‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 11 sur 229 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

D. DIÈGUE

0 rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie? Et ne suis -je blanchi dans les travaux guerriers, Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers! Mon bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire, Mon bras , qui tant de fois a sauvé cet empire , Tant de fois affermi le trône de son roi , Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ! 0 cruel souvenir de ma gloire passée !

1 Un soufflet', le geste n'est pas noble; l'outrage est avilissant; mais quand il en résulte, comme ici, un effet terrible, il est ennobli, il devient théâtral et tragique. (Geoffroy.)

oi LE CID

Œuvre de tant de jours en un jour effacée! Nouvelle dignité fatale à mon bonheur ! Précipice élevé d'où tombe mon honneur!

Faut -il de votre éclat voir triompher le comte, Et mourir sans vengeance ou vivre dans la honte?

Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ', Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ; Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne, Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne. Et toi, de mes exploits glorieux instrument 2, Mais d'un corps tout de glace inutile ornement , Fer jadis tant à craindre , et qui dans cette offense M'as servi de parade et non pas de défense , Va, quitte désormais le dernier des humains, Passe pour me venger en de meilleures mains.

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