ACTE II, SChNE II
SÉVÈRE
Ah ! puisque votre gloire en prononce l'arrêt, Il faut que ma douleur cède à son intérêt. Est-il rien que sur moi cette gloire n'obtienne? Elle me rend les soins que je dois à la mienne. Adieu : je vais chercher au milieu des combats Cette immortalité que donne un beau trépas , Et remplir dignement, par une mort pompeuse , De mes premiers exploits l'attente avantageuse ; Si toutefois, après ce coup mortel du sort, J'ai de la vie assez pour chercher une mort ' .
PAULINE
Et moi, dont votre vue augmente le supplice, Je l'éviterai même en votre sacrifice; Et, seule dans ma chambre enfermant mes regrets, Je vais pour vous aux dieux faire des vœux secrets.
Puisse le juste Ciel, content de ma ruine, Combler d'heur et de jours Polyeucte et PauUne !
PAULINE
Puisse trouver Sévère, après tant de malheur, Une félicité digne de sa valeur !
SÉVÈRE
Il la trouvoit en vous.
PAULINE
Je dépendois d'un père*.
SÉVÈRE
0 devoir qui me perd et qui me désespère ! Adieu, trop vertueux objet, et trop charmant.
1 Ces idées, plus recherchées que naturelles, étaient les vices du temps. (Volt.
2 Ces sentiments sont touchants; ce dernier vers convient aussi bien à la tragédie qu'à la comédie, parce qu'il est noble autant que simple; il y a tendresse et précision. (Volt.)
320 POLYEUCTE
PAULINE
Adieu, trop malheureux et trop parfait amant'.