siens, après la perte d'une bataille. Philométor mourut peu de temps après, des blessures qu'il y reçut, et la Syrie fut délivrée de deux ennemis. On vit tomber en ce même temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendres par Scipion Êmilien, qui confirma par cette victoi^re le nom d'Africain dans sa maison, et se montra digne héritier du grand Scipion, son aïeul. Coïintlie eut la même destinée, et la république ou la ligue des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville, la plus voluptueuse de la Grèce et la plus ornée. 11 en transporta à Rome les incomparables statues, sans en connaître le prix Les

i. H. Machah., vi, 2. Joseph., Antiq., lib. xii, cap. 7, al. 3. — 2. Juscpli., Atitiq.; lib. xiii, cap. ('., al. 5. — 3. Ibid.

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Romains ignoraient les arts de la Grèce, et se contentaient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture.

Durant les troubles de Syrie, les Juifs se fortifièrent : Jonathas se vit recherché des deux partis, et Nicator victorieux le traita de frère (610 — 144). Il en fut bientôt récompensé. Dans une sédition, les Juifs accourus le tirèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathas fut comblé d'honneurs ; mais quand le roi se crut assuré, il reprit les desseins de ses ancêtres, et les Juifs furent tourmentés comme auparavant, l^es troubles de Syrie recommencèrent : Diodote, surnommé Tryphon, éleva un fils de Balas qu'il nomma Antiochus le Dieu, et lui servit de tuteur pendant son bas âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie était en feu (611 — 143) : Jonathas sut profiter de la conjoncture, et renouvela l'alhance avec les Romains. Tout lui succédait, quand Tryphon , par un manquement de parole, le fit périr avec ses enfants. Son frère Simon, le plus prudent et le plus heureux des Machabées, lui succéda; et les Romains le favorisèrent, comme ils avaient fait ses prédécesseurs. Tryphon ne fut pas moins infidèle à son pupille Antiochus qu'il l'avait été à Jonathas. Il fit mourir cet enfant par le moyen des médecins, sous prétexte de le faire tailler de la pierre, qu'il n'avait pas, et se rendit maître d'une partie du royaume. Simon prit le parti de Démétrius Nicator, roi légitime j et après avoir obtenu de lui la liberté de son pays, il la soutint par les armes contre le rebelle Tryphon. Les Syriens furent chassés de la citadelle qu'ils tenaient dans Jérusalem (612 — 142), et ensuite de toutes les places de la Judée. Ainsi les Juifs , affranchis du joug des Gentils par la valeur de Simon, accordèrent les droits royaux à lui et à sa famille : et Démétrius Nicator consentit à ce nouvel établissement. Là commence le nouveau royaume du peuple de Dieu, et la principauté des Asmonéens toujours jointe au souverain sacerdoce. En ces temps, l'empire des Parthes s'étendit sur la Bactrienne et sur les Indes, par les victoires de Mithridate, le plus vaillant des Arsacides. Pendant qu'il s'avançait vers l'Euphrate (613 — 141), Démétrius Nicator, appelé par les peuples de cette contrée que Mithridate venait de soumettre, espérait de réduire à l'obéissance les Parthes, que les Syriens traitaient toujours de rebelles. Il remporta plusieurs victoires ; et prêt à retourner dans la Syrie pour y accabler Tryphon, il tomba dans un piège qu'un général de Mithridate lui avait tendu : ainsi il demeura prisonnier des Parthes. Tryphon, qui se croyait assuré par le malheur de ce prince, se vit tout d'un coup abandonné des siens (614 — 140). Ils ne pouvaient plus souffrir son orgueil. Durant la prison de Démélrius, leur roi légitime, ils se donnèrent à

ÔO DiSCOURS

sa femme Cléopâtre et à ses enfants ; mais il fallut chercher un défenseur à ces princes encore eri bas âge. Ce soin regardait naturellement Antiochus Sidélès, frère de Démétrius : Cléopâtre le fit reconnaître dans tout le royaume. Elle fit plus : Phraate, frère et successeur de Mitliridate, traita Nicator en roi, et lui donna sa fille Rodogune en mariage. En haine de cette rivale, Cléopâtre, à qui elle ôtait la couronne avec son mari, épousa Antiochus Sidétès, et se résolut à régner par toute sorte de crimes. Le nouveau roi attaqua Tryphon (616-^139). Simon se joignit à lui dans cette entreprise, et le tyran, forcé dans toutes ses places, finit comme il le méritait. Antiochus, maître du royaume, oublia bientôt les services que Simon lui avait rendus dans cette guerre, et le fit périr (619 — 135). Pendant qu'il ramassait contre les Juifs toutes les forces de la Syrie, Jean Hircan, fils de Simon, succéda au pontificat de son père, et tout le peuple se soumit à lui. Il soutint le siège dans Jérusalem avec beaucoup de valeur ; et la guerre qu' Antiochus méditait contre les Parthes, pour délivrer son chef captif, lui fit accorder aux Juifs des conditions supportables. En même temps que cette paix se conclut, les Romains, qui commençaient à être trop riches, trouvèrent de redoutables ennemis dans la multitude effroyable de leurs esclaves. Eunus, esclave lui-même, les souleva en Sicile; et il fallut employer à les réduire toute la puissance romaine. Un peu après (621 — 133), la succession d'Attalus, roi de Pergame, qui fit par son testament le peuple romain son héritier, mit la division dans la ville. Les troubles des Gracques commencèrent. Le séditieux tribunat de Tibérius Gracchus, un des premiers hommes de Rome, le fit périr : tout le sénat le tua par la main de Scipion Nasica, et ne vit que ce moyen d'empêcher la dangereuse distribution d'argent dont cet éloquent tribun flattait le peuple. Scipion Émilien rétabhssait la discipline militaire; et ce grand homme, qui avait détruit Carthage , ruina encore en Espagne Numance , la seconde terreur des Romains (622 — 132j. Les Parthes se trouvèrent faibles contre Sidétès : ses troupes, quoique corrompues par un luxe prodigieux, eurent un succès surprenant. Jean Hyrcan, qui l'avait suivi dans cette guerre avec ses Juifs, y signala sa s'aleur,-et fit respecter la religion judaïque, lorsque l'armée s'arrêta pour lui donner le loisir de célébrer un jour de fête^. Tout cédait, et Phraate vit son empire réduit à ses auciennes limites ; mais, loin de désespérer de ses affaires, il crut que son prisonnier lui servirait à les rétabhr, et à envahir la Syrie. Dans cette conjoncture , Démétrius éprouva un sort bizarre. 11 fut souvent relâché, et autant de I. Xic. Damasc. apud Joseph., Atiliq., lib. xni. cap. iC^al 8.

fois retenu, suivant que l'espérance ou la crainte prévalaient dans l'esprit de son beau-père. Enfin un moment heureux, où Phraate ne vit de ressource que dans la diversion qu'il voulait faire en Syrie par son moyen, le mit tout à fait en liberté. A ce moment le sort tourna (G24 — 130) : Sidétès, qui ne pouvait soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par un soulèvement général des peuples, et périt avec son armée tant de fois victorieuse. Ce fut en v$in,que Phraate fit courir après Démétrius : il n'était plus teinlps ; ce pririce était rentré dans son royaume. Sa femme Cléopâtre, qui ne voulait que régner, retourna bientôt avec lui, et Rodogune fut oubliée. Hyrcan profita du temps : il prit Sichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim, deux cents ans après qu'il avait été bâti par Sanaballat. Sa ruine n'empêcha pas les Samaritains de continuer leur culte sur cette montagne; elles deux peuples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après, toute ridumée, unie par les victoires d'Hircan au royaume de Judée^, reçut la loi de Moïse avec la circoncision (625 — 129). Les Romains continuèrent leur protection à Hyrcan, et lui firent rendre les villes que les Syriens lui avaient ôtées. L'orgueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la Syrie longtemps tranquille. Les peuples se révoltèrent (626 — 128). Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennemie leur donna un roi : ce fut Alexandre Zébina, fils de Balas (629—125). Démétrius fut battu ; et Cléopâtre , qui crut régner plus absolument sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus, qui voulait régner malgré elle (630 — 124). Son second fils, Antiochus, appelé Grypus, avait défait les rebelles, et revenait victorieux : Cléopâtre lui présenta en cérémonie la coupe empoisonnée, que son fils^ averti de ses desseins pernicieux, lui fit avaler (633 — 121). Elle laissa en mourant une semence éternelle de divisions entre les enfants qu'elle avait eus des deux frères Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie, et ne put convertir les Samaritains (645—109). Cinq ans après il mourut (650 — 104) : la Judée demeura paisible à ses deux enfants Aristobule et Alexandre Jannée (651 — 103), qui régnèrent l'un après l'autre sans être incommodés des rois de Syrie. Les Romains laissaient ce riche royaume se consumer par lui-même et s'étendaient du côté de l'Occident (629 — 126). Durant les guerres de Démétrius Nicator et de Zébina, ils commencèrent à s'étendre au-delà des Alpes (630—124); et Sextius, vainqueur des Gaulois nommés Salions, établit dans la ville d'Aix une colonie qui

porte encore son nom (631— 123). Xes Gaulois se défendaient mal. Fabius dompta les Allobroges et tous les peuples voisins (633-121) : et la même année que Grypus fit boire à sa mère le poison qu'elle lui avait préparé, la Gaule Narbonnaise, réduite en province, reçut le nom de province romaine.

Ainsi l'empire romain s'agrandissait, et occupait peu à peu toutes les terres et toutes les mers du monde connu. Mais autant que la face de la république paraissait belle au dehors par les conquêtes, autant était-elle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens, et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien public. Les deux Gracques, en flattant le peuple, commencèrent les divisions qui ne finirent qu'avec la république. Gains, frère de Tibérius, ne put souffrir qu'on eût fait mourir un si grand homme d'une manière si tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres; et à la veille de tout détruire, il périt d'une mort semblable à celle qu'il voulait venger. L'argent faisait tout à Rome (635, 640, 641). Jugurtha, roi deNumidie, souillé du meurtre de ses frères, que le peuple romain protégeait, se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes ; et Marius, qui acheva de le vaincre, ne put parvenir au commandement qu'en animant le peuple contre la noblesse (648 — 106). Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile (651 — 103), et leur seconde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première. Marins battit les Teutons (652 — 102), les Cimbres et les autres peuples du Nord, qui pénétraient dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italie. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion de proposer de nouveaux partages déterre (654 — 100) : Métellus, qui s'y opposait, fut contraint de céder au temps ; et les divisions ne furent éteintes que par le sang de Saturninus, tribun du peuple (660 — 94). Pendant que Rome protégeait laCappadoce contre Mithridate, roi de Pont (666— 88), et qu'un si grand ennemi cédait aux forces romaines (608 — 86), avec la Grèce, qui était entrée dans ses intérêts, l'Italie, exercée aux armes par tant de guerres, soutenues ou contre les Romains, ou avec eux, mit leur empir . en péril par une révolte universelle (663 — 91). Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par les fureurs de Marins et de Sylla (666, 067 et suiv.), dont l'un avait fait trembler le Midi et le Nord, et l'autre était le vainqueur de la Grèce et de l'Asie. Sylla, qu'on nommait l'Heureux, le fut trop contre sa patrie, que sa dictature tyrannique mit en servitude (672 — 82). 11 put bien quitter volontaire-

ment la souveraine puissance (G76 — 79); mais il ne put empêcher J'effet du mauvais exemple. Chacun voulut dominer (680 — 74). Sertorius, zélé partisan de Marius, se cantonna dans l'Espagne, et se ligua avec Mithridate (681 — 73). Contre un si grand capitaine, la force fut Inutile ; et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la division. Il n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crût pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne fit pas moins de peine aux préteurs et aux consuls que Mithridate en faisait à Lucullus (683— 71). La guerre des gladiateurs devint redoutable à la puissance romaine z Crassus avait peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée (686 — 68). Lucullus prenait le dessus en Orient. Les Romains passèrent l'Euphrate ; mais leur général, invincible contre l'ennemi, ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate, souvent battUj sans jamais perdre courage, se relevait; et le bonheur de Pompée semblait nécessaire à terminer cette guerre (687— 67). Il venait de purger les mers des pirates qui les infestaient, depuis la Syrie jusqu'aux colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. Sa ^gloire parut alors élevée au comble. Il achevait de soumettre ce vaillant roi; l'Arménie, où il s'était réfugié, l'Ibérie et l'Albanie, qui le soutenaient (689 — 65); la Syrie, déchirée par ses factions ; la Judée où la division des Asmonéens ne laissa à Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puissance (691—63); et enfin tout l'Orient : mais il n'eût pas eu où triompher de tant d'ennemis, sans le consul Cicéron, qui sauvait la ville des feux que lui préparait Catilina, suivi de la plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fut ruiné par l'éloquence de Cicéron, plutôt que par les armes de G. Antonius, son collègue. La liberté du peuple romain n'en fut pas plus assurée. Pompée régnait dans le sénat, et son grand nom le rendait maître absolu de toutes les délibérations. Jules César, en domptant les Gaules (696 et suiv.—b8), fit à sa patrie la plus utile conquête qu'elle eût jamais faite. Un si grand service le mit en état d'établir sa domination dans son pays. Il voulut premièrement égaler et ensuite surpasser Pompée. Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pourrait partager la gloire de ces deux grands hommes, comme il partageait leur autorité (700 — 54). Il entreprit témérairement la guerre contre les Parthes, funeste à lui et à sa patrie (701—53). Les Arsacides vainqueurs insultèrent par de cruelles railleries à l'ambition des Romains, et à l'avarice insatiable de leur général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais efCet de la défaite de Crassus. Sa puissance contre-balançait celle de Pompée et de César, qu'il tenait unis comme malgré eux. Par sa

mort, la digue qui les retenait fut rompue (705—49). Les deux rivaux, qui avaient en main toutes les forces de la république, décidèrent leur querelle, à Pharsale, par une bataille sanglante (706 — 48). César victorieux parut en un moment par tout l'univers, en Egypte, en Asie, en Mauritanie, en Espagne : vainqueur de tous côtés, il fut reconnu comme maître à Rome et dans tout l'empire (707—47). Brutus et Cassius crurent affranchir leurs citoyens en le tuant comme un tyran, malgré sa clémence (708 — 46). Rome retomba entre les mains de Marc-Antoine (709 — 45), de Lépide, et du jeune César Octavien (710 — 44), petit-neveu de Jules César, et son fils par adoption ; trois insupportables tyrans, dont le triumvirat et les proscriptions font encore horreur en les lisant (711 — 43). Mais elles furent trop violentes pour durer longtemps. Ces trois hommes partagent l'empire (7 i 2 — 42). César garde l'Italie ; et changeant incontinent en douceur ses premières cruautés, il fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. Les restes de la république périssent avec Brutus et Cassius (7J8— 36). Antoine et César, après avoir ruiné Lépide, se tournent l'un contre l'autre (722 — 32). Toute la puissance romaine se met sur la mer. César gagné la bataille Actiaque (723 — 31) : les forces de l'Egypte et de l'Orient, qu'Antoine menait avec lui, sont dissipées : tous ses amis l'abandonnent et même sa Cléopàtre pour laquelle il s'était perdu (724 — 30). Hérodote Iduméen, qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur, et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux Asmonéens. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes; l'Egypte devient une province romaine ; Cléopàtre, qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine : Rome tend les bras à César (727 — 27), qui demeure, sous le nom d'Auguste et sous le titre d'empereur, seul maître de tout l'empire (730 — 24). 11 dompte, vers les Pyrénées , les Cantabres et les Asturiens révoltés (732—22; : l'Ethiopie lui demande la paix (734—20); les Parthes épouvantés lui renvoient les étendards pris sur Crassus, avec tous les prisonniers romains ; les Indes recherchent son alliance ; ses armes se font sentir aux Rhètes ou Grisons (739 — 15), que leurs montagnes ne peuvent défendre ; la Pannonie le reconnaît (742 — 12), la Germanie le redoute, et le Vese.r reçoit ses lois (747 — 7). Victorieux par mer et par terre, il ferme le temple de Janus (753). Tout l'univers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde (754).

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