NAISSANCE DE JÉSUS - CHRIST
Septième et dernier âge du monde.
Nous voilà enfin arrivés à ces temps, tant désirés par nos pères, de la venue du Messie (1). Ce nom veut dire le Christ ou l'Oint du Seigneur ; et Jésus-Christ le mérite comme pontife, comme roi et comme prophète. On ne convient pas de l'année précise où il vint au monde, et on convient que sa vraie naissance devance de quelques années notre ère vulgaire, que nous suivrons pourtant avec tous les autres pour une plus grande commodité. Sans disputer davantage sur l'année de la naissance de notre Seigneur, il suffit que nous sachions qu'elle est arrivée environ l'an 4000 du monde. Les uns la mettent un peu auparavant, les autres un peu après, et les autres précisément en cette année : diversité qui provient autant de l'incertitude des années du monde que de celle de la naissance de notre Seigneur. Quoi qu'il en soit, ce fat environ ce temps, mille ans après la dédicace du temple, et l'an 764 de Rome, que Jésus-Christ, fils de Dieu dans l'éternité, fils d'Abraham et de David dans le temps, naquit d'une vierge. Cette époque est la plus considérable de toutes, non seulement par l'importance d'un si grand événement, mais encore parce que c'est celle d'où il y a plusieurs siècles que les chrétiens commencent à compter leurs années. Elle a encore ceci de remarquable, qu'elle concourt à peu près avec le temps où Rome retourne à l'état monarchique, sous l'empire paisible d'Auguste. Tous les arts fleurirent de son temps, et la poésie latine fut portée à sa dernière perfection par Virgile et par Horace, que ce prince n'excita pas seulement par ses bienfaits, mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui. La naissance de Jésus-Christ fut suivie de près de la mort d'Hérode. Son royaume fut partagé entre ses enfants , et le principal partage (8) ne tarda pas à tomber entre les mains des Romains. Auguste acheva sou règne avec beaucoup de gloire. Tibère, qu'il avait adopté, lui succéda sans contradiction (14), et l'empire fut reconnu pour héréditaire dans la maison des Césars. Rome eut beaucoup à souffrir de la cruelle politique de Tibère ; le reste de l'empire fut assez tranquille. Germanicus, neveu de Tibère, apaisa les armées rebelles, refusa l'empire, battit le fier Arminius (IG), poussa ses conquêtes jusqu'à l'Elbe (17); et s'étant attiré, avec l'amour de tous les peuples, la jalousie de son oncle, ce barbare le lit mourir ou de chagrin ou par le poison (19). A la quinzième année de Tibère, saiut Jean-Baptiste parait (28) : Jésus-Christ se fait baptiseï par ce divin
précurseur (30); le Père éternel reconnaît son fils bien-aimé par une voix qui vient d'en haut : le Saint-Esprit descend sur le Sauveur, sous la figure pacifique d'une colombe ; toute la Trinité se manifeste. Là commence, avec la soixante-dixième semaine de Daniel, la prédication de Jésus-Christ. Cette dernière semaine était la plus importante et la plus marquée. Daniel l'avait séparée des autres, comme la semaine où l'alliance devait être confirmée, et au milieu de laquelle les anciens sacrifices devaient perdre leur vertu '. Nous la pouvons appeler la semaine des mystères. Jésus-Christ y établit sa mission et sa doctrine par des miracles innombrables, et ensuite par sa mort (33). Elle arriva la quatrième année de son ministère, qui fut aussi la quatrième année de la dernière semaine de Daniel ; et cette grande semaine se trouve, de cette sorte, justement coupée au milieu par cette mort.
Ainsi le compte des semaines est aisé à faire, ou plutôt il est tout fait, il n'y a qu'à ajouter à quatre cent cinquante-trois ans, qui se trouveront depuis l'an 300 de Rome, et le vingtième d'Artaxerce, jusqu'au commencement de l'ère vulgaire, les trente" ans de cette ère qu'on voit aboutir à la quinzième année de Tibère, et au baptême de notre Seigneur ; il se fera de ces deux sommes quatre cent quatrevingt-trois ans : des sept ans qui restent encore pour en achever quatre cent quatre-vingt-dix, le quatrième, qui fait le milieu, est celui où Jésus-Christ est mort, et tout ce que Daniel a prophétisé est visiblement ' renfermé dans le terme qu'il s'est prescrit. On n'aurait pas même besoin de tant de justesse; et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel. Les plus difficiles se contenteraient de le trouver en quelque point que ce fût entre les deux extrémités : ce que je dis, afin que ceux qui croiraient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Artaxerce, ou la mort de notre Seigneur, ne se gênent pas dans leur calcul ; et que ceux qui voudraient tenter d'embarrasser une chose claire, par des chicanes de chronologie, se défassent de leur inutile subtilité.
Yoilà ce qu'il faut savoir pour ne se point embarrasser des auteurs profanes, et pour entendre autant qu'on en a besoin les antiquités judaïques. Les autres discussions de chronologie sont ici fort peu nécessaires. Qu'il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard la naissance de notre Seigneur, et ensuite prolonger sa vie un peu plus ou un peu moins, c'est une diversité qui provient autant des incertitudes des années du monde que de celles de Jésus-Christ. Et quoi