‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 15 sur 229 · D. ARIAS, LE COMTE · texte numérisé non relu

D. ARIAS, LE COMTE

Je l'avoue entre nous, quand je lui fis l'alïront', J'eus le sang un peu chaud , et le bras un peu prompt. Mais, puisque c'en est fait, le coup est sans remède.

D. ARIAS

Qu'aux volontés du roi ce grand courage cède ; Il y prend grande part, et son cœur irritô Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi vous n'avez point de valable défense : Le rang de l'offensé , la grandeur de l'offense ,

Demandent des devoirs et des soumissions Qui passent le commun des satisfactions.

LE COMTE

Le roi peut à son gré disposer de ma vie.

D. ARIAS

De trop d'emportement votre faute est suivie. Le roi vous aime encore, apaisez son courroux; Il a dit : Je le veux. Désobéirez -vous?

LE COMTE

Monsieur, pour conserver ma gloire et mon estime,

1 Voici le langage du comte dans Guillem de Castro : « J'avoue que ce fut une folie; mais il ne me plait pas de la réparer... N'est-ce pas une folie de croire que je pourrais raccommoder son honneur avec un morceau du mien? Et, l'an'aire terminée . nous resterons, lui son honneur rapiécé, et moi mon honneur déchiré ; et pour lui ce sera pire de porter pièce d'une autre couleur : lorsqu'on raccommode ce vêtement . ce doit être du même drap. »

Désobéir un peu n'est pas un si grand crime ; Et, quelque grand qu'il fût, mes services présents Pour le faire abolir sont plus que suffisants.

D. ARIAS

Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, Jamais à son sujet un roi n'est redevable : Vous vous flattez beaucoup ; et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, Monsieur, sur cette confiance.

LE COMTE

Je ne vous en croirai qu'après l'expérience.

D. ARIAS

Vous devez redouter la puissance d'un roi.

LE COMTE

Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi. Que toute sa grandeur s'arme pour mon supplice, Tout l'État périra, s'il faut que je périsse.

D. ARIAS

Quoi ! vous craignez si peu le pouvoir souverain...

LE COMTE

D'un sceptre qui sans moi tomberoit de sa main.

Il a trop d'intérêt lui-même à ma personne.

Et ma tête, en tombant, feroit choir sa couronne.

D. ARIAS

Souffrez que la raison remette vos esprits : Prenez un bon conseil.

LE COMTE

Le conseil en est pris.

D. ARIAS

Que lui dirai -je enfin 7 Je lui dois rendre compte.

LE COMTE

Que je ne puis du tout consentir à ma honte.

D. ARIAS

Mais songez que les rois veulent être absolus.

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