‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 111 sur 229 · SCÈNE I Le vieil HORACE, HORACE · texte numérisé non relu

SCÈNE I Le vieil HORACE, HORACE

LE VIEIL HORACE

Retirons nos regards de cet objet funeste,

Pour admirer ici le jugement céleste :

Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il faut

Confondre notre orgueil qui s'élève trop haut;

Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse ;

Il mêle à nos vertus des marques de foiblesse ,

Et rarement accorde à notre ambition

L'entier et pur honneur d'une bonne action.

Je ne plains point Camille, elle étoit criminelle ;

Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu'elle,

Moi, d'avoir mis au jour un cœur si peu romain ;

Toi, d'avoir par sa mort déshonoré ta main.

Je ne la trouve point injuste ni trop prompte ;

Mais tu pouvois, mon fils, t'en épargner la honte ;

Son crime, quoique énorme et digne du trépas,

Êtoit mieux impuni que puni par ton bras.

Disposez de mon sang, les lois vous en font maître :

1 Corneille, dans son jugement sur Horace, s'exprime ainsi ■ Tout ce cinquième acte est encore une des causes du peu de satisfaction que laisse cette tragédie; il est tout en plaidoyers, etc. Après un si noble aveu , il ne faut parler de la pièce que pour rendre hommage au génie d'un homme assez grand pour se condamner lui-même; si j'ose ajouter quelque chose, c'est qu'on verra de beaux détails dans ces plaidoyers. (Volt.)

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