‹ Chefs-d'uvre de BossuetChapitre 17 sur 102 · I. Z)a«., IX · texte numérisé non relu

I. Z)a«., IX

qu'il en soit, un lecteur attentif aura déjà pu reconnaître qu'elle ne fait rien à la suite ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. Il faut éviter les anachronismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.

Quant à ceux qui veulent absolument trouver dans les histoires profanes les merveilles de la vie de Jésus-Christ et de ses apôtres, auxquels le monde ne voulait pas croire, et qu'au contraire il entreprenait de combattre de toutes ses forces, comme une chose qui le condamnait, nous parlerons ailleurs de leur injustice. Nous verrons aussi qu'il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités qu'on ne croit favorables au christianisme : et je donnerai seulement ici pour exemple l'éclipsé arrivée au crucifiement de notre Seigneur.

Les ténèbres qui couvrirent toute la face de la terre en plein midi, et au moment que Jésus-Christ fut crucifié i, sont prises pour une éclipse ordinaire par les auteurs païens, qui ont remarqué ce mémorable événement 2. Mais les premiers chrétiens, qui en ont parlé aux Romains comme* d'un prodige marqué non seulement par leurs auteurs, mais encore par les registres publics^, ont fait voir que ni au temps de la pleine lune, où Jésus-Christ était mort, ni dans toute l'année où cette éclipse est observée, il ne pouvait en être arrivé aucune qui ne fût surnaturelle. Nous avons les propres paroles de Phlégon, alfranchi d'Adrien, citées dans un temps où son livre était entre les mains de tout le monde, aussi bien que les Histoires syriaques de Thallus qui l'a suivi ; et la quatrième année de la 202^ olympiade, marquée dans les Annales de Phlégon, est constamment celle de la mort de notre Seigneur.

Pour achever les mystères, Jésus-Christ sort du tombeau le troisième jour; il apparaît à ses disciples ; il monte aux cieux en leur présence ; il leur envoie le Saint-Esprit; l'Église se forme ; la persécution commence; saint Etienne est lapidé; saint Paul est converti. Un an après, Tibère meurt. Caligula, son petit-neveu, son fils par adoption et son successeur (37), étonne l'univers par sa folie cruelle et brutale : il se fait adorer (40), et ordonne que sa statue soit placée dans le temple de Jérusalem. Chéréas délivre le monde de ce monstre (4i). Claudius règne malgré sa stupidité (48). Il est déshonoré par Messaline, sa femme, qu'il redemande après l'avoir fait mourir (49). On le remarie avec Agrippine, fille de Germanicus (50). Les apôtres tiennent le con-

• ^. Matt. xxY, 4o. — 2. Phleg., xni. Olymp. Thall. Hist., 5.' — -5. TertulL, Apol., cap. 21. Orig. cont. Cels., lib. ii, n. 55; t07n. i, p. 4i-i ; et Tract, xxxv, in Mfittti., n. 154; iom. m, p. 025. Eit^eh. et Hieron. in Cliron., Jul. Afric. ibid.

cile de Jérusalem*, où saint Pierre parle le premier, comme il fait •partout ailleurs. Les Gentils convertis y sont aftVanchis des cérémonies de la loi. La sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et de l'Église. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du concile aux églises, et enseignent aux fidèles à s'y soumettre^. Telle fut la foriiie du premier concile. Le stupide empereur déshérita son fils Britannicus, et adopta Néron, fils d'Âgrippine (54). En récompense elle empoisonna ce trop facile mari. Mais l'empire de son fils ne lui fut pas moins funeste à elle-même qu'à tout le reste de la république (58, 60, G2, 63, etc.) Corbulon fit tout l'honneur de ce règne, parles victoires qu'il remporta sur les Parthes et sur les Arméniens. Néron commença dans le même temps la guerre contre les chrétiens (66). C'est le premier empereur qui ait persécuté l'Éghse (67). 11 fit mourir à Rome saint Pierre et saint Paul. Mais comme dans le même temps il persécutait tout le genre humain, on se révolta contre lui de tous côtés : il apprit que le sénat l'avait condamné (68), et se tua lui-même (69). Chaque armée fit un empereur : la querelle se décida auprès de Rome, et dans Rome même par d'effroyables combats. Galba, Othon et Vitellius y périrent : l'empire affligé se reposa sous Vespasien (70). Mais les Juifs furent réduits à l'extrémité : Jérusalem fut prise et brûlée (79). Tite, fils et successeur de Vespasien, donna au monde une courte joie; et ses jours, qu'il croyait perdus quand ils n'étaient pas marqués de quelque bienfait, se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la personne de Domitien. La persécution se renouvela. Saint Jean, sorti de l'huile bouillante (93), fut relégué dans l'île de Patmos, où il écrivit son Apocalypse. Un peu après, il écrivit son Évangile, âgé de quatre-vingt-dix ans (95), et joignit la qualité d'évangéliste à celle d'apôtre et de prophète. Depuis ce temps les chrétiens furent toujours persécutés, tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces persécutions se faisaient, tantôt par les ordres des empereurs, et par la haine parfîcuhère des magistrats, tantôt par le soulèvement des peuples, et tantôt par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat sur les rescrits des princes, ou en leur présence. Alors la persécution était plus universelle et plus sanglante ; et ainsi la haine des infidèles, toujours obstinée à perdre l'Eglise, s'excitait de temps en temps elle-même à de nouvelles fureurs. C'est par ces renouvellements de violence que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs. Dans de si longues souffrances, les chrétiens ne firent jamais la moindre sédition. Parmi

, i.^lcf. XV. — 2. ilc^.XVI, 4.

tous les fidèles, les évêques étaient toujours les plus attaqués. Parmi toutes les Églises, l'Église de Rome fut persécutée avec le plus de violence; et les papes confirmèrent souvent par leur sang l'Évangile qu'ils annonçaient à toute la terre. Domitien est tué : l'empire commence à respirer sous Nerva. Son grand âge (96) ne lui permet pas de rétablir les affaires; mais, pour faire durer le repos public, il choisit Trajan pour son successeur (97). L'empire, traiiquille au dedans et '^ triomphant au dehors, ne cesse d'admirer un si bon prince (98). Aussi avait-il pour maxime qu'il fallait que ses citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver l'empereur s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta les Daces (102), et Décébale leur roi ; étendit ses conquêtes en Orient (106); donna un roi aux Parthes, et leur fit craindre la puissance romaine (115, 116) : heureux que l'ivrognerie et ses infâmes amours, vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice. A des temps si avantageux pour la république (117), succédèrent ceux d'Adrien, mêlés de bien et de mal (120). Ce prince maintint la discipline militaire (123), vécut luimême militairement et avec beaucoup de frugalité, soulagea les provinces (125), fit fleurir les arts, et la Grèce qui en était la mère. Les Barbares furent tenus en crainte par ses armes et par son autorité (126). Il rebâtit Jérusalem (130), à qui il donna son nom, et c'est de là que lui vient le nom d'^Elia; mais il en bannit les Juifs, toujours rebelles à l'empire (135). Ces opiniâtres trouvèrent en lui un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés et par ses amours monstrueuses un règne si éclatant (131). Son infâme Antinous, dont il fit un dieu, couvre de honte toute sa vie. L'empereur sembla réparer ses fautes , et rétablir sa gloire effacée, en adoptant Antonin le Pieux (138), qui adopta Marc-Aurèle le Sage et le Philosophe. En ces deux princes, paraissent deux beaux caractères. Le père, toujours en paix (139, 161) , est toujours prêt dans le besoin à faire la guerre : le fils est toujours en guerre, toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et à l'empire. Son père Antonin lui avait appris qu'il valait mieux sauver un seul citoyen que de défaire mJUe ennemis. Les Parthes et les Marcomans (162) éprouvèrent la valeur de Marc-Aurèle : les derniers (l69) étaient des Germains que cet empereur achevait de dompter quand il mourut (ISO). Par la vertu des deux Antonin, ce nom devint les déhces des Romains. La gloire d'un si beau nom ne fut effacée, ni par la m'olless.e de Lucius Verus, frère de Marc-Aurèle et son collègue dans l'empire, ni par les brutalités de Commode , son fils et son successeur. Celui-ci , indigne d'avoir un tel père, en oubha les

enseignements elles exemples. Le sénat et les peuples le détestèrent: ses plus assidus courtisans et sa maîtresse le firent mourir. Son successeur Pertinax (192), vigoureux défenseur de la discipline militaire, se vit immolé à la fureur des soldats licencieux (193), qui l'avaient un peu auparavant élevé malgré lui à la souveraine puissance. L'empire, mis à l'encan par l'armée, trouva un acheteur. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché ; il lui en coûta la vie (194, 195, ]98, etc.). Sévère, Africain, le fit mourir^ vengea Pertinax, passa ^ d'Orient en Occident, triompha en Syrie, en Gaule et dans la Grande- Bretagne (207, 209). Rapide conquérant, il égala César par ses victoires ; mais il n'imita pas sa clémence. 11 ne put mettre la paix parmi ses enfants. Bassien, ou Caracalla (208), son fils aîné, faux imitateur d'Alexandre , aussitôt après la mort de son père, tua son frère Géta (211,212), empereur comme lui, dans le sein de Julie, leur mère commune ; passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et s'attira à lui-même une mort tragique. Sévère lui avait gagné le cœur des soldats et des peuples, en lui donnant le nom d'Antonin ; mais il n'en sut pas soutenir la gloire. Le Syrien Héliogabale (218), ou plutôt Alagabale son fils, ou du moins réputé comme tel, quoique le nom d'Antonin lui eiit donné d'abord le cœur des soldats et la victoire sur Macrin, devint aussitôt après, par ses infamies, l'horreur du genre humain et se perdit lui-même. Alexandre Sévère (222), fils de Mamée, son parent et son successeur, vécut trop peu pour le bien du monde. 11 se plaignait d'avoir plus de peine à contenir ses soldats qu'à vaincre ^ ses ennemis. Sa mère, qui le gouvernait, fut cause de sa perte, comme elle l'avait été de sa gloire (233). Sous lui Artaxerce, Persien, tua son maître Artaban (235), dernier roi des Parthes, et rétablit l'empire des Perses en Orient. J

En ces temps, l'Église encore naissante remplissait toute la terre* ; 1 et non seulement l'Orient, où elle avait commencé, c'est-à-dire la Palestine, la Syrie, l'Egypte, l'Asie-Mineure et la Grèce, mais encore dans l'Occident, outre l'Italie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces d'Espagne, l'Afrique, la Germanie, la Grande-Bretagne dans les endroits impénétrables aux armes romaines ; et encore hors de l'empire, l'Arménie, la Perse, les Indes, les peuples les plus barbares, les Sarmates, les Daces, les Scythes, les Maures, les Gétuhens, et jusqu'aux îles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rendait féconde. Sous Trajan, saint Ignace, évêque d'Antioche, fut exposé aux bêtes farouches (107). Marc-Aurèle, malheureusement prévenu des

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