‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 104 sur 229 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Oui, je lui ferai voir, par d'infaillibles marques, Qu'un véritable amour brave la main des Parques, Et ne prend point de lois de ces cruels tyrans Qu'un astre injurieux nous donne pour parents. Tu blâmes ma douleur! tu l'oses nommer lâche ! Je l'aime d'autant plus que plus elle te fâche, Impitoyable père, et par un juste effort Je la veux rendre égale aux rigueurs de mon sort. En vit-on jamais un dont les rudes traverses Prissent en moins de rien tant de faces diverses ;

i L'auteur répète trop souvent cette idée, et ce n'est pas la le temps de parler de niariage à Camille. (Volt.)

2 Lui donneront des pleur» justes n'est pas français. C'est Sabine qui donnera des pleurs ; ce ne sont pas ses frères morts qui lui en donneront. Un accident fait couler des pleurs, et ne les donne pas. (Volt.)

3 Faite» vous voir... et qu'en... est un solécisme, parce que faites-vous voir signifie monirez-vous , soyez sa soeur; montrez-vous , soyez , paraissez, ne peut régir un que. Ajoutez qu'après lui avoir dit : Faites-vous voir sa sœur, il est très-superflu de dire qu'elle est sortie du même tlanc. (Volt.)

Qui fût doux tant de fois et tant de fois cruel , Et portât tant de coups avant le coup mortel'? Vit-on jamais une âme en un jour plus atteinte De joie et de douleur, d'espérance et de crainte , Asservie en esclave à plus d'événements, Et le piteux jouet de plus de changements? Un oracle m'assure ; un songe me travaille : La paix calme l'effroi que me fait la bataille : Mon hymen se prépare ; et presque en un moment, Pour combattre mon frère on choisit mon amant : Ce choix me désespère, et tous le désavouent ; La partie est rompue, et les dieux la renouent! Rome semble vaincue, et seul des trois Albains Guriace en mon sang n'a point trempé ses mains. 0 dieux! sentois-je alors des douleurs trop légères Pour le malheur de Rome et la mort des deux frères ? Et me flattois-je trop quand je croyais pouvoir L'aimer encor sans crime et nourrir quelque espoir? Sa mort m'en punit bien , et la façon cruelle Dont mon âme éperdue en reçoit la nouvelle ; Son rival me l'apprend, et, faisant à mes yeux D'un si triste succès le récit odieux , Il porte sur le front une allégresse ouverte Que le bonheur public fait bien moins que ma perte , Et , bâtissant en l'air sur le malheur d'autrui , Aussi bien que mon frère il triomphe de lui. Mais ce n'est rien encore au prix de ce qui reste : On demande ma joie en un jour si funeste; Il me faut applaudir aux exploits du vainqueur. Et baiser une main qui me perce le cœur ! En un sujet de pleurs si grand, si légitime, Se plaindre est une honte , et soupirer, un crime ; Leur brutale vertu veut qu'on s'estime heureux, Et si l'on n'est barbare, on n'est point généreux ! Dégénérons, mon cœur, d'un si vertueux père ;

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