POLYEUCTE, CLÉON, TROIS AUTRES GARDES
POLYEUCTE
Gardes, que me veut-on ?
CLÉON
Pauline vous demande.
POLYEUCTE
0 présence, ô combat que surtout j'appréhende!
Félix, dans la prison j'ai triomphé de toi,
J'ai ri de ta menace, et t'ai vu sans effroi :
Tu prends pour t'en venger de plus puissantes armes;
Je craignois beaucoup moinstesbourreauxque ses larmes.
Seigneur, qui vois ici les périls que je cours. En ce pressant besoin redouble ton secours ! Et toi qui, tout sortant encor de la victoire, Regardes mes travaux du séjour de la gloire , Cher Néarque , pour vaincre un si fort ennemi , Prête du haut du ciel la main à ton ami !
Gardes, oseriez-vous rne rendre un bon office? Non pour me dérober aux rigueurs du supplice, Ce n'est pas mon dessein qu'on me fasse évader; Mais comme il suffira de trois à me garder, L'autre m'obligeroit d'aller quérir Sévère ' ; Je crois que sans péril on peut me satisfaire : Si j'avois pu lui dire un secret important,
1 Quérir ne s'emploie qu'à l'infinitif, et avec les verbes aller, venir , envoyer; il a vieilli. (Acad.)
346 POLYEUCTE
Il vivroit plus heureux, et je mourrois content.
CLÉON
Si vous me l'ordonnez, j'y cours en diligence.
POLYEUCTE
Sévère à mon défaut fera ta récompense.
Va, ne perds point de temps, et reviens promptement.
CLÉON
Je serai de retour, seigneur, dans un moment.