‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 110 sur 229 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

N'arment point ta vertu contre mes tristes jours!

Mon crime redoublé n'émeut point ta colère!

Que Camille est heureuse ! elle a pu te déplaire ;

Elle a reçu de toi ce qu'elle a prétendu ,

Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu.

Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse,

Écoute la pitié, si ta colère cesse.

Exerce l'une ou l'autre, après de tels malheurs,

A punir ma foiblesse, ou finir mes douleurs.

Je demande la mort pour grâce, ou pour supplice :

Qu'elle soit un effet d'amour ou de justice.

N'importe ; tous ses traits n'auront rien que de doux

Si je les vois partir de la main d'un époux.

Quelle injustice aux dieux d'abandonner aux femmes Un empire si grand sur les plus belles âmes ' , Et de se plaire à voir de si foibles vainqueurs Régner si puissamment sur les plus nobles cœurs ! A quel point ma vertu devient-elle réduite*? Rien ne la sauroitplus garantir que la fuite. Adieu ; ne me suis point, ou retiens tes soupirs.

SABINE, seule.

0 colère , ô pitié, sourdes à mes désirs, Vous négligez mon crime, et ma douleur vous lasse ; Et je n'obtiens de vous ni supplice ni grâce ! Allons-Y par nos pleurs faire encore un effort , Et n'employons après que nous à notre mort'.

1 Cette tendresse est-elle convenable à l'assassin de sa sceur , qui n'a aucun remords de cette indigne action, et qui parle encore de la vertu? Voyez comme ces sentences et ces discours vagues sur le pouvoir des femmes conviennent peu devant le corps sanglant de Camille qu'Horace vient d'assassiner. (Volt.)

2 Devient réduite n'est pas français. (Volt.)

3 Sabine parle toujours de mourir . il n'en faut pas tant parler quand on ne meurt point. (Volt.)

FIN DU QUATRIÈME ACTE

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