‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 120 sur 153 · SUR HENRI VL— !'• PARTIE · texte numérisé non relu

SUR HENRI VL— !'• PARTIE

peindre dignement cette victime du fanatisme, et Ton ponrrait ajoater de Tamour -propre humilié de ses compatriotes.

L'inexactitnde des détails historiques n'afiectènt que très* faiblement les lecteurs superficiels ; elle ne diminue pas le plaisir que leur fait éprouver le récit de la scène. La poésie s'adresse aux passions ; et Timagination, en vraie magicienne, lui prête ses charmes les plus puissants, soit pour les exciter, soit pour les dompter. Il est beaucoup de lecteurs qui ne connaissent lès grands événemens de l'histoire que par le drame ou le roman : il est souvent difficile d'eSacer de leur mémoire des impressions qui altèrent la vérité historique. Un héros ou un scélérat, vus dans leur vie privée, perdent souvent une portion de l'éclat ou de l'horreur qu'ils inspirent. Il est donc important de séparer la vérité de la fiction dans les productions de Shakspeare, surtout dans les pièces historiques, où il a déployé ses talents transcendants.

Talbot est une esquisse magnifique. Le portrait de ce gaerrier présente à la fois une figure formidable et monumentale. La scène dans laquelle il visite la comtesse d'Auvergne, qui cherche à le surprendre, est très-animée ; la description qu'il fait du traitement qu'il a éprouvé, pendant qu'il était prisonnier des Français, n'est pas moins remarquable. Il en est de môme de la belle scène entre Talbot et son fils, auprès de Bordeaux.

TiUbot, — - Jeune Talbot I je t'ai demandé pour te servir de maître dans l'art de la guerre, afin que le nom de Talbot puisse revivre en toi, quand les glaces de l'âge condamneront ton père au repos. Mais, 6 fatale étoile , destin envieux , tu es venu aujourd'hui pour une fête de mort , pour un terrible et inévitable péril. Cher enfant I remonte sur le plus léger de tes chevaux; je t'enseignerai le moyen d'y échapper par une prompte fuite ; allons , ne difiëre plus, pars.

Jean Talbot. — - Talbot n'est-il pas mon nom? ne suis-je pas votre fils? et je fuieraisi ahl si vous aimez ma mère, ne déshonorez pas sa réputation , en faisant de moi un bâtard et un infâme ; l'univers dirait : Il n'est point le fils de Talbot, celui qui a fui lâchement quand son noble père est resté.

TM. — Fuis , pour venger ma mort , si je suis tué.

J. TM. — Qui fuit le combat, ne le cherchera jamais.

ra/6. — Si nous restons tous deux, nous sommes sûrs de mourir.

5ê2 NOTIGB

/. Ja/6. -^ Eh bien I laissez-moi seul ici, et, voos^ mon père^ sauvez-vpiis. Yolfe mort setaît une perte immense, unéiB que mon mérite étant inconnu , en me perdent on ignore ce qu'on perd; les Français tireront peu de. gloire de mon trépas , ih sesaient fiers du vôtre ; arec vous s*éyanoaiasent tontes naa espéMMices, et la ftiite ne peut ternir la gtotre* que vous avez acquise : elle me déshonorerait ; car je ne me sois encore signalé par aucun exptoâ , au lieu qu'on pourra affirmer que si vous avez M, c'était pour vaincre un jour. Quant à moi, si je recule y on dira que c'est de peur, et que l'on ne saurait eroire que je tinsse ferme svtr le champ de bataille , puisque je me sauve au premier danger . Mon père, c'est à vos genoux qœ je demande la mort , plutét qu'une vie conservée par l'infamie»

TtUlh -^ Quoi! toutes, les espérances de ta mère avec toi descendront au tombeau?

J. TtMé — Oui , plutôt que de déshonorer le sein qui m'a porté»

Talbt -f- Far ma bénédiction , je fordenne de partir.

J» 2te/k — Pour combattre l'ennemi , mais non pour le fuir.

IW(. -^ Tu peia sauver en toi une partie de ton père.

J. Tall^-^e ne sauverais de mon père rien que je ne déshonerasse.

Ttmk^ -mNfajraiit encore aequip aucune gkiîrey tuntt^saarais laperdce.

J* Tatk^-^Ei votre glofieiix nom> irairje le flétrir en foyant?

Ja/fci -r* L'ordre de ton père t*aèsofidra do reproche.

J* Ja<(. -^ Pourrez* vous rendre témoignage pour moi, quafid vous ne sevea phis? SI la mort est inévitable , fuyons e»seiBible«

Talb» ^ Que j& laisse mes compagnon» d'armes combattre et DjkourHr I jamaîs^ une telkr honte ne sou illera ma vieillesse.

/. Talèk -«- Bt. ma jeunesse n'en seraît-elle pas souillée ? noa^ il n'est: pas plus posnble de séparer votre fils de vous, que vous ne pouvez vottS<séparer de vous-même; restez, fuyez je veux vous imiter eQ tout ; et, si mon père meurt, je saurai mourir avec kii%

Joift. -* Mon noble fils, tu es né pour voir ta via s'éteindre avant la fin.de ce jour; allons vivre et mourir, l'un à c6té de l 'autre, et que nos deux Âmes inséparables s'envolent vers le cieL

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Talbot, après avoir loué la valeur de sou fils dans le combat, s'écrie :

— « Dis-moi, unique sévÊbï iê vtutipére, n*es-tu pas fatigué? comment te trouves-tu, mon enfant? veux-tu quitter ce champ de bataille et te sauver ^ mAînteiuinl que 4a voilà dignement reçu chevalier ? fuis , pour venger ma mort , quand je ne serai plus ; le secours d'un homme est peu de chose pour moi> et c'est trop de folie , que de hasarder tous deux notre vie sur une seule et chétive barque. Si je ne tombe pas aujourd'hui sous les coups des Français, je mourrai demain de vieillesse ; ils ne gagnent rien par ma mort; en restant ici, je n'abrège fna tîe que <f un joiitf ïftaîs en toî trioUrrôné ta mèl*e, lôfejeton, ie nôftide ùôtre fatftfflé, mat véngeandè, ta jeunesse, et !a giaîte de l'Anglefefi'e. Vôîîà, A in fentes', tout ëe j!jûe nous hasàfdoûs, et bieri JiïuS êtic6të; VoîTâ, sî tu veiix fuir, tout ce Qui Sera sauvé.

J. Talb. — t'épéé d'Ôfléàns ne m*a fait aucun mal, mais" tôs paroles font saîgnef hïoh cœur 5 quel avantagé retîreraî-jé d'un tel opprobre , que celui de traîner une vie misérable , et de sacrifier une éclataùte renommée ? Avant que ïe jeune talbot fuie loin de son vieux père , que le lâcfie coursier qui ïûe porte tofiofbe , meure et me laisse à pied , comme de vils paysans, êû butte aitx niêpiU , en pfoie à tous Tes iiiâîhettrs f Oui, pBt (otftéfôt gldte que tods avei^ àcquîsé, ^ je fûîs, je ne suis pas totre fild; ùe tUe paffez donc' pliïs dé fuite ^ car, je' le dis encofé, sî je suis te filsf dé' Tâfbot, je dois mourli' aùi pieds de inoù péte.

Talb. — Eh bîen f suis donc ùù pèfe âù dé§éôpoîf..... ta vïe m'est bien chère; puisque tu veux combattre, cotfibals à côté de mol, et , après que tu te seras illustré, mourons tous deux fièr^emeiït. a

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