‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 101 sur 153 · Scène I. LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

Scène I. LA TEMPÊTE

Il revient à son tour voui poursuivre «u rivage ; Vous qu'au clair de la lune on voit danser en ronds (44) Sur l'herbe où vers minuit p&ussent les mousserons; Vous, qui vous échappez des flammes étouffées Au son du couvre- feu, lutins, esprits et fées. J'ai pu, faible mortel par votre art enhardi, Voiler dans sa splendeur le sole(l de midi, Soulever l'aquilon, évoquer la tourmente. Et lancer jusqu'au ciel une mer éeumante ; J'ai, disputant la foudre aux mains de Jupiter, Fait tomber le tonnerre en sillonnant l'éther; Par moi le promontoire, ébranlé sur la rive, A tremblé bruyamment sur sa basé massive. Et le cèdre et le pin, par mes bras arrachés.

En tronçoiis sur le sol sont demeurés couchés; Par mon ordre les morts endormis dans leur bière Ont de leur froid linceul secoué la poussière ; Leurs tombeaux entr' ouverts les ont laissés s'enfuir ; J'ai tout pu : c'est assez ; mtm règne va finir. J'ai montré de mon art la puissante énergie ; Mais j'çbjure aujourd'hui ma sauvage magie, A vous, esprits légers, je ne demande rien Que de célestes chants, prodige aérien.

Qui jettent dam leurs cœurs touchés par l'harmonie

Le remords du passé : puis , ma tâche est finie

Je brise ma baguette, et je l'ensevelis

Dans le fond de la terre; et ce livre où je lis

Les secrets de mon art, je le noîrai sous l'onde ,

Plus avant que jamais n*a pénétré la sonde.

(On entend une musique solennelle.)

Abiel entre ; après lui Alonzo, faisant des gestes frénétiques ; GONZALO l'accompagne; viennent ensuite SÈfiASTiEV et Antonio dans le même état, accompagnés ^'Adrian et de Francisco : tous entrent dans le cercle tracé par Prospero et y demeurent sous le charme.

Prospero les observe, et dit à Alonzo :

Qu'une musique noble, et qui puisse charmer Un esprit en délire, en venant te calmer. Guérisse ton cerveau, maintenant inutile,

486 THE TBMPBST. Act Y.

For you are spell-stopp'd.— ^

Holy Gonzalo, honouraUe nuta»

Mine eyes, even sociable to the sbow of thine,

Fali fellowly drops.-*-^the charm dissolves apace;

And as the morning steals upon the night,

Melting the darkness, so their rising sensés

Begin to chase the ignorant fumes thai aianile

Their clearer reason.-^O my good Goftzalo,

My true préserver, and a loyal sur

To him thou follow'st; l wiil pay tby grâces

Home^ both in word and deed- — Most cruelly

Didst thou, Alonsoy use me» and my daughter :

Tby brother was a furtherer jûs the act ;-^

Thou*rt pinch'd for't now, Sébastian, — Flesb and blood,

You, brother mine, that ent^rtain'd ambition,

Expeird remorse ma nature ; wbo, with Sébastian»

(Whose inward pincbes tberefore are most stroog,)

TVould hère bave UH'd your king ; I do forgive thee,

Unnatural though tbou art l'-'-^Their understanding

Begins to swell ; and the approacbing tide

"Will shortly fill the reaspna^Ie shores,

That now lie foui and muddy* Not one pf tbem,

That yet looks on me, or would know me «'^-^-Ariel,

Fetch me the ba( and rapier in my oeil ; {Mxit Arisl.)

I will dis-case me i^nd myself pres^ptt

As I was sometime Milan f'^^qqiakly» spifit ;

Tbou shalt ère long b^ fr#e.

Aroel re-enterê, iinging, and helps lo attire Peospero.

Ari, Where the bee sucks, there suck I: In a cowslip'$ bell I lie :

SCÈITB I. lA TEMPÊTE, 487

Qui bouillonne au dedans de ion eràne débile /— (Aux autres.)

Bt vous, demeurez là, par un charme enchainés.-^ (A Gonzalo.)

Toi, gui verses des pleurs sur ces infortunée,

Gonzale, homme de bien^ hofnmepieuiDf,vuêlarmÊâ

Coulent aussi, je suis touché de tes alarmes ;

Mais vois, l'enchantement se dissout par degré:

Comme l'ambe apparaît au maiin azurée

Au voile de la nuU mélangeanê sa Iwmièrê;

Ainsi, se ranimant à leur raison première,

Et chassant les vapeurs gui ventaient tétouffer,

En eux l'intelligence est prête à triompher.^

Oonzale, mon ami, mMi sonneur véritable,

Toi, du roi gue tu sers gentilhomme équitable.

Je veux dans mon pays, pour prix de ta pitié.

En te comblant d'honneurs l'offrir mon amitié. —

Alonzo, tu suivis les consens d'un parjure, (Montrant Sébastien.)

De ton frère ; aujourd'hui le remords le torture.

Ah ! tu fus bien cruel pour ma fille et pour moi! — (A A ntonio. )

Et toi, mapropre chair, mon sang, mon frère, toi.

Avide, ambitieux, sans remords pour ton crime.

Tu voulais entraîner Sébastien dans l'abîme

Où tu Vêlais jeté Tous formâtes tous deux

Contre les jours du roi des complots odieux

Eh bien I en retrouvant mon rang et ma couronne.

Au lieu de te punir, frère , je tepardotme.--

Mais leur raison revient de leur entendement;

Déjà le cours reflue et grossit lentement.

Remplissant les canaux gue la folie encombre:

Cependant leur regard est toujours couvert d'ombre :

Aucun d'eux ne saurait me reconnaître encor. — (A Ariel,)

Va chercher mon épée et ma couronne d'or;

Cours, Ariel. (Ariel sort.) Je veux me revêtir en matlre.

Et, comme dans Milan encor, leur apparaître. —

Que ce dernier désir soit vite exécuté»

Et tu recouvreras enfin ta liberté.

Ariel rentre en chantant, et a^tf Prospero à s'habiller.

Ariel. — Jaime la fleur gu'aime V abeille : Dans la primevère vermeille,

488 THE TEMPESr. Act V.

There I couch when owU do ery.

On the bat's bock I do fly,

Afier tummer, merrUy; Merrily, mmrUy, shall I live now, Under Ihe bloêiom that hangs on ihe bough,

Pro, Why, that's my dainty Ariel : I shall miss thee; But yet thou shalt hâve freedom : so, so, so. — To the king's ship, invisible as thou art : There shalt thou find the mariners asleep Under the hatches ; the master, and the boatswain, Being awake, enforce them to this place ; And presently, I pr'ythee.

Àri. I drink the air before me^ and returu Or e*er your puisé twice beat. {Exil Ariel.)

Gon. Ail torment^ trouble, wonder, and amazement Inhabits hère : Some heavenly power guide us Out of thîs fearftil country I

Pro. Beholdy Sir king !

The wronged duke of Milan, Prp^pero :

For more assurance that a living prince Does now speak to thee, I embrace thy body ; And to thee, and thy company^ I bîd A hearty welcome,

Alon. Whe'r thou beest he, or no,

Or some enchanted trifle to abuse me, As late I hâve been, I not know : thy puise Beats, as of flesh and blood; and since I saw thee^ Th' affliction of my mind amends, with which, I fear a madness held me : This must crave (And if this be at ail,] a most strange story. Thy dukedom I resign ; and do entreat Thou pardon me my wrongs :— But how should Prospero Be living, and be hère ?

Pro. First, noble frîend,

Let me embrace thine âge ; whose honour ctnnot Be measur'd, or confin'd*

gcÈwE I. LA TEflPÊTE. 489

Jû m« cAo»ft« ttfi d&WB abri Quand le hibou jette son cri.

Là je repose, ou bien je vole Sur l'aile des chauves-souris.

Ou je reviens à ma corolle Gaîment, durant les jours fleuris ; Je vivrai dans la fleur qui penche y Désormais, au bout de la branche (45).

Pros, ^ Ton vœu s'accomplira^ mon fidèle Ariei, Tu vivtas dans les airs, sylphe immatériel; Mais souvent je serai triste de ton absence : La liberté pourtant sera ta récompense,

Puisqu'il le faut Allons, vite au vaisseau du roi:

Invisible toujours, dans ses flancs glisse- toi; De son pesant sommeil délivre V équipage, Lebosseman, le maître; et, suivant mon message, Entraine-les ici, je l'en prie, à l'instant»

Àriel. — Devant moi je bois l'air où mon aile se tend. Et je reviens vers toi, sans toucher à la terre. Plus vite que deux fois ne battra ton artère, (Il sort.)

Gon. — Tout ce qui tourmente^ trouble, émerveille et confond habite ici. Que quelque pouvoir céleste nous guide hors de cette contrée redoutable!

Pros. — Regarde y seigneur roi, le dac outragé de Milan, Prospère I Pour mieux te convaincre que c'est un prince vivant qui te parle, je te presse dans mes bras; je t'adfesse un salut cordial, à toi et à ceux qui t'accompagnent; soyez les bienvenus!

i4/on.— Es-tu Prospère? ne Tes-tu pas? es-tu quelque encbantement trompeur qui m'abuse comme je l'ai été tout à l'heure? Je ne sais : ton pouls bat comme s'il était formé de chair et de sang; et, depuis que je te vois , je sens s'adoucir Taffliction de mon esprit , qui , je le crains, était mêlée de démence: tout cela ' ( si tout cela existe réellement) nous promet d'étranges récits. Je te remets ton duché , et je te conjure de me pardonner mes torts. — Mais comment Prospère pourrait-il être vivant et se trouver ici î

Pros, [à Gonzalo») — D'abord , noble ami , laisse-moi embrasser ta vieillesse, qui ne saurait être assez honorée.

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