‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 109 sur 229 · PROCULE · texte numérisé non relu

PROCULE

Vous deviez la traiter avec moins de rigueur.

Ne me dis point qu'elle est et mon sang et ma sœur; Mon père ne peut plus l'avouer pour sa fille : Qui maudit son pays renonce à sa famille ; Des noms si pleins d'amour ne lui sont plus permis ; De ses plus chers parents il fait ses ennemis: Le sang même les arme en haine de son crime ; La plus prompte vengeance en est plus légitime ; Et ce souhait impie, encore qu'impuissant, Est un monstre qu'il faut étouffer en naissant.

SCÈNK VII

HORACE, Sabine, pkocule.

SABINE

A quoi s'arrête ici ton illustre colère 'V Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père , Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux ; Ou, si tu n'es point las de ces généreux coups, Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce reste malheureux du sang des Curiaces ; Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille et ta femme à ta sœur. Nos crimes sont pareils ainsi que nos misères : Je soupire comme elle et déplore mes frères ; Plus coupable en ce point contre tes dures lois , Qu'elle n'en pleuroit qu'un , et que j 'en pleure trois ; Qu'après son châtiment ma faute continue.

Sèche tes pleurs , Sabine, ou les cache à ma vue ;

» Cette conversation de Sabine et d'Horace, après le meurtre de Camille, est aussi inutile que la scène de Procule; elle ne produit aucun changement. (Volt.)

Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,

Et ne m'accable point d'une indigne pitié.

Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme

Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme ,

C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens,

Non à moi de descendre à la honte des tiens.

Je t'aime, et je connois la douleur qui te presse :

Embrasse ma vertu pour vaincre ta foiblesse ' ;

Participe à ma gloire, au lieu de la souiller ;

Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller.

Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie ,

Que je te plaise mieux couvert d'une infamie?

Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi,

Fais -toi de mon exemple une immuable loi.

SABINE

Cherche pour t'imiter des âmes ^us parfaites.

Je ne t'impute point les pertes que j'ai faites ,

J'en ai les sentiments que je dois en avoir,

Et je m'en prends au sort plutôt qu'à ton devoir.

Mais enfin je renonce à la vertu romaine^,

Si pour la posséder je dois être inhumaine,

Et ne puis voir en moi la femme du vainqueur

Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques ;

Pleurons dans la maison nos malheurs domestiques ;

Et ne regardons point des biens communs à tous

Quand nous voyons des maux qui ne sont que pour nous.

Pourquoi veux-tu, cruel, agir d'une autre sorte ?

Laisse en entrant ici tes lauriers à la porte ;

Mêle tes pleurs aux miens. Quoi ! ces lâches discours

1 Est-ce là le langage qu'il doit tenir à sa femme , quand il vient d'assassiner sa sœur dans un moment de colère? (Volt.)

2 C'est une répétition un peu froide des vers de Curiace :

Je rends grâces aui dieux de n'être pas Romain.

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