SCÈNE V Le vieil HORACE, SABINE, CAMILLE
LE VIEIL HORACE 2
Je viens vous apporter de fâcheuses nouvelles, Mes filles ; mais en vain je voudrois vous celer Ce qu'on ne vous sauroit longtemps dissimuler : Vos' frères sont aux mains, les dieux ainsi l'ordonnent.
SABINE
Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonnent, Et je m'imaginois dans la divinité Beaucoup moins d'injustice et bien plus de bonté. Ne nous consolez point ; contre tant d'infortune La pitié parle en vain, la raison importune : Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs , Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs. Nous pourrions aisément faire en votre présence De notre désespoir une fausse constance ' ;
1 Ces maximes détachées, qui sont un défaut quand la passion doit parier, avaient le mérite de la nouveauté; on s'écriait : C'est connaître le cœur humain! Mais c'est le connaître bien mieux que de faire dire en sentiment ce qu'on n'exprimait guère alors qu'en sentences, défaut éblouissant que les auteurs imitaient de Sénèque. (Volt.)
2 Comme larrivée du vieil Horace rend la vie au théâtre qui languissait! quel moment et quelle noble simplicité 1 (Volt.)
3 Phrase louche et mal expliquée. Le poëte veut sans doute dire : Au Heu de laisser voir notre désespoir, nous pourrions a/ficher une constance inébranlable.