‹ Chefs-d'uvre de P. CorneilleChapitre 78 sur 229 · HORACE, CURIACE · texte numérisé non relu

HORACE, CURIACE

Que désormais le ciel, les enfers et la terre Unissent leurs fureurs à nous faire la guerre ; Que les hommes , les dieux, le démon et le sort. Préparent contre nous un général effort • ; Je mets à faire pis, en l'état oii nous sommes, Le sort et les démons , et les dieux et les hommes. Ce qu'ils ont de cruel, et d'horrible et d'affreux,

est sublime par la situation. Voilà la première scène au théâtre où un simple messager ait fait un effet tragique en croyant apporter des nouvelles ordinaires. J'ose croire que c'est la perfection de l'art. (Volt.)

1 Cet entassement , cette répétition, cette combinaison, de ciel, de dieux, à' enfers, de démons, de terre et d'homme, de cruel, A' horrible, d'affreux, est, je l'avoue, bien condamnable. Cependant le dernier vers fait presque par donner ce défaut. (Volt.)

15i HORACE

L'est bien moins que l'iionneur qu'on nous fai t à tous deux .

Le sort qui de l'honneur nous ouvre la barrière,

Offre à notre constance une illustre matière :

Il épuise sa force à former un malheur,

Pour mieux se mesurer avec notre valeur;

Et comme il voit en nous des âmes peu communes ,

Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes ' .

Combattre un ennemi pour le salut de tous ,

Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups.

D'une simple vertu c'est l'effet ordinaire ;

Mille déjà l'ont fait, mille pourroient le faii'e :

Mourir pour le pays est un si digne sort ,

Qu'on brigueroit en foule une si belle mort.

Mais vouloir au public immoler ce qu'on aime ,

S'attacher au combat contre un autre soi-même,

Attaquer un parti qui prend pour défenseur

Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur,

Et, rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie ,

Contre un sang qu'on voudroit racheter de sa vie,

Une telle vertu n'appartenoit qu'à nous'-.

L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux ,

Et peu d'hommes au cœur l'ont assez imprimée

Pour oser aspirer à tant de renommée.

CURIACE

Il est vrai que nos noms ne sauroient plus périr. L'occasion est belle, il nous la faut chérir. Nous serons les miroirs d'une vertu bien rare : Mais votre fermeté tient un peu du barbare ; Peu, même des grands cœurs, tireroient vanité

1 Ce mot de fortune au pluriel ne doit jamais être employé sans épithète, bonnes et mauvaises fortunes, fortunes diverses, mais jamais des ^ortwne*. Cependant le sens est si beau, et la poésie a tant de privilèges, ([ue je ne crois pas qu'on puisse condamner ce vers. (Vqlt.)

2 Ce mot vertu revient plusieurs fois; pour le comprendre partout, il faut remonter au sens propre de vertu , force d'âme.

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