‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 55 sur 229 · L'INFANTE · texte numérisé non relu

L'INFANTE

Técouterai-je encor, respect de ma naissance,

Qui fais un crime de mes feux'?

T'écouterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes vœux ?

Pauvre princesse , auquel des deux

Dois-tu prêter obéissance?

Rodrigue, ta valeur te rend digne de moi ; Mais, pour être vaillant, tu n'es pas fils de roi.

Impitoyable sort, dont la rigueur sépare

Ma gloire d'avec mes désirs !

Est-il dit que le choix d'une vertu si rare Coûte à ma passion de si grands déplaisirs? 0 Ciel ! à combien de soupirs Faut-il que mon cœur se prépare, Si jamais il n'obtient, sur un si long tourment , Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant?

Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne

Du mépris d'un si digne choix :

Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur, je vivrai sous tes lois. Après avoir vaincu deux rois , Pourrois-tu manquer de couronne?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner, Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner?

Il est digne de moi, mais il est à Chimène;

Le don que j'en ai fait me nuit.

Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine ,

1 Comment, après ces belles choses, peut-on ramener encore sur la scène notre pitoyable infante? (Volt.)

Que le devoir du sang à regret le poursuit :

Ainsi n'espérons aucun fruit

De son crime ni de ma peine , Puisque, pour me punir, le destina permis Que l'amour dure même entre deux ennemis.

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