Scène I. JULES GËSAR
belle ordonoance; l'enseigne sanglante de la bataille est déployée. Il faut à l'instant faire quelques dispositions,
in^ —Octave, menez au pas Yotre armée sur la gauche de la plaine.
Oet. —C'est moi qui tiendrai la droite » prenez vous-même la gauche.
ÂnU — Pourquoi différer d'avis dans ce moment critique t
Ocl, — Je ne discute point ; je veux que cela sotl.
{Mareke.)
(Tambours.) — Brutus, Gassius, leur Armée, LuciLius» TiTiNius, Mëssala et autres entrent.
Brui. — Ils s'arrêtent et paraissent vouloir parlementer.
Cass. — Faites halte , Titinius; nous allons sortir des lignes pour conférer avec eux.
Oet, — Marc Antoine , donnerons-nous le signal du combatT
Ànt. -^ Non , César, nous répondrons à leur attaque. Avancez; les géniaux voudraient s'aboucher un moment.
OeL — Ne vous ébranlez qu'au signal donné.
Brut. — Les paroles avant les coups ; n'est- il pas vrai , compatriotes?
Oct. — Ce a'est pas que, comme vous, nous préférions les paroles aux coups.
j^rul. — De bonnes paroles, Octave » valent mieux que de mauvais coups.
Am^ — Bn portant de mauvais coups , Bmtus , vous donnez de bonnes paroles : témoin la plaie que tu ouvris dans le cœur de César, en criant : Saiut et longue vie à César !
Cass. — .Antoine , la portée de vos coups n'est pas encore connue; mais, pour tes paroles, elles s'enrichissent anx dépens des abeilles du mont Hybla, et les laissent privées de miel.
An$, — Mais non pas d'aiguillon.
Brui» — Oh I vraiment, d'aiguillon et de voix ; car vous leur avez dérobé leur bourdonnement, Antoine , et, trés-sagement, vous menacez avant d'enfoncer le dard.
An$, — Misérables ! vous n'en fîtes pas de même quand vos lâches poignards se sont émonssés Ton l'autre dans les flancs de César : vous montriez vos dents comme des singes rampants ^ comme des lévriers, prosternés commodes esclaves, baisant les pieds de César> tandis que le maudit Casca^ venant
288 JULIUS CESAR. Act V.
Struck Gesar on the neck. O flatterers I
Cof. Flatterers I — Now, Bratus, thaok yourself: This tongue had not offended so to-day, If Gassius might hâve rul'd.
Oeê, Gome, come, the cause : If arguing make us sweat, The proof of it will turn to redder drops. Look ;
I draw a sword against conspirators ; When think you that the sword goes up again ? — Never, till Gesar's three and twenty wounds Be well avengM ; or till another Gesar Hâve added slâughter to the sword of traîtors.
^ftt. César, thou can*st not die by traitors» Unless thou bring'st them with thee.
Oct. Solhppe;
I was not bom to die on Brutas' sword.
Bru. Oh ! if thou wert the noblest of thy straia, Young man, thou could'st not die more honourable.
Cas. A peevish school-boy, worthless of such honour, Join*d with a masker and a reveller.
Ânt. Old Gassius still I
Oct. Corne, Antony ; away.—
Défiance, traitors, hurl we in your teeth: If you dare fight to-day, corne to the field; If not, when you hâve stomachs.
{ExeufU OcTAVius, Antony, and Iheir Àrmif.)
Cas. Why now, blow, wind ; swell, billow; and swim, bark! The storm is up, and ail is on the hazard<
^ftt. Ho 1 Lucilius; hark, a word with you.
LucU. My lord.
(BauTUS and Lucilius conférée apart.)
Cas. Messala,—
Mes. What says my gênerai ?
Cas. Messala,
This is my birth-day ; as this ver y day Was Gassius bom. Give me thy hand, Messala : fie thou my witness, that, against my will, As Pompey was, am I compell'd to set Upon one battle ail our liberties.
ScÉfTB I. JULBS GËSAR. 2B9
par derrière comme an mauvais chien qn'îl est, perça le cou de César. 0 flatteurs I
^««.—Flatteurs I— Rendez-vous-en grâces, Brutus ! si j'avais eu plus de crédit, la langue d'Antoine ne nous ofTenserait pas ainsi aujoufd'hni.
Ocl.— Finissons, allons au faiil Si la discussion nous échauffe à ce point, il en sortira à Tépreuve une sueur de sang.— Voyez» je tire l'épée contre les conspirateurs; quand pensez- vous que cette épée rentrera dans le fourreau? Jamais, jusqu'à ce que les vingt-trois blessures de César soient pleinement vengées , ou que le meurtre d'un autre César ait encore rougi le poignard des traîtres.
Brut — César, tu ne peux pas mourir de la main des traîtres, à moins que tu ne les amènes avec toi.
Oei. — Je Tespère ainsi; je ne sais pas né pour mourir sous le poignard de Brutus.
Bru$. — Ah I fusses-tu le plus noble de ta race> tu ne pourrais périr d'une main plus honorable.
Cois, — Un écolier mutin, indigne d'un tel honneur^ l'associé d'un farceur et d'un débauché.
Âni. — Toujours le même , vieux Cassiusl
Oei. — . Venez , Antoine , retirons-nous I— Défi , traîtres, nous vous le jetons à la face. Si vous osez combattre aujourd'hui , venez aux champs ; sinon , quand le cœur vous en dira.
OCTÀTE et Antoine iorUni avec leur Armée.
Case. — Allons 9 que les vents soufflent, que les flots se soulèvent, et vogue la barque I la tempête va rugir, et tout est à la merci du hasard.
Bruim — * Ecoutez , Lucilius ; un mot, je vous prie.
(Brutus ei Lucilius t'entretiewMnt à pari.)
Cou. — Messala!
Me$i. — Que veut mon général ?
C<u$. — Messala , ce jour est celui de ma naissance ; c'est dans ce jour même que Cassius est né. Donne-moi ta main, Messala, sois-moi témoin que c'est malgré moi que je suis force, comme le fut Pompée , de risquer toutes nos libertés aux chances d'une bataille. Tu sais combien je fus attaché à la secte I. 19
390 JUUVSCBSAR. ActV.
You know, tbat I lieM Epicorus «UroDg, And his opinion : now I change my mind» And partly crédit things tbat do présage. Corning from Sardisi on our former ensiga Two mîghty eagles fell ; and there they perch'd^ Gorging and feeding from our soldiers' hands, Who to Philippi hère consorted us, This morning are they fled away and gone ; And, in their steads, do ravens, crows, and kîtes, Fly o'er our heads, and downward looic on uS| As we were sickly prey ; their shadows seem A canopy most fatal, under which Our army lies, ready to give np the ghost.
JVm. Beliere not so.
Cm. I bnt beliere it partly ; For I am fresh of spirit, and resoly^d To meet ail périls yery constantly.
Bm. Evenso, Lttcilins.
Coi. , Now» most noble Brutus»
The gods to-day stand fiiendly ; tbat we may» Loyers in peace, letd on our days to âge l But, since the affairs of men rest still uncertain, Let*s reason with the worst tbat may befall. If we do lose thb battle, then is thts The yery last time we shall speak together ; What are you then determined to do ?
Btyk. Ëfen by Ibemlo of thaï phîlosopby, By wbich I did blâme Cato for the death . Which he did give himself— (I know not bow. But I do find it cowardly and vile, For fear of what might fall, so to prevent The time of lîfe) — arming myself with patience, To stay the prrrndeDce of some higb powers, Tbat govem us below.
Cfu. ThcB, if we lose tbis battle,
You are contented to be led in triumph Tborougbtbe streets of Rome?
£ni, No« Cassius» no ; think noi^ tbou noble Roman» Tbat ever Brutus wiU go boundto Rome : He bears too great a mind* But tbis aame day
d'Ëpicure et à ses principes } maintciWPfc dms idées cbanfeot, et j'ajoute quelque foi aux si^es qui présageât l'aronir* Daas notre marche dépuis Hardis « deux puissaaU aigles se s<Miii abal" tus sur notre première enseigne ; ils s'y sont posés » Qt li « prenant leur pâture de la main d^ ik>s soldats^ iû nous ont sccompagnes jusqu'à ces champft de Philippes. G« matia ils opk pris leur Tol et ont disparu; et à leur puce «se nuée da cotlMiux et de vautours planent sur nos tête»; d» baut des aîrs ils oK les yeux fixés sur nous, comme sur une faible proie» Lsor ombre semble un daia funèbre sous lefofii s^étand QOtf» année prAle à expirer.
Mett. -m Ne croyez point l tout cela.
Cmi,— • je n^y ereis qm |ifiqi»'à wi certanr poînl; e«f je me sens plein d'ardeur j, et déterminé à braver ayec cepstance tous les périls.
Jtnrtt«^C'^cela méme^ ImîHmi.
Cou. — Maintenant, mUo Bnkm, m^Êkm ta» dieux pfo*pices que nous puiasMOi» tevHse ém 9mm , avflf er tmatmhio à la ▼iftiliisni I Mai^ pwfn'il rwS» toqjoarg f eliysi iwcirCHiiée dans les afiEaires humaines , raisonnons sur ce qui peut arriyer é^fkt*Mwnmpmàmm ectto balatlle^y e^esC iel notre demfer entretien ; qu'aye^^ova résola M ûôr^ tdor^l . .
Brut, — De me régler snr cette pftitosophfç qui me fît bîànu^ Gaton pour s'être lui-même donné h mort. Je ne safs conw ment , mais je trouve qu'il est htche et yiT de prévenir ainsi, d^ crainte de ce qui peut aTT^ver, fe termes (fe b vie. Teiprarm^rai de patienco eo ettendtof Fesr décrieils de ces puissances siiprér mes, quelles qu'ellevsoièiit, 4uf nocts g;ourernenf ici-bas (S^).
Cass. — Ainsi , si nou9perdoBS cette bataiffe, vous consentirez i être mené en tri«Bif ha k tramnles rues de Rome.
^rul. — Non, Gassius, non. Ne pense pas, noble Romaia, que jamais Brutus soit conduit enchaîné à Rome : il porte uis coeur trop grand* Il faut que ce jour môme achève l'ouvrage
m JULIUS CESAR. ACT V.
Must end that work the ides of March begun ; And whether we shall meet again, 1 know not. Therefore our everlasting farewell take: — For ever, and for ever» farewell, Gassias ! If wè do meet again, why we shall smile ; If not, why then this partîng was well made.
Cas* For ever, and for ever, farewell, Brutus ! If we do meet again, we'U smile indeedi If not, 'tis trae, this parting was well made.
Bru. Why then, lead on.— Ohl that a man might know The end of this day*s business ère it corne ! But it sofficeth, that the day will end. And then the end is known.--Gome, ho I away I {Exeunt.)