‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 71 sur 229 · ACTE I, SCÈNE III li · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III li

Que de ses chastes feux je serois le salaire.

Ce jour nous fut propice et funeste à la fois ;

Unissant nos maisons, il désunit nos rois ;

Un même instant conclut notre hymen et la guerre ,

Fit naître notre espoir, elle jeta par terre'.

Nous ôtatout sitôt qu'il nous eut tout promis,

Et, nous faisant amants, il nous lit ennemis.

Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes!

Combien contre le Ciel il vomit de blasphèmes !

Et combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux !

Je ne vous le dis point, vous vîtes nos adieux.

Vous avez vu depuis les troubles de mon âme ;

Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamme,

Et quels pleurs j'ai versés à chaque événement,

Tantôt pour mon pays, tantôt pour mon amant.

Enfin mon désespoir, parmi ces longs obstacles ,

M'a fait avoir recours à la voix des oracles ;

Écoutez si celui qui me fut hier rendu

Eut droit de rassurer mon esprit éperdu.

Ce Grec si renommé, qui, depuis tant d'années,

Au pied de l'Aventin prédit nos destinées;

Lui qu'Apollon jamais n'a fait parler à faux ,

Me promit par ces vers la fin de mes travaux - :

« Albe et Rome demain prendront une autre face ^ ;

« Tes vœux sont exaucés; elles auront la paix ,

« Et tu seras unie avec ton Curiace,

ï Non-seulement un espoir Jeté par terre est une expression vicieuse , mais lu même idée est exprimée ici en quatre faisons différentes, ce qui est un vice plus grand. Il faudrait, autant qu'on le peut, éviter ces pléonasmes, c'est une abondance stérile. (Volt.)

- Travaux signifie soitjfrances , douleurs, comme en latin, labor.

3 Un oracle doit produire un événement et servir au nœud de la pièce; ici il ne sert presque à rien qu'à donner un moment d'tspérance... Le plus grand défaut de cette scène , c'est son inutilité. Cet entretien de Camille et de Julie rouie sur un objet trop mince , et qui ne sert en rien . ni au nœud , ni au dénoûment. (Volt.)

Ui HOHACE

« Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais. »

Je pris sur cet oracle une entière assurance ;

Et comme le succès passoit mon espérance ,

J'abandonnai mon âme à des ravissements

Qui passoient les transports des plus heureux amants.

Jugez de leur excès : je rencontrai Valère ;

Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire.

Il me parla d'amour sans me donner d'ennui :

Je ne m'aperçus pas que je parlois à lui ;

Je ne lui pus montrer de mépris ni de glace ;

Tout ce que je voyois me sembloit Guriace ,

Tout ce qu'on me disoit me parloit de ses feux ,

Tout ce que je disois l'assuroit de mes vœux.

Le combat général aujourd'hui se hasarde ,

J'en sus hier la nouvelle, et je n'y pris pas garde ;

Mon esprit rejetait ces funestes objets ,

Charmé des doux pensers d'hymen et de la paix.

La nuit a dissipé des erreurs si charmantes;

Mille songes affreux, mille images sanglantes,

Ou plutôt mille amas de carnage et d'horreur,

M'ont arraché ma joie et rendu ma terreur :

J'ai vu du sang, des morts, et n'ai rien vu de suite ,

Un spectre, en paroissant, prenoit soudain la fuite ;

Ils s'effaçoient l'un l'autre ; et chaque illusion

Redoubloitmon effroi par sa confusion.

JULIE

C'est en contraire sens qu'un songe s'interprète.

CAMILLE

Je le dois croire aussi, puisque je le souhaite. Mais je me trouve enfin, malgré tous mes souhaits, Au jour d'une bataille, et non pas d'une paix.

JULIE

Par là finit la guerre, et la paix lui succède.

Dure à jamais le mal s'il y faut ce remède !

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