SCÈNE I Le vieil HORACE, HORACE
LE VIEIL HORACE
Retirons nos regards de cet objet funeste,
Pour admirer ici le jugement céleste :
Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il faut
Confondre notre orgueil qui s'élève trop haut;
Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse ;
Il mêle à nos vertus des marques de foiblesse ,
Et rarement accorde à notre ambition
L'entier et pur honneur d'une bonne action.
Je ne plains point Camille, elle étoit criminelle ;
Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu'elle,
Moi, d'avoir mis au jour un cœur si peu romain ;
Toi, d'avoir par sa mort déshonoré ta main.
Je ne la trouve point injuste ni trop prompte ;
Mais tu pouvois, mon fils, t'en épargner la honte ;
Son crime, quoique énorme et digne du trépas,
Êtoit mieux impuni que puni par ton bras.
Disposez de mon sang, les lois vous en font maître :
1 Corneille, dans son jugement sur Horace, s'exprime ainsi ■ Tout ce cinquième acte est encore une des causes du peu de satisfaction que laisse cette tragédie; il est tout en plaidoyers, etc. Après un si noble aveu , il ne faut parler de la pièce que pour rendre hommage au génie d'un homme assez grand pour se condamner lui-même; si j'ose ajouter quelque chose, c'est qu'on verra de beaux détails dans ces plaidoyers. (Volt.)