EN PROSE ET EN VERS
Des passages les plus remarquables de : Le Rai Jean, Richard H, Henri IV, f« et ii« partie ;IHtfnrt F, Henri VI, r«, ii« et me partie ; Henri VIII, le Roi Lear, Cymbeline , TroUu» ei Cresiida, les deux Gentilshommes de Vérone, Mesure pour Mesure, Beaucoup de bruit pour rien. Peines d'amour perdues. Comme il vous plaira, la méchante Fé^me corrigée, Tout est bien' qui finit bien, le Conte d*hiver, les Méprises, Timon d'Athènes, Périclês, les joyeuses Commères de Windsor;
tAB
MM. DE Chateaubriand, Casimir Delavigne, Dupaty, Alex. Duval, GuxzoT, Jat, de Jour, Nepomucène Lemercier, de Poitgerville ^ YiLLEMAiir , de T Académie française ; F auriez ^ i^ Bas , Naudet, Paulin Paris, de Plnstitut; Artaud, Casimir Bozr jour, Charpentier, Philarète Chasles, Charles Coquerel , Cretté , Emile Desghamps , Dubois (du Globe), Paul Duport, J. Fontenelle, Ernest Fouinet, Gerusez, Leroux de Linct, Mennechet, Mezières, de Montignt, Nisard, Amédée Pichot, Poujoulat, comte Jules de Resseguier, Léon DE Waillt, etc.
Mesdames Louise Sw. Belloc, comtesse de Bradi, princesse de Craon, Louise Colet, Desbordes-Yalmore, princesse Constance de Salm- Dtck, George Sand, Anaîs Ssgalas, Amable Tastu, etc., et
D. O'SULLIVAN
DIRECTEUR DE LA BIBUOTHÈQUE ANGLO-FRANÇAISE, ProfesMur au eoU^e royal de Saint^LooIf.
En publiant les chefs-d'œuvre de Shakspeare dans ma Bibliothèque Angto^Française , j'ai cru n'y devoir com- I. 33
prendie quo Rkhord tll, Roméo a /uUeUe, h Marchand de Venise, Othello, Hamlet, Macbeth, JuUs César et la Tempête. Plusieurs littérateurs» en partageant mon opinion, ont pensé qu'il serait bien de donner une analyse raisQonée de ttwttes les autres pièces , afin d'offrir une idée complète des travaux du tragique anglais. Depuis longtemps j'avais eu moi-même cette pensée, et je me proposais de la réaliser sous le titre à* Études sur Shak^ spécaté. J'ai donc été obligé d'abr^er quelques-unes de ces notices, afin de les renfermer toutes dans un cadre plus étroit. En recourant à mes collaborateurs de la Galerie des Femmes de Shakspeare, j'ai dû saaifier aussi plusieurs de mes notices , afin d'introduire ici celles de ces écrivains distingués*
Je dois ajouter que, le plus souvent, je n'ai fait qu'encadrer dans mes observations leurs remarques, traductions, ou imitations. En agissant ainsi, je crois donner une preuve convaincante qu'en plaçant à la tête de ma BibUothèque les noms d'un grand nombre de célébrités littéraires, j'étais assuré de leur collaboration, et qu'à l'exemple de tant de publications, je ne les jetais point au pul^c comme un app&t trompeur.
D. O'SDLLIVAN.
NOTIGES.
Shakdpéare ne tire pas de la mine de Thistoire des métaux précieux pour en altérer la pureté ; il les frappe d'effigies et do légendes marquées à son propre coin : il en 6te la rouille y il les purifie et leur rend tout leur éclat; de sorte que Thistoire conserve sous sa plume le brillant de For le plus pur,
La vérité, partout où elle se manifeste, doit être sacrée : telle était la pensée de Shakspeare; aussi n*a-t-il pas porté une main profane sur ses autels. Il a compris que la tragédie y la majes* tueuse tragédie, est digne de se placer devant le sanctuaire de la vérité et d'être la prêtresse de ses oracles. Il n'a point ignoré non plus que tout ce que la religion a de saint et de sublime, tout ce qui est aimable ou grave en fait de vertu, tout ce qui excite la pitié dans la faiblesse et le sublime dans la force, ou le terrible dans la perversion de Tesprit humain, est du domaine de la tragédie. Sibylle et muse tout à la fois, elle tient ouvert le livre des destinées humaines, et elle est Tinterprète de ses mystères. Ce n'est donc pas pour ridiculiser les chagrins sérieux de la vie réelle, qu'elle les revêt de ses riches et somptueux habits, et nous les présente comme des puissances évoquées de la poussière et des ténèbres, pour éveiller les sympathies généreuses, la terreur, ou la pitié des hommes. €e n'est pas pour ajouter à la douleur que, comme source d'émotions, elle a une existence réelle en représentant les torts et les souffrances, le crime de lady Macbeth, le désespoir de Constance, les artifices de Gléopâtre et la détresse de Catherine ; mais pour ajouter infiniment à l'effet moral, comme sujet de méditation et leçon de conduite.
Ces observations deviendront plus claires par l'examen des caractères suivants, que Thistoire nous a tracés.
{La scène $e pa$$ê en Angleterre.) Ghàtilloiiy ambassadeur du roi de France^ Philippe Auguste, réclame de Jean-Sans-Terre, au nom de son souverain , le trône d'Angleterre pour le jeune Arthur Plantagenet de Bretagne. Jean refuse, et se dispose à défendre son usurpation par les armes. Alors survient Philippe Falconbridge , bâtard de Richard Cœur- de -Lion, création bizarre et chevaleresque qui jette de la vie et du mouvement dans tout le drame. Il suit le roi Jean en France, pour combattre Philippe Auguste, qui a promis à la reine Constance, mère d'Arthur, de replacer son fils sur le trône d'Angleterre. Mais, au lieu d'une guerre, c'est une fête qui s'ouvrira. Après des menaces de part et d'autre, Jean offre d'unir sa nièce à Louis , fils du roi de France. En apprenant ce traité dicté par la peur. Constance maudit les rois qui abandonnent son fils. Le nonce du pape reproche à Philippe de s'allier à un excommunié; la guerre se rallume , et Jean- Sans-Terre, vainqueur, livre le jeune Arthur prisonnier à Hubert, un de ses partisans , qui lui promet de hâter sa mort. Constance est en proie au désespoir. Cependant, Hubert se laisse attendrir par les paroles du royal enfant; il lui laisse la vie : mais il faut que son oncle le croie mort. Constance vient de finir ses jours, en France, de douleur; et le fils de Philippe Auguste arrive en Angleterre pour combattre Jean. Les lords et le peuple murmurent contre l'usurpateur, et lui reprochent la mort d'Arthur. —Le jeune prince s'est tué en voulant descendre des murailles de sa prison. Ranimé par Falcoobridge, Jean-Sans- Terre se dispose à combattre les Français, qui, aidés de plusieurs seigneurs anglais, restent maîtres du champ de bataille. Tout à coup le roi Jean, atteint de souffrances que l'on attribue au poison , meurt. Son fils , le prince Henri , conclut la paix avec le Dauphin.
Sfaakspeare, comme tous les grands poètes, dessine à larges traits ses créations. Souvent il les indique dans un vague qui échappée Fesprit, mais qui, par un miracle dont le génie seul a le secret , s'identifie avec notre àme et s'y grave à jamais. Un seul vers , un seul mot parfois, nous peint une femme dans Shakspeare; l'on retrouve, dans sa poésie côs couleurs incisives quoique flottantes, d'où s'échappe , dans l'épopée du Dante, la Franeesea di Rimini. Quelques accents suffisent aux grands poètes pour donner un corps à leur idéalité; et ces formes qui nous semblent indécises, en les lisant, ont. un charme infini dans le vaporeux lointain du souvenir. Ainsi, Shakspeare nous montre à peine Constance, et pourtant il nous la révèle tout entière. Constance, c'est un des plus beaux types de femme trouvés par le poète tragique. Elle a inspiré Mérope et Jocaste dans leurs douleurs maternelles.
Qui n'a lu , dans nos vieilles chroniques , la vie touchante et la mort tragique d'Arthur de Bretagne? Constance, c'est la mère de ce royal enfant; elle veut lui rendre un trône; elle souffre de ses misères ; elle implore pour lui l'appui des rois ;
elle espère Elle passe par toutes les émotions, par toutes
les angoisses ; ses sentiments débordent en poésie sublime; quand les rois l'abandonnent, elle s'indigne comme une reine, elle se plaint comme une femme, elle pleure comme une mère; puis entourant son fils de ses bras, elle se précipite sur la terre et s'écrie:
« Mon chagrin se revêt d^un orgueil légitime ; Car le malheur rend fière et roidit sa victime. Que les rois maintenant s^assemblent sans pudeur Devant la majesté de ma grande douleur. Ma douleur, désormais immense et solitaire. Est si lourde à porter qu^il n'est plus que la terre Qui puisse sur son axe en soutenir le poids. Seule avec ma douleur, sur son sein je m'asseois; C'est le trône ou vivra ma royauté nouvelle ; Dis aux rois de venir se courber devant eUe! »
Et plus loin:
« Armez-vous, armez-vous contre ces rois parjures ! Cieux ! voyez ma douleur, et vengez mes injures ! Une veuve vous crie : 0 cieox ! déchaînez-vous , Défendez l'orphelin j tenez-moi lieu d'époux ! »
£Ue pleare sur la royauté de fton fils; mais le malbêuf ne Taccable point. Elle se relève sous ses coups plus forte et plus magnanime. L'enfant dont elle partage la fortune, elle le presse sur son sein ; elle le sent rivrei elle le voit, elle entend sa douce parole; ses larmes se sèchent parfois sous le baiser filial qu'il lui donne; il sourit, et son ame rayonne; ses douleurs de reine sont adoucies par ses consolations de mère. Elle lui dit avec amour :
«( Dieu versa ses trésors sur ta royale en&nce : Doué par la nature au jour de ta naissance, La beauté, là grandeur, se mêlèrent en toi ; La fortune Va. fait , mon fils, pour être roi. Les ro8e6 et les lys brillent sur ton visage. Ta bonté doit toucher autant que ton jeune Âge; Mais la fortune impure, hélas ! nous a trahb ; Elle ie prostitue & tous nos ennemis ; Elle va, prodiguant sa faveur adultéré, Courtisane éhontée, addêr Jéatt-Sans-terre! »
Mais elle n'a pas tout perdu sur la terre; on lui a laissé son enfant ; sa maternité c'est son diadème indélébile | c'est une couronne dont elle est fière; c'eit le sceau de grandeur et de divinité que Dieu mit à la femme, à cet être faible qui devient fort en Ée sentant renaître , en donnant une moitié de son âme, une partie de son sang. Cet amour est intarissable | il résiste à toutes les épreuves ; il survit à toutes les déceptions, à toutes les blessures, à toutes les offenses» Emanation immortelle^ l'amour d'une mère pour son enfant, c'est le symbole terrestre et touchant de Tamonr de Dieu pour l'humanité.
Constance I c'est la pèrSminifioatîon de l'amour maternel. L'univers la délaiise^ lel ruiHes s'amassant autour d'elle ; mais Arthur vit; l'espoir de lui rendre un trone est perdu, mais elle peut l'entourer d'atbour et de soins. Moti l}ieUj elle ne vous maudit point; car elle sait qu'il est une affliction plus grande dont vous pourriez frapper son cœur de môre; elle sait que ses entrailles pourraient être déchirées par la mort de son
enfant Il Vitl..\.. Pauvre reine i malheureuse mère! cette
immense douleut la frappera : on arrachera l'arbuste à sa racme, l'enfant à sa mère. Arthur sera livré à son bourreau; et
l'on dira à GoDStaoce d'èd()èref encore I MMs alors le désespoir la submergeria , la mort sera sa seule consolatrice ; et elle répondra, frappée au èœur :
« Courage ! dites-vous ; toon , tout espoir égàfe, La mort seule gûéfit) là mtftt seule réparé! La mort , la mort est doiiÊe ! Ô mort ! tiens me f\râpper ! « De ta corhiptidtt je ireux A^eiltelôpper, J^aime comme tih parfum tx)ii odeov de tadavres. Toi, hàittè des heurëUï, laine teut qvte ta navres; Vienê à m«i tpA t'appelle et qui teox reposeir! Tes 08 blases de squelette, oh ! je rt&t les baiser! Je placerai mes yeux sous teê paupières vides, Et les vers détachés de tes membres livides Formeront des anneaux à Pentour de mes doigts ; Ta poussière è ma bottohe étdttffèrt ma voit. Afin que tout mon corps ohaiige ei se décompose, Et t'égftle en horreur dans sa métamorphose» Viens en grin^nt des dents ; je croirai qtt^a mes VttUk Tu somis ( seul amour qui reste ant malhetti:etix, 0 mort! viens dans mes brasi de toi je suis Jalotise : Viens, je te donnerai le baiser d'une épouse !
Ouand dans mon désespoir j'invoque le trépas^ Mon, je ne suis pas foUe ! oh I je ne le sois pas ! Je sais, dans ma douleur qe'on traite de démence, Que, veuve de Geoffroy, je me nonune Constance, Arthur, mon jeune fils, est à jamais perdu ! Nbn, je ne suis pas folle ! et mon cœur éperdu Dans son amer chagrin regrette la folie, Qui trompe le malheur et fait que l'on Oublie ! Enseignez^moi comment le désespoir conduit A cet état de l'âme où la raison nous fuit? Et je vous bénirai! la démence cooaole : Je ne souffrirais plus, mon Dieu! si J'étais folle ç J'oublirais mon enfant, ou croirais le revoir Dans quelqte ilmulaore Offert à non espoir* Non, je ne suis pas foUe , et sens «me par une Les diverses douleurs que donne l'infoïttme.
On dit que, dans le ciel où nous devons renaître, Nos parents, nos amis, pouttont nous reconnaître ;
S^H en ëtait ainsi, je reverrais mon fils.
Le plus beau des enfants, 6 mon Dieu ! que tu fis ;
Mais le ver du malheur, qui le ronge et le creuse,
Me défigurera sa forme gracieuse,
A sa beauté native enlèvera sa fleur ;
Gomme un spectre, flétri sous le poids du malheur,
On le verra plier et se traîner livide,
Jusqu^au jour où le corps de PÀme reste vide ;
Alors quand, dans le ciel ainsi ressuscité,
Mon fils m'apparaltra sans fraîcheur, sans beauté,
Moi qui le vis si beau, moi son sang, moi sa mère.
Je le méconnaitrai, dans ma douleur amère.
Ainsi, jamais, jamais, même au monde futur.
Je ne pourrai revoir mon fils, mon bel Arthur !
De mon enfent absent ma douleur tient la place» Repose dans son lit, me rappelle sa grÀce, M''accompagne partout, prend son regard charmant, En empruntant son corps revêt son vêtement ; Cest rimage d^un fils qu'appelle en vain sa mère ! Ma douleur, c'est Arthur ^ et ma douleur m'est chère! »
Constance, c'est la reine et la mère modèle. Reine, elle est plus forte que le malheur ; elle veut la gloire de son fils ; elle cherche à lui reconquérir sa couronne. Mère , en perdant son enfant, elle appelle la mort. Comme la mère de FËcriture, elle ne veut pas être consolée.
Louise COLET, née REVOIL.
La tendresse maternelle ne s'exprima jamais avec plus d'éloquence que dans ce beau passage, que madame Louise Colet vi^t d'interpréter d'une manière si touchante, et que nous croyons devoir reproduire dans la belle imitation qu'en a faite madame Desbordes -Yalmore.
On accourt; on veut voir la mère infortunée . D'Arthur ; et la Pitié muette, consternée, Pleure, et n'ose répondre à ses profonds sanglots; Et la prison mobile emporte sur les flots Arthur, le jeune Arthur, l'espoir de son veuvage, Cet enfant-roi, tombé dans l'esclavage.
Inconsolable, errante aux rivages déserts, De longs gémissements elle frappe les airs; Comme une aigle éperdue à son nid enlevée, Quand le lâche vautour, usurpateur affreux,
Cherchant un festin ténébreux.
Dans Tombre a dévoré la royale couvée.
Sur le sable où la nuit répand un voile obscur,
L^écho mourant répond : Arthur ! mon cher Arthur !
Un heureux de la terre, un sage, un insensible, Ne voit dans ses dameurs qu'un fol égarement : Pâle, elle ouvre les yeux, le regarde un moment. Et repousse en ces mots cette voix inflexible :
« n me parle ! et jamais il n'a connu mon fils ! Il n'entend pas mon Âme; il me croit insensée! £h ! que me rendra- t-il pour tous mes biens ravis? Que dit-il? je ne sais ; mais sa voix m'a blessée. Oh! tais- toi ! j'aime mieux écouter ma douleur : Elle parle d'Arthur ; elle a ses jeunes charmes , Elle a ses derniers cris, ses sanglots et ses larmes. Ses suppliantes mains, son effroi, sa pâleur ;
Elle est ce qu'il était! Oui, cette ombre fidèle
Au milieu de la nuit me réveille, m'appelle. M'embrasse, et m'apparait avec ses traits chéris ! Laissez-moi l'adorer : elle me rend mon fils; Elle me rend sa voix! je l'écoute, je pleure; Je la suis comme Arthur, au son triste de l'heure; Et sous son vêtement, quand je l'ai rencontré. Elle m'en a fait voir le fantôme a^oré ! »
« Toi, tu n'as pas de fils ? je le vois, j'en suis sûre : Effrayé pour toi-même, et plaignant ma blessure. Tu te fondrais en pleurs, tu ne pourrais parler.
Non, tu n^as pas de fils ! Peux-tu me consoler !
Toi seul n'es pas ému de mçs plaintes amères! Quand je parle d'Arthur, tout m'entend, tout frémit. Les Anges attentifs pleurent aux cris des mères; Dieu même en les frappant les regarde et gémit : Il est père , il est Dieu. Dans sa miséricorde Il forme de nos pleurs Tespoir qu'il nous accorde : On m'a volé mon fils ; et Dieu me le rendra.
Mais ici! plus jamais nous n'y serons ensemble.
On m'a volé mon fils, on l'enunène il mourra
Et je ne verrai plus d''enfânt qui. loi ressemble ! »
« Que ne MdH^ iâddfttéè! en mes ïéves confîis
Je serais, coitttte toi, froide, àtistère^ farouche; Et le dout nom d^Arthur^ exilé de ma bouche, Fuirait de lAft mémoire ; 6t j6 n^aimerais plus ! Je préfère la mort à Ce songe immobile; Je yeux aimer toujou» ce que j^ai tant aimé, Arthur, motl thét Afthttr, qu'eii ta pitié «térild
tttiio m^ pas nommé ! »
« Oh! parle-moi d^ Arthur! mais tu ne peux m'entendre. Hélas! ce que le ciel a formé de plus tendre, Son miracle d^amour est-il connu de toi? C'est le cœur d^une mère : et je le porte en moi^ Et je n^ai plus d^enfant! et S2^ grâce enchahiéci Et ses pas inégaux que je guidais encor,
Loin de ma destinée
Ont emporté son sort !
Et ce bel arbrisseau, dont la tige brisée Promettait à ma vie un ombrage si beau, Va languir sans amour, sans soleil, sans rosée,
Sans fleur pour mon tombeau !
Va, je ne suis pas insensée ! »
« Ma raison tout entière éclata dans mes pleyit : Elle approuve, elle ordonne, «Ile accroît met douUurt ; Et c'est un crime à toi de la dire éclipsée* Qui donc était sa mère?...., oh I moi...». c'était bifn moi!
Ces pleurs ce sont mes pleurs qui tombent devant toi :
Peux-tu les démentir? Sans joie et sans pâi'ttre. Comme un saule mourant traîne sa chevelure^ Vois mon front se courber : sous ce voile de deuil| C'est la mère d'Arthur qui se traine au cercueil. Suis-je insensée? Eh bien! à ce nom qu'on lui donne» C'est la mère d'Arthur qui meurt et qui pardonne 1 Et si tu n'es ému, si ton oœur est glacé. Va, c'est toi qu'il faut plaindre et nommer insensé 1 »
« Et totiB qui me disiee, dans vos leçons pie\Mes, Qu'au delà du tombeau Dieu nous i^ètad nos Amours, Ma mère, ouvres les cieut : tos mains religieuse» Vont recevoir* mon fils; gftrdez-^e^moi toujours! J'irai bientôt, bientôt !..... Hais ti l'Af&euse Envie
Vêttt le faife périr. Souffrant) déeoloré) détroit, il ira mourir !
SUR Lfi HOI JEAN. S83
JéiilëcdnilàHraîdoBe mon iàft^, nos l|m>(yk'è fit! Aitadies'iMi le oatir <mi cet liorriMe eÂM : Vom foi» qui m^ëcoutet, laiitéz^le, lâttvet-ttioi I Otwmoi o%B bmdeaux tpà pèMnt iur tùà tête ;
Je vem m^enfuir Laiises*»».* Ndb, que rien ni n^âvréti!
LaisMi-moi Pappeler^ n^ëtouifez ptf mes crii. Mon Arthur I mon en&nt I mon oniTert 1 mon iUs I »
M^é DBSBORDEB-VALMORB.
Cotte tragédie réunit toûtei les bétatéd da langage et toute la richesse de l'imagination propres ft releter la ttisfêSie d'un sujet f d'auMDt plus teuebant > que la trahison du roi Jean, la mort d'Artbur et la douleur de Constance sont des faits trop réels. Le poëte a eu soin de rejeter dans Tarrière-écène le earâctèro lÀchoi cruel et méprisable de Jean*9an»»Terre, pour nous intéresser davantage au sort de les viOtimes. Indé« pendamment des scènes où sont dételoppés les caractères de Constance et de Falconbridge t Cette tragédie en renferme deux autres d*une beauté incomparable. Dans^ celle dCl Jean fait entreroir son désir de se défiltre du jeune Arthur^ on croit voir Fâme noire et turbulente de ce prinCe, mise à nu dans toute sa difformité et reculant devant là crainte de laisser apercevoir ses homicides projets, surtout lorsqull dit :
—a Approche, Hubert ; 6 moù cher Hubert, nous te dovrons beaucoup. Dans cette prison de chftir, il est une âme qui S'avoue ta débitrice, et qui se propose bien de te payer ton affliction avec usure. Mon cher ami , ton serment volontaire vit dans ce oinnr qui en conserve précieusement le souvenir. Donne-moi ta main, j'aurais quelque chose à te dire... mais
j'attendrai quelqu'autre moment plus convenable. Pur le cieli Hubert) je suis presque embarrassé de te dire en quelle estime je te tiens.
SMêTié -^ J'ai bien de robligation à Votre Majesté.
Le roi Jean. -** Mon bon ami, tu n^as encore aucune raison de me répondre ainsi } mais tu l'auras un jouri et le tempS ne coulera pas si lentement qu'il n'amène pour moi le moment de te faire du bien. J'ai un projet en tête , mail dois-je te le communiquer? Le soleil est maintenant sur l'horizon, et le jour pompeux, environné des plaisirs du monde, est trop tif ,
trop plein de gaieté pour m'entendre. Si la cloche de minuit frappait des sons répétés de sa langae de fer sur sa bouche d'airain le cours assoupi de la nuit; si nous étions ici dans un cimetière, toi préoccupé de mille injures ; si l'humeur noire de la mélancoHe avait coagulé , épaissi , appesanti ton sang , ou bien si tu pouvais me voir sans yeux, m'entendre sans le secours de tes oreilles ^ et me répondre sans voix et par la seule pensée; alors, en dépit du jour vigilant qui nous enveloppe, je verserais mes pensées dans ton sein mais non, je
n*en ferai rien. Cependant je t'aime bien > et , sur ma foi I je crois que tu me chéris de même.
Hub* — Si bien que , quelque chose que vous me commandiez, dût ma mort être la suite nécessaire de mon action , par le ciel I je la ferai.
Le roi Jean, — Ehl ne sais-je pas bien que tu la ferais , bon Hubert? Hubert, Hubert, jette les yeux sur ce jeune garçon: c'est un serpent sur mon chemin ; et, quelque part que je pose
mon pied, il est là devant moi. M'entends-tu? tu es son
gardien.....
Hub. — Et je le garderai si bien qu'il ne pourra jamais nuire à Votre Majesté.
Le roi Jean, — La mort !
Hub. — Seigneur I
Le roi Jean, — Un tombeau!
Hub. — Il ne vivra point.
Le roi Jean. — C'est assez. Je puis maintenant redevenir capable de joie; Hubert, je t*aime : mais je ne veux pas te dire ce que je prétends faire pour ton bonheur. Souviens-toi »
La scène entre Arthur et ses bourreaux , où le jeune prince implore la pitié de Hubert, déchire presque l'âme, et ne serait pas supportable sur le théâtre, sans l'impression ineffaçable que produisent sur Tesprit du spectateur la douce innocence et l'éloquence sans art du pauvre enfant.
Arthur, — a Je croyais que personne ne devait être triste que moi. Si j'étais hors de prison et gardant les moutons, je serais gai tant que le jour durerait ; je le serais même ici , sans le soupçon que mon oncle cherche encore à me faire plus de mal. Il a peur de moi , et moi de lui. Est-ce ma faute , si je suis
iils de Geo&oy ? Non» sûrement, ce n'est pas ma faute » et plût au ciel que je fusse votre fils, Hubert; car vous m'aimeriez.
Quoi! il faut que vous me brûliez les deux yeux avec un fer rouge?
Hubert. <— Jeune enfant » il le faut.
Àrth. — Et le ferez-vous ?
Hub. — Je le ferai.
Àrth. — En aurez- vous le courage? Quand vous avez eu seulement mal à la tète , j'ai attaché mon plus beau mouchoir autour de votre front ; c'était une princesse qui l'avait
travaillé pour moi Au milieu de la nuit , j'appuyais votre
tête sur ma main Pour vous empêcher de sentir le poids
du temps y je vous demandais à chaque minute : Que vous manqae-t-il 7 Où est votre mal ? Quel service d^amitié puis-je vous rendre? Il y a bien des enfants de pauvres gens qui fussent restés dans leur Ut et ne vous eussent pas dit un seul mot de tendresse, tandis que vous aviez un prince pour vous servir dans votre maladie. Peut-être pensez-vous que mon affection n'était qu une affection artificieuse, et lui donnez-vous le nom de ruse? Croyez-le, si vous le voulez : si c'est la volonté du ciel que vous en agissiez mal avec moi, il faut bien que vous le fassiez Pourrez-vous m'arracher ces yeux, ces yeux qui jamais ne vous ont regardé et jamais ne vous regarderont avec colère?
Hvtb. — J'ai juré de le faire; il faut donc que je vous les brûle avec un fer chaud
JrlA. — Ah I sauvez-moi, Hubert, sauvez-moi. Je sens mes yeux se flétrir, seulement à voir les affreux regards de ces hommes sanguinaires.
Hub. (Aux Bourreaux.) — Donnez-moi ce fer, vous dis-je, et liez l'enfant.
Àrth, — Hélas ! quel besoin avez-vous de prendre un air si rude et si courroucé? Je ne bougerai pas, je resterai immobile comme la pierre. Pour l'amour du ciel , Hubert, 'que je ne sois pas lié I Renvoyez ces hommes affreux, je vais m'asseoir tranquille comme un agneau. Je ne remuerai pas , je ne frapperai pas du pied , je ne dirai pas une seule parole ; je ne montrerai pas même de mauvaise humeur en regardant ce
m NOTICB
fer* Aaavoyai Muleoieiil eei bMiuM8t et je voui pardonnerai, quelque louroiMit qne voui me biiiez fooffirîr.
Hub. [Aux Bimrreaiup») — Allez» demeurez là-dedans; laissez-moi seul avec lui.
Un dê$ SêêriMu. ««Je suis bien eontent d*ètre dispensé d'une pareille action.
Ar^. — • Hélas I celui qne mes reproehes eut renreyè était mon ami ; il a un œil dur, mais il porte m ocsor bon. Laissesle revenir, afin que sa compassion fasse naître la vôtre.
Hnb. ^ Allons, venez , enfant; prèparez*vous.
Arth. — N*y a-t-il plus de remède?
Bub. —» Pas d'autre pour vous que de perdre les yeux.
Arth. -« Oh ciel! que n'avez-vous dans les vôtres un grain de sable on de poussière, nn moucheron, xm cheveu égaré, quelque chose enfin qui puisse causer de la douleur à cette partie si précieuse. Alors, éprourant yous-môme quelle souffrance, affreuse y produit la plus petite cause, votre odieux projet vous paraîtrait horrible.
fitté. — Est-ce là ce que vous ayez promis T AHons > contenez votre langue.
ulrll^. — Oh î épargnez mes yeux, quand ils ne devraient plus me servir qu'à vous voir. Tenez, je vous l'assure, le fer est froid; il ne me ferait aucun mal.
Hué. — Je puis le réchauffer, enfant.
Arth. — Ce que yous voulez employer pour me faire du mal vous refuse ce service. Vous seul n'avez point cette pitié qui s'étend jusqu'au fer insensible et au feu, ordinaires instruments de la cruauté.
IM. — Eh bien! continue de voir et de vivre. Je ne toucherai pas à tes yeux pour tous les trésors que possède ton oncle. Cependant j'avais juré, et j'avais résolu , enfant , de te les brûler avec ce fer.
Arth. -* Ahl maintenant vous ressemblez à Hubert, d
SUR UGHA&D IL M7
RICHARD n*
La tragédie de Richard II est , après celle da roi Jean , la seconde des pièces historiques que donna Shakspeare. Le fond du sujet est emprunté à Tuue des époques les plus ictères* santés de l'histoire d'Angleterre. L'usurpation de Henri lY, si féconde en événements importants , fut pour ce malheureux pays une source de troubles et de calamités sans nombre. Avec elle commence le long et sanglant drame des funestes guerres d'York et de Lancastre» guerres auxquelles le mariage de Heor ri YII avec Elisabeth, fille d'Edouard lY, mit un terme.
Le despotisme violent qui signala les dernières années du règne de Richard II lui avait aliéné entièrement le cour de ses sujets. Les mêmes hommes qui jusqu'alors s'étaient montrés ses partisans les plus dévoués se tournèrent contre lui, et agitèrent sérieusement entre eux la question de porter remède à toutes les illégalités commises par le roi. Richard ayant eu con« naissance de ce projet , les ducs de Hereford et de Norfolk furent exilés » le premier pour dix ans, et le second pour tonte la vie. Ce nouvel acte de despotisme ajouta encore au mécontentement général. Henri» duc de Norfolk , qui après la mort de son père avait pris le titre de duc de Lancastre» était d^çoia longtemps adoré du peuple. Les mécontents jetèrent les yenx sur lui et le choishrent pour leur chef. Il fut secrètettent ri^ pelé de Paris » où il s'était retiré après son bannissement. Le duc f accompagné de quelques serviteurs , débarqua dans le Yorkshire, et arriva bientôt devant Londres à la tête de soixante mille hommes* Le duc d'York , que Richard avait institut régent pendant son absence, embrassa , après quelque hésita* tion, la cause de son neveu : cette défection porta les forces de Lancastre à cent soixante mille hommes. Richard , abandonné de tout le monde p tomba eu pouvoir de Henr^ et fut conduit
prisonnier dans la Tour de Londres. Les lords » après de violents débats, décidèrent qu'on obligerait le roi à renoncer à la couronne. En conséquence » on lui présenta un acte d'abdication, qu'il signa sans hésiter, ajoutant que , s'il avait la faculté de nommer son successeur, il choisirait son cousin de Lancastre, qui était présent ; il remit en même temps son anneau.
G«t acte d'abdication, évidemment entaché de violence , ne suffisait pas à l'ambition de Henri. Il entrait dans son plan de se débarrasser du roi. Le lendemain, les deux chambres s'étant assemblées, elles prononcèrent solennellement sa déposition.
Par suite de ces mesures violentes et illégales , le trône se trouvait vacant. La couronne revenait de droit au descendant de Lionel 9 troisième fils d'Edouard III. Mais Henri avait pris ses mesures. Les lords s'empressèrent de le reconnaître comme roi; et le sceptre d'Angleterre passa ainsi, au moyen d'une usurpation, dans la maison de Lancastre.
Cependant Henri ne tarda pas à s'apercevoir qu'il est plus facile de s'emparer d'un trône que de le conserver; car à peine y fut-il assis, qu'on lui donna le titre odieux d'usurpateur, et que la captivité du malheureux Richard éveilla dans les esprits un intérêt semblable à celui qu'il avait lui-même inspiré autrefois.
Une conspiration se forme contre lui. Le duc d'York la découvre, et accuse le comte d^Aumerle, son propre fils, d'en être un des chefs. Le nouveau roi, Henri IV, accorde au comte son pardon , et fait exécuter ses complices. Rien ne trouble plus sa félicité , qiie la dissipation et la mauvaise conduite de son fils , et la crainte de quelque nouvelle conjuration. 11 manifeste cette ' dernière crainte devant Exton, seigneur anglais qui lui est attaché, et qui, pour lui prouver son zèle, court à Pomfret poignarder le roi Richard , l'enferme dans un cercueil, et l'apporte aux pieds de Henri. Ce prince accable l'assassin d'imprécations , l'exile à perpétuité, et fait vœu d'aller dans la Terre -Sainte , expier le crime dont il a été la cause involontaire.
Le drame que nous venons d'analyser embrasse les deux dernières années du règne du roi Richard. Il commence en 1398, lors de l'accusation de trahison intentée par Bolingbroke contre Mowbray, duc de Norfolk, et se termine au meurtre de Richard, au chÀteau de Pomfret, en 1400. Shakspeare
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l'écrivil en 1597 ; il en tira les principaux matériaux de la chronique de Hollinshed , et copia presque littéralement plusieurs passages de cet auteur. De ce nombre est le discours de Tévé^ que de Garlisle, pour défendre le droit inaliénable du roi Richard, et pour soutenir qu'il n*était justiciable d'aucune juridiction humaine. Les faits historiques de cette tragédie sont par conséquent exacts; car, malgré les préjugés lancasteriens de ceux qui ont célébré son règne , Richard était un prince faible et inhabile à gouyemer. Il ne manquait pas de capacité , mais point de jugement solide ; son éducation ayait été trèsnégligée. 11 était violent par caractère , prodigue et dissipateur^ ami d'une vaine représentation , livré à ses favoris et recherchant la société de gens de basse extraction: malgré cela, ses malheurs l'emportent sur ses défauts. Le docteur Johnson fait observer qu'on ne peut pas dire de cette pièce qu'elle touche beaucoup les passions ; mais il est impossible de voir sans attendrissement l'abjecte dégradation de cet infortuné monarque.^ Où peut-on trouver une combinaison de circonstances plus pathétiques, que celles dont Shakspeare a enveloppé la courte carrière de Richard, depuis son débarquement dans le pays de Galles jusqu'à sa mort à Pomfret? Si l'amertume de son chagrin, quand il est abandonné par ses amis et bravé par ses barons; si son humiliation et sa patience, quand il est insulté par la populace, et salué des hommages moqueurs de son rival; si la grandeur des sentiments qui relèvent au-dessus de la conscience de sa faiblesse ou de son impuissance physique; enfin si sa résistance héroïque, quand il est attaqué par ses assassins, ne sont pas propres à émouvoir les passions ou à agrandir l'entendement, quel tableau dramatique pourra y parvenir 7
La faiblesse du roi nous fait prendre le plus vif intérêt aux malheurs de l'homme. Après le premier acte où le despotisme de sa conduite prouve seulement son défaut de résolution, nous le voyons chancelant sous les coups de la fortune qu'il n'a pas su prévoir, regrettant la perte de son autorité , sans essayer de la prévenir, cédant au génie ambitieux de Bolingbroke, son autorité foulée aux pieds, perdant toute espérance, laissant fléchir et briser son orgueil sous des insultes et des injures que sa mauvaise conduite a provoquées , mais qu'il n'a ni le courage ni la force de venger. Le changement de ton et de conduite des deux compétiteurs au trône , suivant leur changement de I. 34
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fortune 9 depuis la capricieuse sentence de banfiôssenient pro-» noneée par Richard contre Boling^roke; les offres suppliantes et lès modestes prétentions de celui-ci à son retour, jusqu'au ton élevé et arrogantavec lequel fiolingbroke reçoit de Richard son abdication de la couronne; ce roi dépossédé qa'il fait servir à orner sa marche triomphale à travers les rues de Londres, et enfin rexprèssion du désir de la mort de ce prince, qti'il laisse échapper, et qui trouve aussitôt un serviie exécuteur ; tout cela est fendu avec une vérité et ime facilité parfaites.
Le droit que s'arroge le souverain pouvoir de se jouer du bonheur des autres, comme d'une afftiire sans importance, ou de se relâcher de Texercioe de son autorité , comme par faveur, se montre d'une manière ft*appairte, tant dans la sentence de bannissement si injustement prononcée contre BoUngbroke et Movbray, qne dans ce que dit BoUngbroke, quatre ans après son bannissement, avec aussi peu de raison •
Les caractères du vieux John de Gaunt et de son frère York, oncles du roi , l'un sévère et prévoyant, l'antre honnétie et d'un bon naturel» sont bien soutenus. Le discours du premier, à la louange de l'Angleterre, est un des plus éloquents qui aient jamais été écrits.
Mais le rôle de Richard lui-même donne à la pièce leprinci^ pal intérêt. Sa folie , ses vices , ses malheurs , sa répugnance à abandonner la couronne, sa crainte de la garder, ses regrets^ ses larmes , ses accès de passion , sa majesté qui s'est évanouie^ passent successivement sous nos yeux» et forment un tableau aussi naturel que touchant. Un des passages ks plus pathétiques est celui où il s'écrie : n Que ne suis^je un roi de neige pour » fondre devant le soleil de Bolingbrokel x>
Henri, comte de BoUngbroke, fait sur son exil les réflexions suivantes :
<f Quel long espace de temps renfermé dans un mot si court i » quatre mortels hivers, quatre joyeux printemps, finis par ce » seul mot! telle est la parole des rois! j»
Gaunt, duc de Lancastre, dit au roi Richard qu'il est déjà trop, vieux pour voir le retour de son fils.
-•a Pourquoi, mon oncle, reprend Richard ; tu as encore pludeurs années à vivre*