SUR BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN
on lui a assuré qu'il périssait de consomption. Bénédick, décidé à prendre femme , s'inquiète peu des épigrammes du monde contre les maris; s'il lui est arrivé à lui-même de se moquer du mariage, on ne doit pas pour cela le railler; l'homme est un être changeant, c'est là sa conclusion.
Lo caractère de Béatrix^ peint avec les plus riches couleurs, est une attachante et curieuse variété dans la poétique famille des femmes de Shakspeare ; il se développe avec un grand naturel, avec un art supérieur, et cette création est une de celles qui annoncent le plus à quelle profondeur le poète avait pénétré dans le cœur humain. On sourit, comme à une chose simple et vraie , à la situation de Béatrix poussée dans le berceau d'aubépine et de chèvrefeuille pour écouter ce qui se dit sur elle. On est touché, on s'intéresse à l'orgueilleuse Béatrix, lorsque, pressée à l'église par les instances de Bénédick, elle répond : • « Je n'avoue rien, je ne nie rien, je m'afflige pour ma cou- » sine. » Béatrix est le type de la femme du monde spirituelle et légère ; qui se moque à tort et à travers, tranche sur toute chose avec une facilité brillante; juge , domine, épouvante par l'audace de sa verve railleuse, et qui, un beau jour, devient une faible femme se débattant vainement sous le charme de celui-là même dont elle avait fait son cruel et gai passe-temps. I! y a certainement beaucoup d'esprit, beaucoup d'amusantes saillies dans la peinture de ce caractère. Toutefois on peut observer que la muse anglaise n'est pas dans la pleine vérité de son génie quand elle veut exciter le rire ; elle est toujours bien plus admirable quand elle veut exciter la terreur ou faire couler nos larmes.