CYMBELINE
TBAGÉDIE.
Cymbeline, souverietîn qni commande à la Bretagne, mais qui obéit i sa femme, décoavre que la belle Imogèiie, sa fille du premier lit, s'est unie en secret à Posthumns, jeune seigneur de la cour. Animé par les instigations de la marâtre, il sépare les deux époux. Dans son exil, Posthumus rencontre un Romain, lachimo, qui, pour subjuguer Imogène, ne demande qu'un moyen des'inlrodniro auprès d'elle. Un pari s'engage. lachimo'
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pari, se prélemé à la jenAé prinèMit comifle mi kmi de son époaxy et 9 après avoir oaaayé Tainement de la 9èdttirey par- Tient sous un préteste I lui faire reeetoir peur une nuit un coffre dans sa chambre à coueher. Dès qti'elle repose, le couvercle du coffre se sotilère ; lachimo en sort , obsertr^ l'Ameublement, la disposition de la chambre, et, payant à dtl examen plus doux, prend note d'an Si^e naturel empreint ftur le corps de la belle endormie. Revenu près de Posthunitis, Il l'accable des preuves, en apparence Irrécusables, de la trflhiïoti de sa femme. Posthumus cbargp pn sarritepr dévoué, Pisanio, du soin de sa vengeance. Trop fidèle à son maître pour lui obéir cette fois , Pisanio » loin de frapper Imogènoy lui daqne les moyens de se déguiser-eii jeune page» pour entrer ainsi eu service d'un général romain envoyé contre laBretagnef et se rapprocher de Posthnmiis qui sert dana l'armée d'invasion. Mais Je malheureux époux, qui^ sur la nouvelle de raslaasitiat de sa femme, se repent trop tard de sa eruautê, voulant expier ses torts envers Gymbeline, passe du camp des RomafaiB dans celui des Bretons, qu'il fait triompher par sa Valeur^ et dont ensuite il feint d'élre l'ennemi, pour être immolé par eux. On l'amène devant le roi avec plusieurs prisonniers romains, parmi lesquels le sort a rassemblé le tsattre lachimo et Imogène sous son déguisement. Une soudaine sympathie parle à Gymbeline en faveur du jeune page, qui en profite pour forcer lachimo h Taveu de ses perfidies. Les deiix époui^ s^ font alors reconnaître au roi, qui, n'étant plus en puissance de femme, reprend le droit d'être père, et bénit leur union.
Un rapprochement involontaire s'établit entre Imogène et Desdemona, toutes deux victimes d'une injuste jalousie. Ce sont comme deux sœurs^ d'infortune ; on ne peut méconnaître leur ressemblance) mais chacune a pourtant sa physionomie distinctive.
V .... « Faciès non pmnibos una, Nec diversa tamen, qualem decet esse aororam. (Ovio. Met4ipu IL)
, Signalons d'abord cette grande diversité du climat : |'upe est l'amante du Midi, l'autre celle du Nord.
La Vénitienne obéit à un sentiment presque exceptionnel, ou du moins bizarre, et en dehors des sympathies ordinaires*
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Étranger à la race, au pays de Desdemona^ ce n'est point par lès yeux que le More Ta séduite, c*est par les oreilles , c'est avec le récit de ses dangers, de ses exploits. L'imagination 8*est chez elle enflammée avant le cœur, elle a aimé le héros avant l'homme. Gomme toutes les natures enthousiastes, elle sera, pour appartenir à son amant, capable une fois d*un grand effort ; mais bientôt son énergie fera place ft l'indolence ttiéridionale, elle restera passive jusqu'à la mort, n'opposant à l'affliction, aux pressentiments les plus sinistreS| que ses larmes et ses chants mélancoliques.
Aht qa*il n'en va pas ainsi avec la fille de la firetagne! Sa passion est, il est vrai, moins poétique à son origine. Elle a aimé Posthumqs tout simplement parce qu'il était aimable. Quoi de plus vulgaire? l'éloigne-t-on d'elle ; là point encore d'élan hardi, frénétique; lion^ une tristesse intérieure ^ un adieu touchant, on serment de fidélité ; voilà tout.
Est-ce donc là le début d'une héroïne de tragédie f et pourtant, cette nature plus tendre qu'exaltée,.vons allez la voir, dans toutes les épreuves qui Tattendent, déployer une activité persévérante, ingénieuse, et,loinde s'abandonner à elle-même, reconquérir à la fin son propre bonheui*, 0t , bien plus encore, le bonheur de l'objet aimé.
Telle est la figure si simple qu'a devinée le poète, et dont lé charme est doublé (jal* cette simplicité même, tmôgène est prés du trône ce que la Jeanie de Waiter i^cott est dans une humble fei'me. Les circonstances, le mobile sont différents ; le caractère est au fond le même.
De l^ensemble ravissant du personnage, passez aux détails plus ravissants encore ; voyez avec quelle délicatesse le poète lés a nuancés! Combien de grâces n'a-t-îl pas su y répatidre, pour vous initier à la pureté de ce cœur d^élitet Tl ira jusqu'à soulever les rideaux. Jusqu'à trahir les plus intimes mystères du lit conjugal. « Souvent, fera-t-il dire à t'osthumus, souvent » elle modéra mes transports légitimes ; et comme la colo- D raît alors l'incarnat de la pudeur t Elle semblait aussi chaste » que la neige avant d'avoir reçu les caresses du soleil. »
Cette chasteté voluptueuse, n'allez pas la prendre pour de la froideur. Le poète ne veut pas que vous vous y trompiez. Non, non ; il aura des traits d'une vérité saisissante pour vous faire
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sentir Timpression profondément douloureuse produite sur îmogène par l'exil de son époux.
Racine a, dans quelques vers pleins d*àme et de mélodie^ résumé les peines que Tabsence impose à deux amants :
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons- nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de tous; Que le jour recommence, et que le jour finisse. Sans que jamais Titus puisse roir Bérénice, Sans que de tpnt le jour je puisse Toir Titus?
Mais cette amertume du désespoir , elle ne s^ofTre ici qu*en perspective, et , pour ainsi dire, amassée par le cœur à force de temps. Imogène, au contraire, c*cst dès la première heure qu'elle développe toute sa capacité de souffrir. La passion peut-elle trouver un langage plus vrai, plus palpitant, que dans cette scène où Pisanio vient raconter à l'infortunée le départ de Posthumus? Gotnme elle demande avidement quelles furent les dernières paroles de son mari , au moment où le vaisseau l'emportait? Quel cri, lorsqu'elle apprend qu'il agitait et baisait son mouchoir! a Insensible tissu, tu étais plus heureux JD que moi. » Et ce regret de n'avoir pas été sur le rivage pour le suivre jusqu'à ce que, devenant par degrés imperceptible, il se fût tout à fait évanoui dans l'air! a Alors j'aurais dé- D tourné les yeux, et pleuré. » Elle n'aurait pas voulu pleurer auparavant ; cela l'aurait empêché de voir I Et puis son impatience, quand elle s'informe déjà de l'époque où elle pourra recevoir des nouvelles de celui qui vient.de partir ; comme elle s'afflige enfin de ne pas loi avoir fait d'assez tendres adieux I d Avant que j'aie pu. lui dire combien je songerais à lui à D certaines heures , et dans quel ordre se succéderont mes D pensées; avant que j'aie pu lui faire jurer qu'aucune femme » d'Italie ne le rendrait infidèle à mon amour et à son honneur» ji ou lui recommander de s'unir à moi en prières, au point du n jour, à midi, à minuit, car alors je m'élève pour lui vers le » ciel ; avant que j'aie pu lui jeter le baiser d'adieu entre deux D paroles enivrantes, il a fallu que mon père survint, pareil » au souffle tyrannique du Nord qui tue la fleur dans le bou- » ton. »
Ainsi natt et se développe le magique prestige dont le poète
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a voulu eotourer par avance sa teadre et courageuse Bretonne, qu'il n'expose à toutes les infortunes que pour la réserver à tous les triomphes ; car ne Ta-t-il pas en efifet traitée comme l'enfant de sa prédilection? Regardez Ophelia, Desdemona, Gordelia, Juliette, ces anges d'amour et d'innocence : son génie tragique les pousse de catastrophe en catastrophe pour les immoler à la fin sans pitié. Pourquoi Imogène est-elle plus épargnée au dénoûment ? pourquoi ne la voyons-nous pas , a comme un lis, pencher la tête et mourir (t]? » Ne dirait-on pas qu'après lui avoir prodigué tant de qualités aimables, il s'est pris pour elle, d'voe affection plus intime, et qu'au moment de la frapper comme les autres le cœur lui a failli? Elle vivra donc, heureuse exception pour les héroïnes tragiques, elle vivra pour dompter le sort , apaiser son père, confondre ses ennemis, et délivrer son époux d'un double supplice, les soupçcins et les remords.
Nos vieux romans de chevalerie n'en ont pas autant fait sans doute pour la belle Euriant, dont la situation principale a tant de rapports avec celle d'Imogène. Ce souffle créateur, qui donne la vie et la réalité à des êtres éclos dans l'imagination, la nature ne l'avait pas jeté en partage à des chroniqoeurs vulgaires. Âassi nous est-il permis de le croire, quand Weber, ce grand poète en musique, répandit sur la mattresse de Gé^ rard deNevers le trésor de ses mélodies, ce qui Va vait surtout inspiré, c'est le souvenir de la fille de Gymbeline, s'offrant àlui parée de toute la poésie d'un Shakspeare,
Paul DUPORT.
CymbdiM e^t une des plus charmantes pièces historique^ de Shakspeare. C'est un roman dramatique , dans lequel les parties les plus saiUanles de l'iûstoiresont dialoguées, et les circonstances intermédiaires sont expliquées par les interlo* cuteurs,. suivant que l'occasion Texigç. L'action est, par conséquent, moins resserrée. La lecture de cette pièce est comme celle d'un voyage dont le but est incertain, et dans lequel Tat-
(i) -.-.,.. like the lily,
m haDg my head, and perish.
SaAKSMASB ) Henri VUI» acte m, scène u.
tenlion est suspendue et augmentée par le§ longs intervalles qui se trouvent entre chaque action. Cependant ta chatne qui lie les intérêts divers de l'histoire n'est jamais rompue. Les incidents éloignés et fortuits en apparence sojit conduits de manière à rendre lé développement de la catastrophe plus complet. La facilité et Taisancè avec lesquelles elle arrive font paraître Thabileté de l'auteur plus merveilleuse. Nous n'en pouvons donner que c^uelques passades.
Le scélérat lachîmo, après s'être fntrodcrft dans l^ppvlofneirt tl'Imogène, t^aperçoH endormie, et s'éerle :
-^aO sommeil, im«ge de U mwttf appe^aatM^-toi «urelle» et, » reod^^a imeosMe eemuoe le «lomtnieot pteeé4aos itae chch » pelle! Yieosàmoi» viens. >UMi fiieil^qve le nopud gordien » rétait peu, il est à moi, et ce bracelel ser« un iémeia visible, » aussi fort que la eonadeneei potH* éésespérer son é^ofix. Ah f » son sein gauche est empreint; d'une étoile à ci«q rafoas, m pareUie ans g^nties 4e pourpre qm briUeat 4aBs le calien » d'une prîttievère. Veiji uoe preuve au-dejssos d^s plus fortes D prewvee «tue puîsseiil; jamais aecpiérir tes lois qq^miQB» Cea ;» signes eaefaés le forceront de croire fue j'ai rm le tiésojr » de ton lio«»ear« Que me faatpil de plus? »
Posthumusy trompé par les perfides calomnies de lachimo, fait éclater ainsi sa jalousie :
— a Ohl v^geapcçy v^geance I La perfide! souvent elle » mettait un frein à niés légitimes ardeurs; elle implorait » Tabstinence avec une rougeur si pudique que, dans ces insf» tants , sa rue seule eût réehadM; la vieiflesse. Je 4a «era^ais » chaste comme la neige nouvelle qui n'a point eneeèe senti
» l'atteinte du s(^eil 9i |e poava^ déeottvdr en moi ee qA
» appartient à la femme ! car l'homme n'a peint en lui de » penchant pour le vke, qu'il ne vienne de la femme. Se falt*ll D un mensonge, il vient de la femme ; quelque iatterle, ^te est r> d'etle; quelque perfidie, c'est ^leore <k'elle« Ambition, ea« D pidité, orgueil, dédain, caprice, médisance, inconstance, D enfin tous les vices qui ont un nom et que l'enfer connaît, » viennent de la femme, en tout ou en partie; oui, en tout. » Ëllesne sent pas «éma 4Pons»antoa4an8 un vice; elles en
SUR QYMBSLINE. %m
» ohaiigtiM sans ecsse^ quittaDt tenjours l'ancien povr un plus » nouveau. Je veux écrire contre eîtes) je les délesie; je les » maudis. Oh! c*est avoir pour elles une haine véritable et in- » dustrieuse que de prier le ciel d'accomplir (eàr tolcrnté ; le » diable lui-même ne pourrait mieux les tourmenter, i^
Iini»9èB«, «B apppéBtnt )e déMrqMHWBt de PotlbamiM^ s'écrie :
— « Oh I un cheval avec des ailes t L'éntends-tu, Pisaniot IT » est au havre de Milford* iia> et apprends-moi à quelle dis- » tance nous sommes de ee lieu. Si un homme qui n'est appelé D que par un léger intérêt peut la parcoiu'ir en une semaine, » ne pourrais-je, moi, y voler dans un jour? o
Lorsqu'Imogène apprend de quoi elle est accusée :
•^ « Infidèle à sa cooehel Qu'est">ce qu'être inâdMef Est-ee d'y veiller les nnîts en sengcaot 8«aa cesse à lui , d'y pleurer teintes les heuics? El > si le sommeil saisit k natufe acèaèlée, riaterronifire aosaitdt par un rêve efGraya»! deot lui seul est l'objet, et me réveiller ca poussant un cri, esv^e être in<ft fidèle^
jP^kui^. -<» Hélas ! verlueuse deiae 1
Im^g*'^ Moî infidèle 1 ta eonscience en est téoiaino. iaehimo^r tu l'aoottsaa d'i«fidélité« et dèa lors tu pajus à mes yeux ub lAehe; aujourd'hui te» traits me semblent »t<H«i hideux. QvteU que eounisaoet d'Italie Vaura trahi y et anoi, malheureuse, je» ^e suia plus q«'tt9e foonme surannée , im féteasent patte de mode» %fe^ riche peuir être suspendu négtigaafuneot aïo: um^ raiUea y et qu'U vaiH mieiuii découdre, aiettre e» piècce. Ob ! les serments des hommes. seo>t dea Irailifaa.qui pi^tii leÉ femmes I Ta coupable inconstance va faire croire que toute apparence vertueuse n'est que trahison , étrangère au visage qui remprunte, et piège tendu aux femmes.
PUan» — Ma chère maîtresse , écoutez-moi.
iaio^^-r- Jadis» après la tr<Aison d'Enée, toua les amants fidèles furent cirus perdes comme lui..*, St VfM»% hfjauél^ Jfiy sanio, que ferai-je pendant ce tempMà? ^i^ bs^terai-je ? comn ment vivre ? ou quelle consolation aurai-je dans la vie, après que je serai morte pour mon époux , et lui pour moi?... Oh! pour arriver là, je braverai tout, excepté la perte de mon bon-
(m . NOTIGB
Heur... Ué bien , épargae les paroles : je vois ton but, et d^à je me sens presque on homme »
Imog. {seule.) — a Mon cher époux , et toi aussi es-tu du
nombre des hommes perfides? Maintenant que je songe
à toi f ma faim est passée ; il y a un moment , j'étais prête à suecomber d'épuisement. Mais que ¥018-101 un sentier me mène à cette caverne; c*est que1?ine repaire sauvage : je ferai mieux de ne pas appeler. »
f mogène, déguisée en jeune page^ accepte l'hospitalité qu'Arviragus et Guiderius lui ont offerte. Ceux-ci, la croyant morte, la pleurent dans ces accents enchanteurs :
Àrvir, r- « EHo est morte, la colombe tant chérie de nous f J'aurais mieux aimé, passant d'un bond de seize ans à soixante, avoir changé ma souple jeunesse contre le bAton du faible vieillard, que d'avoir été témoin de cette mort.
Gmid, — O le plus beau, le plus tendre des Hs I penché sur tes bras de mon frère, ta n'as pas la moitié des grâces que tu avais, lorsque tu te soutenais toi-même.
Arvh'. — Oui, tant que l'été durera, tant que je vivrai dans ces lieux, Fidèle, je viendrai parer ton triste tombeau des plus belles fleors. Jamais tu ne manqueras de ces primevères qui ont la douce pAleur de ton visage , ni de jacinthes azurées comme tes veines, ni de feuilles d'églantine dont le parfum em, .moins doux que ton haleine. Le rouge-gorge lui-même , dont la pitié faH affront à ces riches héritiers qui livrent à la terre lenrs pères sans monument, viendrait t'apporter cea fleurs dans son bec charitable, et protégerait les restes contre te froid par un vêtement de mousse. »
N. B. On trouvera les Notifies sur TroUu$ et Çre$sida et Timùn d'Athénée, dans celles sur les drames antiques qui précèdent la tragédie de Jule$ César.
SUR LES 1)EUX GENTILSHOMMES, etc. m