‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 34 sur 153 · Scène ï. JULES CÉSAR · texte numérisé non relu

Scène ï. JULES CÉSAR

n'est pas le moindre dans mon amitié. Vous tous nobles citoyensi Hélas I que dirai je? ma réputation est placée maintenant sur un terrain si glissant , que vous devez concevoir de moi Tune de ces mauvaises pensées , ou que je suis un lâche , ou que je suis un flatteur.— Que je t'aimai, César, oh! c'est la vérité 1 Si ton âme nous contemple maintenant ne sera-t-elle pas plus affligée que de ta mort même, de voir ton Antoine faisant sa paix, et secouant les mains sanglantes de tes ennemis , ô grand homme, en présence de ton cadavre I Si j'avais autant d*yeux que tu as de blessures, tous versant autant de larmes que tes plaies versent de sang, cela me siérait bien mieux que de m'unir, en des termes d*amitié, avec tes ennemis. Pardonne>moi, Jules I— Ici tu fus entouré, cerf courageux I ici tu es tombé; ici tes chasseurs debout se présentent, parés de ta dépouille et de la pourpre de ton sang (46) ! 0 monde, tu étais sa forêt ; et certes , ô monde, il était le cœur qui t'animait I Maintenant te voilà étendu comme le daim que plusieurs princes ont frappé t

Cass.—M&rc Antoine I

iinr.— Pardonnez-moi, Caïus Cassius ; les ennemis de César en diront autant. Ce n'est donc, de la part d'un ami, qu'une froide modération.

Cas». — Je ne vous blâme point de louer ainsi César; mais quel traité prétendez-vous faire avec nous? Voulez- vous être inscrit au nombre de nos amis, ou bien poursuivrons-nous nos projets sans compter sur vous ?

iini.— C'est pour cela que j'ai pris vos mains ; mais il est vrai qu'en baissant les yeux sur César j'ai été forcément distrait de la question. Je suis votre ami à tous; oui. Je vous aime tous, dans l'espoir qu'en alléguant vos motifs, vous me direz comment et en quoi César était dangereux.

Brtt(.— S'il en était autrement, Antoine, ce serait un atroce spectacle. Nos raisons renferment un si grand nombre de considérations légitimes, que , fussiez-vous le fils de César, vous devriez en être satisfait.

^n(.— C'est tout ce que je désire; et, de plus, je voudrais

238 JULIUS CESAR. Act HL

Produce hisbody to the market-place; .And in the pulpit» as becomes a friend, Speak in the order of his funeral.

Bru. Yoa shall, Mark Antony.

Cas. Brutus, a word with you. (Àêids.)

You know not what you do ; Do not consent, That Antony speak in his funeral :

Know you how much the people may be mov'd By that which he will utter I

Bru. By your pardon ; — .

I will myself into the pulpit first.

And show the reason of our Gesar's death : What Antony shall speak, I will protest He speaks by leave and by permission : And that we are contented Gesar shall Hâve ail true rites, and lawful cérémonies. It shall advantage more, than do us wrong.

Cas. I know not what may fall; I like it not.

Bru. Mark Antony, hère, take you Gesar's body« You shall not in your funeral speech blâme us, But speak ail good you can devise of César; Andsay, you do't by our permission; £lsc shall you not hâve aay hand at ail About his funeral : And you shall speak In the same pulpit whereto I am going, After my speech is ended.

Ànt. Beitso;

I do désire no more.

Bru. Prépare the body then, and follow us.

{Exeunt ail hut AifxoNY.)

Ant. O, pardon me, thou pièce of bleeding earth, That I am meek and gentle with thèse butchers I Thou art the ruins of the noblest man That ever lived in the lide of times.

Woe to the hand that shed this costly blood : Over thy wounds now do I prophesy, ( Which, like dumb mouths, do ope their ruby lîps To beg the voice and utterance of my tongue) — A curse shall light upon the limbs of men : Domestic fury, and fierce civil strife,

ScÈNJB L JULES GËSAR. 239

obtenir de vous qu'il me fût permis de présenter son corps sur la place publique, et de parler à la tribune^ dans la cérémonie des funérailles , comme il convient à un ami.

Brut. — ^Vous parlerex, Marc Antoine.

Coii, — Brutus, un mot ! (i fKirl.) — Vous ne savez pas ce que vous accordez là; gardez* vous d'y consentir. Savez«vous à quel point le peuple peut être ému de ses paroles ?

Brut. — Permettez, —je monterai le premier à la tribune ; j'exposerai les motifs de la mort que nous avons donnée à notre César. Tout ce qu'Antoine dira, je déclarerai qu'il le dit de notre aveu ^ par notre permission , que nous consentons qu'on accomplisse pour César les rites consacrés , les cérémonies légales. Cette conduite nous sera plus avantageuse que nuisible.

CScM«.— Jenesaiscequi en peut arriver. Ce parti me déplaît.

Brui. — Approchez y Marc Antoine. Disposez du corps de César. Dans votre discours funèbre, vous vous abstiendrez de nous blâmer ; mais dites de César tout le bien qui vous viendra en pensée , et ajoutez que vous le faites par notre permission.: autrement , vous n'aurez aucune espèce de part dans ses funérailles. Après que mon discours sera fini, vous parlerez à la même tribune où je vais monter.

Ant. —Soit; je ne désire rien de plus.

Brut, — Préparez donc le corps, et suivez-nous.

(Ils sortent tous, excepté Antoine.)

Ant. — 0 pardonne-moi y portion de terre encore saignante, si je parais doux et pacifique avec ces bouchers I Tu es le débris du plus grand homme qui ait jamais vécu dans le cours des âges. Malheur à la main qui répandit ce sang d'un si grand prixl Maintenant penché sur tes plaies, qui, comme des bouches muettes, ouvrent leurs lèvres rougies pour me demander une voix et des paroles , je le prédis solennellement: la malédiction va tomber sur la tête des hommes ; les fureurs domestiques.

240 JULIUS CESAR. Act 111.

Shall cambér ail the parts of Italy :

Blood and destruction shall be so In use, And dreadful objects so famîliar, That mothers shall but smile, when they behold Their infants quarter*d with the hands of war ; Ail pity choak'd with custom of fell deed: And Gesar's spirit, ranging for rcvenge, With Até by bis side» corne hot from heli, Shalf in thèse confines, with a monarch's voice, Gry Havoe, and let slip the dogs of war; That this foui deed shall smell above the earth With carrion men, groaning for burial.

Enter a Servant.

You serve Octavius César, do you not?

Serv, I do, Marjt Antpny.

Ànt. César did write for him to corne to Rome.

Serv» He did receive bis letters, and is coming : And bid me say to you by word of mouth. — O César I {Seeing Ihe Body,)

Ànt. Thy heartisbig, get thee apart and weep. Passion, I see, is catching ; for mine eyes, Seeing those beads of sorrow stand in thine, Began to water. Is thy master coming?

Serv. He lies to-night within seven leagues of Rome.

Ànt. Post back with speed, and tell him what hath chanc*d : Uere is a mourning Rome, a^dangerous Rome, No Rome of safety for Octavius yet ; Hie hence, and tell him so. Yet, stay a while ; Thou shalt not back, till I bave borne this corse Into the market-place : there shall I try, In my oration, how the people take The cruel issue of thèse bloody men ; According to the which, thou shalt discourse To young Octavius of the state of things. Lend me your hand. (Exeunt with Cesab's Body.)

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