‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 13 sur 229 · ACTE I, SCÈNE VIII S · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII S

D. DIÈGUE

Agréable colère !

Digne ressentiment à ma douleur bien doux ! Je reconnois mon sang à ce noble courroux : Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte. Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte, "Viens me venger.

De quoi ?

D. DIÈGUE

D'un affront si cruel , Qu'à l'honneur de tous deux il porte un coup mortel ; D'un soufflet. L'insolent en eût perdu la vie; Mais mon âge a trompé ma généreuse envie; Et ce fer, que mon bras ne peut plus soutenir, Je le remets au tien pour venger et punir. Va contre un arrogant éprouver ton courage.

lui manquent pour la vengeance, et que ses longs jours ne lui permettent pas de la prendre par lui-même, il ne peut dormir de nuit, ni goûter des aliments , ni lever de terre ses yeux ; il n'ose sortir de sa demeure , ni causer avec ses amis : il craint que le souille de sa honte ne les ofl'ense. Étant à lutter avec ses nobles dégoûts , pour user d'une épreuve qui ne tournât point à mal , il fit appeler ses fils , et sans leur dire une seule parole , il alla leur prenant , l'un après l'autre , leurs jeunes mains fidèles , non pour y chercher les lignes de la chiromancie, car cette mauvaise pratique n'était pas encore née en Espagne; mais , malgré l'âge et ses cheveux blancs , l'honneur donnant des forces à son sang glacé, à ses veines, à ses nerfs et à ses froides artères, il serra leurs mains de telle sorte, que les jeunes hommes dirent : « Seigneur, c'est assez; qu'essaies-tu? que veux-tu? lâche-nous, car tu nous fais mourir. » Mais quand il vint à Rodrigue, l'espérance du secours qu'il cherchait étant comme morte, puisqu'il ne se trouve pas dans les deux premiers, celui-ci, les yeux rouges de sang comme une tigresse d'Hyrcanie, avec beaucoup de fureur et d'audace lui dit ces mots : « Lâche-les, mon père, ou malheur à toi! lâche-les: car il ne te suffirait pas d'être mon père , ni de me faire satisfaction en paroles. Mais avec ma main même je t'arracherais les entrailles, mon doigt se faisant passage en place de dague ou de poignard. •> Le vieillard , pleurant de joie, dit : « Fils de mon âme, ton courroux me soulage , et ton indignation me plaît. Ces bras, mon Rodrigue, montre-les pour la vengeance de mon honneur, qui était perdu , s'il n'est reconquis et gagné par toi. » — 11 y a loin de ce langage sauvage aux vers sublimes de Corneille.

Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage. Meurs, ou tue. Au surplus, pour ne point te flatter, Je te donne à combattre un homme à redouter : Je l'ai vu tout sanglant, au milieu des batailles , Se faire un beau rempart de mille funérailles.

Son nom ? c'est perdre temps en propos superflus.

D. DIÈGUE

Donc pour te dire encor quelque chose de plus, Plus que brave soldat, plus que grand capitaine , C'est...

D. RODRIGUE

De grâce, achevez.

D. DIÈGUE

Le père de Chimène.

D. RODRIGUE

Le...

D. DIÈGUE

Ne répUque point, je connois ton amour; Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour; Plus l'offenseur est cher, et plus grande est l'offense. Enfin tu sais l'affront, et tu tiens la vengeance; Je ne te dis plus rien; venge-moi, venge -toi; Montre-toi digne fils d'un père tel que moi : Accablé des malheurs où le destin me range , Je m'en vais les pleurer. Va, cours, vole et nous venge.

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