‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 213 sur 229 · SCÈNE V SÉVÈRE, PAULINE, FARIAN · texte numérisé non relu

SCÈNE V SÉVÈRE, PAULINE, FARIAN

SÉVÈRE

Dans mon étonnement ,

1 Voltaire trouve ridicule la conduite de Polyeurte. Il oublie donc qu'il a imité ce qu'il critique. Dans Alzire, Gusraan, touché de la grâce, cède aussi sa femme à son ennemi, à son assassin, et, qui pis est, à un idolâtre, au risque de compromettre le salut d'Alzire; ce qui est une imprudence tres-criminelle de la part d'un homme qui a fait une si sainte mort. (Geoffroy.)

Dans Saint Genèi. Adrien veut de même résigner Nathalie. Mais les vers de Rotrou sont bas, lundis que ceux de Corneille sont pleins de noblesse.

■2 Genêt, dans le quatrième acte de la pièce de Rotrou, parle ainsi a ses persécuteurs :

Je vous ai divertis , j'ai chanté vos louanges , Il est temps maintenant de réjouir les anges ; Il est temps de prétendre à des prix immortels; Il est temps de passer du théâtre aus autels. Si je l'ai mérité , qu'on me mène au martyre : Mon rôle est achevé, je n'ai plus rien à dire.

336 POLYEUGTE

Je suis confus pour lui de son aveuglement' ;

Sa résolution a si peu de pareilles ,

Qu'à peine je me fie encore à mes oreilles.

Un cœur qui vous chérit ( mais quel cœur assez bas

Auroit pu vous connoître et ne vous chérir pas'?) ;.

Un homme aimé de vous, sitôt qu'il vous possède ,

Sans regret il vous quitte : il fait plus, il vous cède ;

Et, comme si vos feux étoient un don fatal,

Il en fait un présent lui-même à son rival- !

Certes, ou les chrétiens ont d'étranges manies,

Ou leurs félicités doivent être infinies,

Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter

Ce que de tout l'empire il faudroit acheter.

Pour moi, si mes destins, un peu plus tôt propices, Eussent de votre hymen honoré mes services , Je n'aurois adoré que l'éclat de vos yeux, J'en aurois fait mes rois, j'en aurois fait mes dieux ; On m'auroit mis en poudre, on m'auroit mis en cendre '•', Avant que...

PAULINE

Brisons là; je crains de trop entendre , Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux% Ne pousse quelque suite indigne de tous deux. Sévère, connoissez Pauline tout entière.

Mon Polyeucte touche à son heure dernière^ ;

1 Cette résigniition de Polyeucte fait naître une des plus belles scènes ijui soient au théâtre. (Volt.)

2 C'est dommage qu'wn prcseni de vos feux gâte un peu ces vers excellents. (Volt.)

3 En poudre , en cendre, c'est une petite négligence qui n'affaiblit point les su • blimes et pathétiques beautés de cette scène. (Volt.)

4 Cela est mal écrit, d'accord : mais le sentiment l'emporte ici sur les termes, et le reste est d'une beauté dont il n'y eut jamais d'exemple. (Volt.)

s Ce cri du cœur prouve que ce n'est pas seulement par dévouement , mais que c'est aussi par amour pour Polyeucte que Pauline refuse de consentir à la proposition de ce dernier. C'est donc bien à tort que madame la Dauphine s'écriait en adniiranl Pauline : " Eh bienl voilà la plus honnête femme du

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