SUR TROILUS ET GRESSIDA
» prisent et vantent les hochets noaveaux, quoiqa'ils soient for- » mes d'éléments qui ne sont plus: ils donnent plus de louanges » à la poussière fratchement dorée qu'à l'or pur couTert de x> poussière. x>
Patrocle donne ensuite à Achille, amoureux de Philoxène^ à peu près les mêmes conseils :
« Ami , songez à votre gloire : bientôt le faible et volage » Gnpidon détachera de votre cou ses bras amoureux. Alors » vous le secouerez loin de vous aussi aisément que le lion se* » eooe de sa crinière une goutte de rosée. »
La notice suivante est due à M. Lemercier, qui dans ses tra* gédies de Jane Shore, de Charlemagne, et sa comédie la Sœur et le Frère jumeaux, a lutté heureusement avec le grand tragique anglais. Qui, mieux que l'auteur d'Jl^amemnon, eût pu analyser le caractère de Cassanire^
a Le choix des faits et des personnages historiques ou fabuleux les plus propres à exciter l'étonnement, la terreur et la pitié dans le cœur des hommes de tous les temps et de- tons les pays, est la plus importante condition de Tart dramatique» et ce qui distingue le génie éminent des grands poâtes. C'est cette qualité que qous admirons spécialement chex les auteurs grecs dont les inventions soutenues par une exécution élégante méritèrent d'être imitées de siècle en siècle. A partir de ee haut aspect généralf on n'hésitera pas à mettre en parallèle avec eux la supériorité des inspirations de Shakspeare. L'universalité de ses vues le place au rang le plus élevé parmi les meilleurs pdntres des grandes et douloureuses passions humaiùes* On reconnaît son excellence » non-seulement aux productions originales de sa fécondité, mais aux emprunts mômes qu'il fair aux sources originelles des muses anciennes. Ses vraies sublimités, souvent conformes à celles des plus parfaits modèlesi lui appartiennent entièrement. De là, ses titres incontestables à l'immortalité et aux suffrages des bons juges.
a> On l'a nommé justement V Eschyle anglais, parce qu'il égale l'Eschyle antique en hauteur, en majestueuse simplicité des traits. On eût pu le nommer aussi V Euripide anglais ^ parce qu'il n'est pas moins naïf» moins pathétique, moins philosophique eu ses créations que son devancier. Il s'assimile par sa suprême intelligence à Tesprit athénien , non en s'asservîs*
sant à leurs formes classiques » mais en appliquant le jeu de ses drames aux annales de sa patrie y aux chroniques des aïeux de ses contemporains, en ressuscitant aux yeux du peuple britannique les héros de sa propre histoire. S'il cherche ailleurs des personnages , c'est afin d'accomplir la peinture des variétés de toutes les passions théâtrales par la yariété des influences de climats divers et de préjugés locaux.
j» Au milieu de tant d'images offertes à ses combinaisons touchantes ou terribles, la célèbre Gassandre troyenne pouvait-elle lui échapper? Examinons cette fille attendrissante de Priam, si bien conçue pour émouvoir par toutes les conditions tragiques. Son plan ne lui permet pas de la développer amplement dans sa pièce. Mais sans la montrer en face, il la présente sous un profil si pur, si exact, si naïf, qu'on ne peut la méconnaître, et qu'elle paraît telle qu'elle doit être pour exciter et accroître l'émotion causée par la catastrophé qu'elle prédit.
» Quoi de plus noble et de plus déplorable que cette belle figure d'une jeune vierge, issue d'une maison royale , que menacent un" renversement prochain des grandeurs de sa famille et l'immolation de ses parents et de leur peuple tout entier, qui poussée d'un effroi naturellement prophétique, sous l'emblème d'une inspirée d'Apollon, annonce à tous leur ruine future, et ne peut faire croire à ses avis que tous attribuent à des transports de démence? Jamais plus instructive allégorie de l'opiniâtre incrédulité des humains au pressentiment du malheur, aux conseils de la prévoyance intuitive , fut-elle imaginée pour éclairer l'aveuglement incurable des peuples et des chefs d'Ë^ tat? Eschyle introduit ce frappant symbole qu'il personnifie au milieu d'un chœur compatissant à ses alarmes, et s'épouvanlant de ses paroles. Un dialogue pressant, hardi, sublime, les enflamme et suffit à leur puissance dramatique. Le poète n'associe pas la majesté de sa pythonisse aux intérêts passionnés de l'action; il l'en sépare, ill'isole pour la grandir idéalement.
D Ce môme emploi des extases de Gassandre fut reproduit chez les Latins par une imitation de Sénèque ; mais l'emphase déclamatoire et vide en atténue l'admirable effet': et, dans sa tragédie d*Âgamemn<m, ce rôle n'y intervient qu'en froid et inutile hors-d'œuvre. Un médiocre auteur français , dans une pièce intitulée Les Troyennes , mêla cette captive noblement extatique aux mouvements des acteurs ordinaires, et profana