Scène I. JULES GËSAR
demandant que Publius Gîmber obtienne à l'instant la liberté de revenir.
Cé$, — QuoiyBrutusI
Ca$s. — Pardon , Gésar^ pardon I Gassius s'abaisse jusqu'à tes pieds pour demander que Publius Gîmber soit délivré de son exil.
Ces. — Je pourrais être ébranlé si je vous ressemblais. Si je pouvais supplier pour émouvoir, je pourrais être ému par les prières. Mais je suis immuable comme l'étoile du nord, qui pour sa qualité fixe et constante n'a point de compagne dans le firmament. Les cieux sont pleins d'un nombre infini d'étoiles brillantes ; elles sont toutes enflammées, toutes étincellent ; mais il n'y en a qu'une qui garde constamment sa place : ainsi dans le monde. Il est assez peuplé d'hommes, tous formés de chair et de sang, sujets aux mêmes impressions; mais, dans le nombre, je n'en connais qu'un seul qui sache se tenir à sa place, inébranlable et immobile (4i)» Get homme , c'est moi ; je veux en donner une légère preuve, même en ceci : c'est parce que je suis ferme que Gimber a dû être banni, et je demeure ferme en voulant qu'il reste dans l'exil.
Cinna, — 0 César !
Ces. — Loin de moi I veux-tu soulever l'Olympe î
Dec. — Grand Gésar !
Ces, — Brntus n'a-t-il pas fléchi le genou en vain?
Casca, — Que mon bras parle pour moi 1
(Gasca frappe Gésar au cou. Gésas lui saisit le bras. Il est alors frappé par plusieurs autres Conjurés, et enfin par
MABCUS fiRUTUS*
Ces. — Et tu Brute (42)! Meurs donc, Gésar I {Il meurt. Les SéïMteurs et le Peuple se retirent en désordre.)
Cinna. — Liberté, délivrance I La tyrannie est morte. Gourez 1 allez le proclamer, le crier dans toutes les rues !
Cass. — Quelques-uns aux tribunes publiques I Allez et criez : Liberté , délivrance , affranchissement t
Brut. — Peuple et sénateurs, ne vous effrayez point, ne fuyez point, restez à vos places I La dette de l'ambition est acquittée.
Casca. «— Allez à la tribune , Brutus I
âao JULIU9 CESAR. ACT llf.
Dec, And Gaishis too«
Bru. Where's Publias?
Cin, Hère, quite confounded wîth this mutiny.
Met, Stand fast together, lest some friend of Cesar's Should chance
Bru, Talk not of standing — Publius, good cheer; There îs no harm Intended to your person, Nor to no Roman else : so tell them, Publius,
Cas, And leave us, Publius ; lest that the people, Rushing on us, should do your âge some mischief.
Bru, Do so;— and let no man abide this deed, But we the doers.
Reenter Tabbûnivs.
Caê. Where'i Antonyî
T)re, Fled to hfs house amaz'd :
Men, wives, and children, stare, cry out, and run, As it were doomsday.
Bru. Fates I we will know your pleasures:— That we shall die, we know ; 'tis but the tlme, And drawing ddys ont, that men stand upon.
Cas, Why, he that cuts off twenty years oJlife Guts off so many years of fearlng death.
Bru, Grant that, and then is death a benefit : So are w&GeAar's friènds, that hâve abridg'd His time of fearing death.>^toopy Romansy ttoop. And let us bathe our hands in Gesar*s blood Up to the elbuws, and besmear our swords : Then walk we fôrlh, e'en to thè market-place ; And wavlng onr red weapons û'ef our headi, Let's ail cry, Peaçc! FreedomJ ar^d Liberlyt
Cas, Sioop then, and wash* How many âges hence, Shall this our lofty scène be acted o'er, in States unborn, and accents y et unkaownl
Bru» How many tim^s shall Gosar bleed in sp^rt, That uow on Ponipey's basis liçs alongi No worthier than the dust !
Cas. So oft aa that shall be,
S€ÈNBl. JULBSCfiSAR. ' m
Dec, — £t Cassius aussi 1
Crul. — Où est Publius?
Cinna. — Ici , tout consterné de ce soulèycment,
if(?l.— Demeurons fermes tous ensemble, de peur qu'il n'arrlye que quelque ami de César
Brut, — Ne parle point de demeurer l — Publius , prends courage 1 On n'en veut ni à ta personne , ni à aucun autre Romain. Annonce-le à tous, Publias I -'
Casê» £t quittez-nous , Publius , de peur que le peuple en se jetant sur bous ne fasse quelque outrage à votre vieillesse*
Brut. — Oui, éloignez-vous, et que nul ne réponde de cette action que nous qui l'avons faite (43)1
Trebonius rentré.
Cass, — Où est Antoine î >
Treb, — Dans sa maison, où il s'est enfui plein d'épouvante. Hommes , femmes, enfants , les yeux fixes de terreur, courent et jettent des cris comme si le monde était au jour du jugement.
Brut, — Destins , nous connaîtrons vos volontés. Que nous devons mourir, nous le savons ; ce n'est que du moment de la mort et du soin d'allonger leurs jours que les hommes s'in* qùiètent.
Cass, — Oui , celui qui retranche vingt ans de la vie retran« che autant d'années de crainte de la mort.
Brut, — Gela convenu, la mort est un bienfait. Nous sommes donc les amis de César, nous qui avons abrégé le temps qu'il avait à craindre la mort. Baissez-vous, Romûns, baissez-vousl baignons nos bras jusqu'au coude dans le sang de César, teignons-en nos épées ! marchons ensuite jusqu'à la place publique, et, brandissant nos glaives sanglants sur nos têtes, crions tous, paix, affranchissement , liberté !
Cciss. — Baissons-nous donc, et que oos glaives soient teints
de sang Combien de siècles à venir verront représenter cette
grande scène , notre ouvrage , dans des empires encore à naître et dans des langages encore inconnus !
Brut. -* Combien de fois verra-t-on couler , par manière de jeu, le sang de ce César que voilà étendu sur la base de la statue de Pompée, de pair avec la poussière l
Casê, — £i chaque fois que cette scène se renouvellera^ on
232 JULIUS CESAR. Act III.
So often shall the knot of us be calFd The men that gave our country liberty.
Dec. Whaty shall we forth ?
Ccu, Ay, every man away :
Bratus shall lead ; and we wtll grâce his heels With the most boldest and best hearts of Rome.
. Enter a Servant.
Bru. Soft, who cornes hère? A friend of Antony's.
Serv, Thus, Brutus, did m y mas ter bid me kneel ;' Thus did Mark Antony bid me fall down; And being prostrate, thus he bade me say : ' Brutus is noble, wise, yaliant, and honest ; ' César was mighty, bold, royal, and loYing : ' Say, I love Brutus, and I honour him ; ' Say, I fear'd César, honour'd him y and lov'd him. ' If Brutus will vouchsafe, that Antony
* May safely corne to him, and be resolv'd ^ < How César hath deserv*d to lie in death,
' Mark Antony shall not love César dead
* So well as Brutus living; but willfollow ^ The fortunes and affairs of noble Brutus,
' Tbrougb the bazards of this untrod state,
' With ail true faith.* So saysmy master Antony.
Bru. Thy master is a wise and valiant Roman; I never thought him worse.
Tell him, so please him come unto this place, He shall be satisfied ; and, by my honour. Départ untouch'd.
Serv. ril fetch him presently. (ExU Servant.)
Bru. I know, that we shall bave him well to friend.
Cas. I wish we may : but yet bave I a mind, That fears him much; and my misgiving still Falls shrewdly to the purpose.
Re-enter Antony.
Bru. Bat hère comes Antony.— Welcome, Mark Antony.
Ant. 0 mighty César ! Dost thou lie so low ? Are ail thy conquests, glories, triumphs, spoils, Shrjink to this little measure? Fare thee well. —
SciNB L JULBS CÉSAR. 233
dira de notre association : Voilà les hommes qui donnèrent la liberté k leur pays.
Dec. — £h bien , sortirons-nous?
Casê. — Ovi, tous, Brutus nous conduira; attachés à ses pas, les cœurs les plus intrépides et les plus vertueui de Rome Tont honorer sa marche.
Un SEHYiT£um mire.
Brut. — Doucement. Qui vient à nous? un seryiteur d'Antoine.
Le êerv» — Brutus , d'après l'ordre de mon maître, je fléchis ainsi le genou. Marc Antoine m*a commandé de me jeter à vos pieds , et ainsi prosterné , de vous parler en ces termes : « Brui> tus est noble, sage, vaillant et vertueux. César fut* puissant, » intrépide, illustre et capable d'affection. Dis que j'aime Bru- D tus, et que je l'honore. Dis que je craignais César, l'honorais i> et l'aimais. Si Brutus veut répondre à Antoine qu'il ne court » aucun danger en venant ici, et lui démontrer comment César 2> a mérité d'ôirc frappé à mort, Marc Antoine n'aimera pas D César mort autant que Brutus vivant, mais il suivra avec une 10 foi sincère les fortunes et les intérêts du noble Brutus à tra- JD. vers les hasards de cette carrière où personne n'a encore » marché. » Ainsi parle Antoine , mon maître.
Brut. — Ton maître est un sage et vaillant Romain. Jamais je n'en jugeai plus mal. Dis-lui que s'il lui platt de venir en ce lieu il sera satisfait , et que sur mon honneur il en sortira sans nul outrage#
Le $erv, — Je vais le chercher à l'instant. (Il sari,)
Brut. — Je sais que nous l'aurons j^ément pour ami.
Coêê, — Je le désire ; cependant j'ai la pensée que nous devons beaucoup le redouter, et toujours mes défiances tombent justQ d'accord avec l'événement.
Antoine rentre.
Brut. — Voilà Antoine qui s'avance. Soyez le bienvenu, Marc Antoine I
Ânt. — O puissant César I es-tu donc tombé si bas? Tes con quêtes, toutes tes gloires, tes triomphes , les dépouilles que tu as remportées sont-ils resserrés dans ce petit espace? Sois en
I know Qot, gbDtlemen, what yoa iatend,
Who else must bc let blood^^vbo else is rank:
If I myself, tbere is no hoar so fit
As Gesar's death hour; nor no instrument
Of half tbat worth, as tho^e your swordi, made rich
With the most noble blood of ail this world.
I do beseech ye, if you bear me hard,
Now, whilst your purpled hands do reek and smoke,
Fulfil your pleasure. Lire a thousand years,
I shall not find myself so apt to die :
No place will please me so, no mean of death,
As hère by Gesar, and by you eut off,
The choice and master spirits of this âge.
Bru, Q Autony I beg not your death of us. Though now we must appear bloody and cruel. As y by our hands, and this our présent act, You see we do ; yet see you but our hands. And this the bleeding business they hâve done : Our hearts you see not, they are pitiful ; And pity ta the gênerai wrong of Rome (As fird drives out fire, so pity, pity,) Hath done this deed on Gesar, For your part, To you our swords hâve leaden points, Mark Antony : Our arms, in strength of malice, and our hearts, Of brothers* temper, do receive you in With ail kind love, good thoughts, and révérence.
Cas. Your voice shall be as strong as any man's. In the disposing of l^ew dignities.
Bru, Only be patient, till we bave appeas'd The multitude, beside ttiemsclves with fear, And then we will deliver you the cause, Why I, that did love Gesar when I struck him, Hâve thus proceeded.
Ant, 1 doubt not of your wisdom.
Let each man redder me his bloody hand : First, Marcus Brutus, will I shake with you ; — Next, Gaius Gassius, do I take your hand ;— Now, Decius Brutus, yours ; — now yours, Metellus ; Yours, Ginna ;— and, my valiant Gasca, yours ; — , Though last, not least in love, yours, good Trebonius,
ScËifE L JULES CÉSAR. 235
paix ! Je ne sais pas, patriciens , ce que vous méditez , quel autre sang doit être yersé, quel autre est suspect (4(). Si c'est moi, il n*est point pour ma mort d'heure aussi convenable que l'heure de la mort de César, ni d'armes aussi dignes de moitié que ces épées que vous tenez , illustrées par le plus noble sang det;e monde. Je vous en conjure, tandis que tos mains rougies fument encore de la vapeur du sang, si vous ne m'endurez qu*à regret, satisfaites votre désir I YivraiS'je mille ans, je ne me trouverai jamais si bien disposé à mourir. Aucun lieu, aucun genre de mort ne me plairont jamais comme de mourir ici , à c6té de César, et par vos coups, vous Félite des grandes Ames de cet âge I
Brut. — 0 Antoine, n'implorez point de nous votre mort! Nous devons maintenant paraître sanguinaires et cruels. Le sang qui couvre nos mains, l'acte que nous venons d'accomplir, nous montrent ainsi à vos yeux ; mais vous ne voyez que nos mains, que cette sanglante exécution. Vous ne voyez pas nos cœurs; ils sont compatissants, et c'est la pitié pour l'injure publique faite à Rome qui a frappé ce coup sur César ; car, comme une flamme chasse une autre flamme , la pitié chasse une autre pitié. Mais pour vous , Marc Antoine , nos épées n'ont qu'une pointe de plomb. Nos bras , dans la force de la colère (45), unis comme nos cœurs par une disposition fraternelle, vous reçoivent avec toute la bienveillance de l'afifection, avec estime, avec égard.
Cass. — Votre voix aura autant d'influence que celle d'aucun
autre dans la distribution des nouvelles dignités.
# Brut. «* Seulement ayez patience jusqu'à ce que nous ayons
apaisé la multitude, hors d'elle-même de terreur, et alors nous
vous expliquerons par quel motif, mol qui aimais César, je l'ai
ainsi frappé.
Ànt, — Je ne doute point de votre sagesse. Que chacun de vous me donne sa main ensanglantée : d'abord, Marcus Brutus, je veux secouer la vôtre, puis je prends votre main,Caïu8 Cassius ; maintenant la vôtre, Decius Brutus , et la votre. Metellus, et la vôtre, Cinna, et la vôtre, mon brave Cascaj enfin la vôtre , bon Trebonius, que je nomme le dernier, mais qui
236 J13LIUS CESAR. Act III.
Gentlemen ail, — alas! what shall I say ?
My crédit now stands on such slippery ground,
That one of two bad ways you must coneeît me,
Either a coward or a flatterer. —
Tbat I did love thee, César, oh l 'tis true :
If then thy spîrit look upon us now,
SEall it not grieve thee, dearer than thy death,
To see thy Antony making his peace,
Shaking the bloody fingers of thy foes,
Most noble I in the présence of thy corse ?
Had I as many eyes as thon hast wounds,
Weeping as fast as they stream forth thy bloody
It would become me better, than to close
In terms of friendship with thine enemies.
Pardon me, Julius I— Hère wast thou bay'd, brave hart ;
Hère didst thou fall ; and hère thy hunters stand
Sign'd in thy spoil, and crimson'd in thy lethe,
O world I thou wast the forest to this hart;
And this indeed, O world, the heart of thee.
How like a deer, stricken by many princes,
Dost thou hère lie ?
Cas. Mark Antony,—
Ant, Pardon me, Caius Cassius :
The enemies of César shall say this; Then, in a friend, it is cold modesty.
Cas. I blâme you not for praising César so ; But what compact mean you to hâve with us ? Will you be prick'd in number of our friends; Or shall we on, and not dépend o\^ you?
AnL Therefore I took your hands ; but was indeed, Sway'd from the point, by looking down on César. Friends am I with you ail, and love you ail; Upon this hope, that you shall give me reasons, Why, and wherein, César was dangerous.
Bru, Or else wére this a savage spectacle : Our reasons are so fuU of good regard, That were you, Antony, the son of César, You should be satisfîed.
Ant. That'salllseek:
And am moreover suitor, that I may