‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 128 sur 153 · SUR BEAUCOUP DB BRUIT POUR RIEN · texte numérisé non relu

SUR BEAUCOUP DB BRUIT POUR RIEN

Béatrixaura le plus vivement poarsuivi de sea sarcasmes. Bé* nédick, jeune seigneur de Padoue, Tun des favoris de don Pô^ dre, prince d* Aragon, est le point de mire de Thumeur railleuse de Béatrix. Si on vante la bravoure de Bénédick, elle répond que ce jeune seigneur c'est un héros qu'à table et qu'il a un vaillant estomac; à ses yeux les amitiés de Bénédick ressemblent à son chapeau qui change de forme à chaque nouveau moule ; lorsqu'on lui parle de Claudio, jeune seigneur florentin, devenu le nouveau f^re d'armes de Bénédick, elle plaint Claudio, «r Bénédick, dit*elle, va s'attacher à lui comme une maladie; on le gagne plus promptement que la peste, et quiconque en est pris extravague à l'instant; que Dieu protège le noble Claudio I < Si par malheur il est prit dû Bénédick, il lui en coûtera mille livres pour s'en guérir, h Béatrix appelle Bénédick le bouffon du prince, et le déclare insipide comme un grand dégel. De son côté, le jeune seigneur de Padoue riposte autant qu'il peut, et soutient la guerre que lui fait la nièce de Léonato; il rend à Béatrix saillie pour saillie, injure pour injure, et dans cette pluie d'impertinents propos, la bouche de Bénédick n'est pas la première à tarir* Parlant un jour à don Pèdre de son aversion pour Béatrix, le jeune seigneur dit qu'il aimerait mieux aller cherchei* au prince un curèrent aux dernières hmites de l'Asie, aller prendre la mesure du pied du prêtre Jean, ou arracher un poil de la barbe du grand Kan, que de supporter un entretien de trois mots avec Béatrix, (pi'il appelle une harpie. Voilà pourtant les deux personnages qu'on veut amener à s'adorer. Don Pèdre, Léonato, Claudio et sa jeune fiancée Héro conduiront cette difficile entreprise. Héro se charge de parler au cœur de sa cousine Béatrix ; les autres amis se chargeront du cœur de Bénédick.

Héro avait mis dans sa confidence Ursule et Marguerite, ses femmes; un jour, dans son jardin, décidée à commencer son rôle , voulant exalter le mérite de Bénédick et le plaindre de son malheureux amour pour Béatrix, elle envoie Marguerite auprès de sa cousine; sous le semblant de l'indiscrétiou, Marguerite devait avertir Béatrix que Héro , seule avec Ursule , tenait sur elle d'intéressants propos; elle devait l'engager à venir se cacher dans un berceau entouré de chèvrefeuille pour mieux écouter cet entretien qui la touchait. Béatrix gagne furtivement l'entrée du berceau, et là, immobile et muette

sous un toit d'aubépine , elle prête Toreille à des révélations dont son cœur est troublé. Ce pauvre Bénédick ! être si tendrement aimée de lui et l'avoir pendant si longtemps accablé de ses railleries I La jeune cousine dit secrètement adieu à ses dédains, à son orgueil de fille, qui ne mènent avec eux aucune gloire, et promet silencieusement son amour à Bénédick. Quant à celui-ci , il était chaudement travaillé par don Pèdre, Léonato et Claudio; on lui persuade que Béatrix se meurt d'amour pour lui; d'heure en heure son cœur change, et quand les deux personnages se rencontrent après ces premières révélations, leurs manières et leur langage ne sont plus les mêmes. Béatrix et Bénédick s'aiment et n'osent se le dire; ils implorent et maudissent l'amour ; comment parler de tendresse , comment se raconter les peines et les larmes des nuits sans sommeil, lorsqu'on s'est poursuivi, détesté, déchiré? comment croire à Tamour après une aussi longue antipathie?

Le choix de la situation pour le moment des aveux nous découvrira tout ce qu'il y a de bonté dans le cœur de cette fière Béatrix. Héro a été calomniée d'une manière infâme ; au pied de l'autel où elle va s'unir à Claudio > elle est honteusement repoussée ; Claudio , qui s'est laissé tromper par Timposteur don Juan y révèle en pleine église le prétendu déshonneur de la fille de Léonato. Béatrix, tendrement attachée à sa cousine, jure sur son Ame qu'Héro est victime |d'une atroce calomnie ; elle promet tout à celui qui saura venger la noble fille d'un pareil outrage. Bénédick se présente, et c'est alors qu'il lui déclare qu'il n'aime rien au monde autant qu'elle , ajoutant qu'un tel aveu doit lui sembler bien étrange ; Béatrix laisse échapper aussi son amour , en défendant à Bénédick d'y croire , quoique pourtant cet amour ne soit pas un mensonge. Bénédick provoque Claudio ; là doit s'arrêter son courageux dévouement ; l'innocence d'Héro a été reconnue, et Claudio a versé des pleurs sur sa funeste méprise. A la fin, lorsque Bénédick et Béatrix sont près de s'unir, l'embarras de leurs querelles passées vient percer encore à travers l'expression de leurs sentiments; tous deu;L disent qu'ils ne s'aiment pas plus que de raison ; Bénédick n'épouse Béatrix que par pure compassion ; Béatrix ne veut pas lui faire essuyer un refus; si elle l'accepte pour mari , c'est tout simplement pour ne plus se donner la peine de résister à ses fatigantes importunités, c'est pour lui sauver la vie, car

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