V0T!CE
Ydif ftdr taoitis vfte , hélur f qpt lettts éefilMmts. Choeur* — Bercez , beKrez la féttté tMtiertàtie ,
OiniL brtdt âeâ Tents , du faiflbg« , StÉ (SAtit ;
Bercez la re&e «t cfetfttiék 8Mt fépos.
M™« Amable TASTU.
De tputea 1m considérations précédentes, nous pouvons conclur&que la patrie du système populaire mythologique des fées ea Angleterre fut U péninsule Scandinave ; qu'après son admission dana ce pays il subit graduellement diverses modifications de rinflueace du christianisme , de l'introduction des associations classiques, de la prédominance des mœurs féodales ; et qu'en dernier lieu deux Éffitètm^ s^lftttiblirent , l'un en Ecosse, fondé sur la parti» 1» plus sombre et la plus^ terrible de la mythologie gvlàique^ l'aatre en Angiet^Bre, aoustruit il est vrai sur le itt^me modèfe , mais con^rerti par le génie de Shakspeare en une des plQâ^ déifôieuses çréstk)ii9 d'une imagination badine. Ha rendu populaire en Angleterre uh système de mythologie féerique dont la tradition était obscurcie, sinon perdue ; tel a été le sufitté» du poâte en étendait et coloriant les germes de la féerie gothîqiie^. ett donnant à ses minces agents de nouveant âtirfbutis et nnnett^craa pouvoir, en revêtant leur ministère des images les-pte lég^rwert^phi* exquises y que ses caractères et ses portraits sohf tellement séduisants, tetlai|BU|Qt,liéfi.eatce eux, qu'ils sont parvenus jusqu'à nous avec toute leur grâo» eijifiuv oal^ké première.
Il est vrai que )è canevas qu'il * dlàboré étendu s'est ensuite déployé , et qtre d^ myovêaai; gpouparétit été. intmi^ duits ; mais on a ijrvariàblëttient sui^ fesqiifi^se et le mode de coloris qu'il a employés. H suffîra au lecteur de jeter les yeux sur quelques passages principaux du poème intéressant dont nous faisons l'anafafiae: po«iG rm ^¥00 quelle grâce, avec quelle fécondité d'invention et qèel chiTme d'expression il a présenté sous un' jour nouveau y omè et embelli ces fantômes de la mythologie gothiq.ue.
Les fées de ShakspMTA étaient non-seulement les amies et les protectrices de la^vtiliiyjnftiA elles punissaient aussi les crimes ftla sensualité, contrairenieiit à ridée qu'on avait alors de leur origine infernal ; eltes étaient les paironnea déclarées de '
SUR LA tEMPÊTE. 855
ta piété et de !à prièfe. €e gtttMi génie a tépllidu sar toat«8 ces créations imagfnaftes une tèMe vnHété dlmagefi dtBB la descritrtfon <}u*flfàit dû caracvère et des pei^Mmoedy des «léMrs et desocenpations dé ses 9éeA, qaH settible ^«8 le pkieee» 4xl poêle M tui-iiiéffle enehatité.
D. O'SULLIVAN
i^ TEMPÊTE.
Après iVac&effc, la Tempêté est sans contfedit la pins bette production du génie de Shakspeare. Jamais le âauvage et le merveilleux , le pathétique et le sublime ne furent plus artistement ni plus gracieusement combinés avec les saillies brillantes d^une imagination enjouée, que dans ce drame enchanteur et si plein d'attraits. ïl est à remarquer, qu'il renferme y quant au plan et à Tunité d'action , toutes les qualités d*un poème classique de l'ordre le plus élevé; les règles de fart y sont exactement observées. En effet» Faction principale est le rétablissement de Prospère dansses premières dignités; les épisodes soot Tunîon de f erdinand et de Hiranda , la punition temporaire du Coupable , et la réconciliation de tous les personnages. Uaction est simple, entière et complète. Le lieu est une petite lie et, pour la plupart du temps , la grotte de Prospero ou son voisinage immédiat ; le poëte a soin de nous informer deux fois , dans le deitiîer acte , que le temps employé à la représentation n'a pas excédé trois heures. Cependant, dans ce court espace de temps, on voit, sans aucune violation de probabilité, les incidents les plus extraordinaires se succéder, et le plus singulier assemblage de caractères que IMmaginatioa , dans son humeur la plus
capricieuse, ait jamais enfantés. Un magicien possédant le pouvoir le plus terrible et le plus étonnant; un esprit aérien beau et bienveillant; un lutin hideux et méchant, réunissant la nd^uf e du sauvage , du démon et de la brute ; une femme jeune et aimable qui n'a jamais vu d'autre homme que son père ; voilà les habitants d'une lie qui n'est fréquentée que par les créatures fantastiques du nécromant Prospère.
Une grandeur solennelle et mystérieuse enveloppe ce personnage depuis sa première apparition jusqu'à la fin. A la magie vulgaire du temps se joint en lui une certaine dignité morale , une sagesse philosophique qui lui donne une élévation et un air de sublimité dont on ne l'aurait pas cru d'abord susceptible.
La simplicité exquise , l'ingénuité, la confiance sans bornes de Miranda , unie3 à la pins grande douceur, et une amabilité parfaite de caractère , répandent sur les scènes entre elle et Ferdinand un calme et une fraîcheur angéiiques. La conception de ce personnage si singulièrement placé n'est pas moins frappante que la manière dont il est soutenu dans toute la pièce.
Quant au portrait si gracieux , si inimitable d' Ariel , quelle langue pourrait en faire uti digne éloge? Toutes ses pensées, toutes ses actions, ses passe-temps, ses occupations ne peuvent convenir qu'à un être de la plu3 haute sphère, d'une nature plus sublime , plus éthérée que la nature humaine. Les paroles mômes qu'il profère, ou plutôt qu'il chante, semblent avoir rapport à des choses qui ne sont point de notre monde , et forment des sons qui n'appartiennent point à la terre. A cette essence élégante et sylphique le poète oppose Galiban , monstre né sorcier, une des plus étonnantes productions d'un esprit inépuisable dans la création de tout ce qui est nouveau, original et grand. Engendré d'un diable et d'une sorcière, difforme, prodigieux et obscène, ne respirant que malice, sensualité et vengeance, ce composé effrayant, cependant, par la vigueur poétique de son langage et de ses pensées, intéresse l'imagination. L'expression de ses passions ou de ses malédictions est couverte^ des images tirées de tout ce qu'il y a d'horrible, de mystérieux ou de repoussant; même dans ses moments de gaieté, il soutient son caractère en alternant ou unissant, mais avec une admirable harmonie, le style barbare, grotesque et iromantique.
Voici l'analyse de ce drame et le portrait de iliraûdat par' l 'élégant traducteur de Lucrèce et de Afilton» M. de Pongerrflle.
' (T Prospère , duc de Milan , préférant lé saroir cabalistique à Vart de régner, se laisse détrôner par son frère Antonio. Banni , errant sur la mer avec son enfant , la jeune Miranda, Prospero aborde une lie déserte qui appartenait h une esjyèce de sauvage amphibie nommé Caliban , fils monstrueux d*un génie anéanti par les esprits des airs. Prospero asservit ce Caliban, qui devient son esclave. Dans Tlle, un esprit aérien était enfermé dans Técoree d'un arbre; la science magique de • Prospero le délivre. Celui-ci se nomme Ariel , et se consacro par reconnaissance au service de Prospero. Caliban est le serviteur grossier attaché à la terre; Ariel, pure intelligence, exécute les volontés de son maître dans les airs. Ces deux personnages, par un admirable contraste, représentent l'abrutissement de rignorance et du vice et la légèreté vive et brillante de rintelligence. Miranda, dans son désert, choyée par Famour de son puissant père , devient à quinze ans une merveille de beauté , d'innocence et de grâces. Alonzo , parvenu au trône de Naples , son fils Ferdinand , Antonio , l'usurpateur de Milan, et Sébastien , frère du roi , traversent la mer. Prospero Vapprend par son art; il commande à son serviteur Ariel de soulever une tempête qui jettera dans l'Ile sa famille coupable. L'ordre s'exécute ; les voyageurs, séparés parle naufrage, sont à leur insu portés sur la rive. Ferdinand devient le compagnon d'esclavage de Caliban; il est soumis à de rudes travaux. Miranda l'aperçoit; elle le plaint, le contemple et le protégel Inspiré par Prospero lui-même , un violent amour les embrase tous deux. Le roi de Naples, Sébastien, Antonio et leur suite " errent dans une autre partie de l'île, surveillés par des esprits invisibles. Le perfide Antonio conseille à Sébastien de tuer le roi pendant son sommeil. Ariel, envoyé par Prospero, éveille le roi; les traîtres remettent l'exécution de leur forfait à la nuit suivante. Les voyageurs, pressés par la faim , se placent à une table que plusieurs fantômes avaient couverte de mets; mais Ariel , sous la forme d'une harpie , leur reproche leurs forfaits, leur annonce que les dieux vengent ici le crime qu'ils ont commis envers Prospero; puis il disparaît au bruit du ton-
d» Noi;i€B
nerre. BJm de plvs o^nUciue que la teatati^ d^ «iMel^s ivrognes qui t aîdé^ de Caliban, veulent se rendre ma^rea 4^ File et dépouiller une seconde fois Prospère qu'ils ne recQQ^, naissent pas. Mais romniscience de Fancien duc de Milan dé* JQIA9 ]eurcoinj^;il ordonne 4 Ariel de toi amener toua les autres voyageurs. Alors il &e fait recons^ttre de ses çun^mig, leur pardk)nney unit Ferdinand à Miranda^ retourne çn Italie avee sa famiUe heureuse et repentante. Cette pièce est surtout remarquable par le personnage de la jeune Miranda; l^ seènes cbarm^ntes entre celle-ci et Ferdinand « les parolea sdennelles de ProsperOj^ les imprécations de Caliban, création si originale et cependant si poétique» les chants ravissants d*Ariel qui ont inspiré Trilby à H. Charles Nodier j, offrent le tableau le plus varié et le plus animée
I» Il existe» entre les grands génies de tous les temps et de tous les lieux 9 une certaine ressemblanoe de famille qui se transmet k leurs production^ Ainsi, Miranda rappelle Nausicaa de r Odyssée > cette royale fille qui descend avec tant de noblesse et de grâce aux plus humbles» soins domestiques» et qui» loin de fuir quand r^ffroi disperse ses compagnes, attend l'approche de rétranger suppliant, parce qu'elle croit voir en lui un malheureuTi 4 secourir, et sert ainsi de guide au héros d'Ithaque, La fille d'Acinoua prouve qu'il est possible d'associer la grandeur au devoiri et que la simple vertu, la touchante bonté, forment le plus précieui^ ornement de la femme et le plus digne cortège de la beauté* La Miranda de Shakspeare, aussi noble» aussi pure i aussi ravissante que la Nausicaa d'Homère » n*a toutefois connu tl'autre palais que la grotte paternelle» d'autre sceptre que la baguette de Tenchanteur à qui elle doit le bon-* heur et la vie ; mais son cœur a deviné tout ce qui est juste et louable} il est devenu le sanctuaire de tous les sentiments généreui^* Avant d'avoir çopnu des infortunés , Tinstinct de la vertu lui enseigne à les secourir- Nausicaa passe avec dignité des marches du trOrne au^ plMs péuibl^s devoirs de famille ; Miran^a^ de l'obscurité qui ^Aveloppe sa oaïve jeunesse» renjonte «^x graudçur» saos îtltérer S9i candeur ravissante.
» Créée par le caprice d'une imagiuatipn sublime» Miranda n'est cependant point placée hors des limites de la nature humaine; bien qu'elle soit placée dans une sphère idéale» ses perfections appartiennent à son sexe. Fille du génie» elle en exerce
toas le».]re$tjfe9; o\4e% d'enthousUsme et d*«iiQQur, eejtte îQdâimisable merveille ajpparaU cominç un de ces songes r«yji/isapt9 qui, dans Vabsaooe de dos Imyrc^saioas l^bUuelleSj npufi 4b»su?eot M iéim» que les votupl^ à^ i» terxe ne reprodoifieu^ Pfis» t^ perles de U rosée ^pendues ^i^ lenillage. 'UiwbMp^ l9^ qeij^ 4U^isa«ote qvii vpl)i«e^4»Q4r«ilr^n'écbap-. IMNH P9W p)i9# à l'aiia) jse' 4e l'df$, qiie jeçowtèce deMiri^idd a'^b^ppeir.sml}^ de la pensée» .; .
n Dfwlfi ji«^yage seUtjide q^i la sépare de TuniveirSf.eiEcepté 1^ regards de son père» elle n'eut pour témoins des jçux de sqp, enfance que les bi>tes des forêts, les oiseaux, les zéphyrs mystéqew, Tesclave amphibie subjugué par Tart paternel» et les flots, du rivage, qui tant de fois ont caressé ses membres délicats- .
p Pure comme le frais bouton que nul soufQe n'a efQeuré| siussi naïve quo Galatée , cessant d'être marbre ift n'étant pas encore amante , Miranda ne connaît que son père ; il ^t P9ur elle le monde entier ; le reste de l'espèce humaine ne lui est révélé que par son propre cceur. Elle ne se doute pas que l'homme puisse être méchant; aussi, quand, pour la première foiS| un homme paraîtra à ses yeux, elle ne le redoutera pgint, elle ne le Aura point : s'il est en péril, elle tentera de le seooiiriri son front ne rougira que d'une chaste et touchante ému** tion, dont elle ne se rendra pe» compte A elle**môme; elle n^ craindra pas plus de s'offrir à ses regards que la fleur ne craint de s^épanouir, que l'arbre n'hésite à se couronner de fruits.
a Ôes tarésora de bonté, de raiaoo, de grAce, de neUme» hriUent dana eet être «lobantevr ; tout germe dn mal en n été baoni# Cependant, ce n'est pas on ange que le génie a ?Q«li|. créer; ee n'est pas une de ces Actions où la poésie associe de^ charmes fabuleux aux dons de la nature: Miranda n'ept qu'une femme,, et e'esl pi4flMi^«ftt ne qui la rend si admiri^; eir, l'idéal étoime et Vaftte Tesprit; le vrai S9ul touobe et charme le eœiir.
» Miranda, devant le premier bwime qui lui apparat» eat «ne amre Eve, pvdiqne à force d'innoe^ce» imposante 4 fore» de eaadeur* Lifiée à un doux étonnemiNat, entraînée par un ins^* tînot.oorieQx, elle interroge à la fais sa propre penséie At l'étranger qvÀ lui-même la eontemple^ EstH)e un compagnon, un ami donné par te destin? elle le aoohaite- C'est encore £ve, a'éveil** kmt à la vie, eouchée parmi des fleurs, dieBM«idant k tout ce qui
Tenvironne : Qoi suis-j^î où suis-jeî et cherchant Tappoi, le guide que lui indique la nature. Miranda, pure comme Ère, éprouve un sentiment ennobli par la bienfaisance ; elle se platt à échanger des regards de sympathie avec son hôte mystérieux; mais, surtout, elle veut écarter les périls et les maux dont il est menacé. Elle n'a aucune idée de la beauté, et pourtant elle le trouve beau : est-ce un esprit descendu des cieux, un être insaisissable? son cœur lui fait espérer davantage. Gomme Ta-* veugle, que Tart rend soudain clairvoyant, sent que la lumière lui est désormais indispensable, Miranda ne croit pas qu'il lui soit possible maintenant de vivre sans celui qui la charme ; elle reçoit une nouvelle existence, ou plutôt elle acquiert à la fois la vie et Tamour. Docile à ce dieu qu'elle ignore, comme Eve ignorait le divin artisan , elle se soumettra à son empire. La mère des hommes, la main dans la main de son ami, le suivit au berceau nuptial sans autre voile que le nuage embaumé exhalé de l'haleine des fleurs; et Miranda est prête à confier sa pudeur à l'hymen, à prendre pour témoins de cet auguste mystère le silence du désert , la pompe des astres , TOcéan, lés esprits , hôtes légers des airs, et l'oiseau solennel, chantre de la nuit.
» Le guide tutélaire dont le magique pouvoir veille sur Miranda, du fond de sa ténébreuse solitude, la transporte sur le trône où l'accompagnent la vertu, le et bonheur l'amour. »
DE PONGE RVILLE.
Que le système de magie ou d'enchantement qui a donné tant d'attrait à cette pièce fût, à l'époque où elle parut, un article de la croyance populaire, adopté même parmi les savants avec peu d'hésitation, c'est ce>qui est clairement attesté par les écrivains du temps de Shakspeare.
Burton, dans son ÀnaUmie de la Mélaneolie, 1617, donne plusieurs témoignages pour prouver que peu de personnes doutaient de l'existence de l'art de la sorcellerie, quoiqu'il parût à plusieurs un art répréhensible.
L'art de la magie prit sous le règne d*Ëtisabeth une apparence plus scientifique, par son union avec les rêveries mystiques des cabalistes et des rose-croix ; Shakspeare l'adopta sous cette modification, pour en faire usage dans ses drames. L'alchimie, Tastrologie, et ce qu'on appelait ihéurgie, ou commerce avec les esprits divins , se combinèrent avec les doctrines
SUR LA TEMPÊTE. S6t
]iliM {MinîctiKères d^ta nécromancie ou de la magêê noire; sous cette forme naquit un syBtème de pures déceptions , qu'on prit sourent pour une branche d'histoire naturelle.
~ Pendant près d'un sîè^cle, des hommes, que la grande masse du peuple regardait comme doués d*uo pouvoir surhumain , malgré leur ignorance et leur présomption et l'exposition de leur art, continuèrent h exciter la curiosité et à tromper l'attente du public. Shakspeare a très-convenablement donné à Prospère plusieurs des ajustements du costume du magicien populaire. Beaucoup de vertus y sont attachées , et Scot , dans plusieurs cas, a offert la description de ce costume.
Notre poète a donô attaché beaucoup d'importance à ces apparentes minuties, et nous le voyons, dans la scène ii de la Temj^le, assurer positivement que l'essence de l'art existait dans la robe de Prospero , qui , s'adressant à sa fille , dit : cr Donne-moi ta main pour m'aider à ôter mon manteau ma- D gique. Bien. {Il dépose son manteau.) — tlepose-toi là» mon » art. a II donne la même importance à sa baguette, car il dit à Ferdinand : a Cette baguette seule me suffit pour te désar- » mer et faire sauter ton épée ; d et, quand il abjure l'art de magicien, une des choses qu'il eiige est qu*on brise sa baguette et « qu*on Uensevelisse au fond de la terre ; d mais les instruments les plus immédiats de son pouvoir étaient ses livres, avec le secours desquels se faisaient ordinairement les enchantements et les abjurations.
Caliban, conspirant contre la. vie de son bienfaiteur, dit à Stéphane , avant qu'il tente de le détruire : a $ouvien$-toi » qu'il faut d'abord que tu t'empares de ses livres : car, sans » eux, il n'est qu'un ignorant comme moi, et n'a plus un seul » esprit à ses ordres. » On voit Prospero employer successivement quatre classes d'esprits ; mais, chaque fois, il se sert du secours immédiat ou éloigné (f Ariel.
Les esprits de l'eau se divisent en nymphes de la mer ou esprits des ruisseaux et des lacs immobiles. Les premiers sont introduits pour consoler Ferdinand après les terreurs de son naufrage. Rien ne peut être mieux approprié que l'idée de la chanson suivante qui frappe l'oreille de Ferdinand, lorsqu'il exprime son étonnement de la mélodie qu'il a entendue aupa-« ravant.
an NOTKB
4 pmm là mmsùre »^t*û rtgt^t^ ia jMt, ^une mâodm dâao» résùnne au loin. On entend Vhymne miffani, que ehmOe Ariel «m sein des airsm Is jeune fila du roi, qui VèeouU^ nul la directûnt de cette voix mystérieuse^ qui lui annonce la, mort de son pêne, nmi" Jragé. La noweUe est fausse ; et ce n'est qu'ufi presti^ magfquef comme le prouve la teinte libère et brillante du chant fitnèhre*
jirielchimief-rr^9a\ak^kmMii^,M»8i^mémpmlm . .
Transf^urente» e|; prpfoiidfl»,
U repose mototent.
Sur 8O0 li|; de mousse marioe ,
Une nymphe des eaux s'incline^ Et le flot roule doucement.
Silence! silence!
Vh jmne funèbre au loin dans les airs se balance, S^éteinty meurt, et puis recommence.
Silence!
(Le chceur aérien répète à demi-voix t *^ Silence, «te.)
Ferdinand, -r J^entends Pb jmne de mort retentir dans les airs; D^où peuvent émaner ces magiques concerts? En vainj^écou^.,.
^nW.— . Perie aux couleurs diq>rées,
(}orail aux tiges pourprées, Fleur des mers aux longs rameaiix, De votre parure éternelle.
Ornez sa dépouille morteIIe| Resplendissante au fond des eaux.
Silence ! silence !
L^hymne funèbre au loin d^ns les airs se balapce, S^éteint, meurt, et puis recommence* Silence!
(Le chœur r^ète .* -^ Silence, etc.) «
PHII.ÀBÈTB OUSl^lSS.
Ferdiaapc} peut bieo 9*écrier : c< Ce n'est pas là ttne cbose ^ moTieWùl f)
PrQgparo emploie les espriu de la teire» ou loUpSir eoi»m# ipstpumeQts de puaition. Catiban, eragnaol d'être puni de m lentear à apporter du bois» doone ua détail effrayant de leurs cbàtimepts* Ils reggivent ^isuite Tordre de ehasser» sous la forme de chiens, ce monstre né sorcier et ses complices» Trinr
SUR LA TBMPÊTE. m
culo et Sli^teAo. Bnflii ki eipiiti de Vmt, était d'tncf nMure pliudéyoateetpUi» rafteée» soat ««Muloyés f^r noire niAgi*. cHifi à r^éseaier, 9om la ilireetioo d'Ariel, voie vision trèsm^je^lueuio.
Il mruti «u0fti qoei ees formes aériennes élalenl neoupéts nn\\ ^% joMr h ohanler lea pl«9 dilioieiisea mélediei , eu à sng^ g^er los longea lea ptaa agréable», <r L'Ile, dit Caliban» eet d plfûi^ 4f) gona f>% d'aira rAvis^ants qui çharmeqt e| n^ noiB^t » pas. » On trouve la plus exquise description des misMiea di-^ mensions et des récréations de cçs êtres élégants dans la chanson que le poète met dans la botiOhe d*ArieI , à la perspective de sa liberté qui approche'.
Que tous ces esprit^ élémentaires ne fussent que des agents de compulsjon , et leur obéissance le seul résultat du pouvoir magique 9 c*est ce que prouve évidemment Ifi. conduite d'Ariel et le langage de Caliban, le premier en demandant à plusieurs reprises sa liberté» le secpad en déclarapt quï^« le haUteni tous aussi fortemefU qu9 mo j<
Il est éga|çi](ieat clair» d*aprësf dlvor^ passages de cette pièca» que chaque classa avait un temps prescrit pour aeg opérations. Ainsi Prospero meeaee Calibanque a des miUlera da lutins, du- » rant cette lengne nuit où ils sapent lihrea, fl^éyertueront sur D lui ; D et, en invoquant lea divers esprits» 11 parle de ceux « qui » se réjquiagent; d'entendre le ceuvre-feu ; » dootrine qui est encore plus miniilieiisement exprimée dans â*autret drames du poète anglais. Dans Haimlet, par exemple, il est dit qu'au chant du coq « tent let esprits errants hors de leurs domames, sèH » sur la mer, soit dans le feu, sur la terre, ou dans les airs, se » hâtent de rentrer daiis le lieu de leur exil. »
Enfin nous pouvons 'remarquer qu'à Fégard dé la croyance populaire dans Tart de la magie, tel qu'il est détaillé dans les livres et dans les tradftions qui s'y rapportent, Shakspeare a exercé une espèce d'enchantement qui surpasse infiniment celui des plus profonds ndagiçiens du savoir classique..
On pense généralement que le caractère de Galiban est un chef-d'œuvre, et c'est avec raison. Eq effet la difformité de corps et d'esprit dans Caliban est rachetée p$ir la force et la vérité d'imagination qui y sont répand uea ; c'est, pour ainsi dire, la quintessence de la grossièreté, mais c'est une grossièreté sans bassesse, Le ppëte a f^it coptrasfer l'esprit
36* NOTïCB
brutal de €aIilM»i avec les formes pures et origmales de la nature. C'est an^ créature sauvage /grossière et tonte terrestre ; mais elle semble avoir été tirée du limon avec une ème qui lui a été ajoutée par instinct , et qui répond à ses besoins et à son origine. Sa trivialité n^est pas de la grossièreté naturelle, c'est une grossièreté d'emprunt , et qui ne fait point de tort à ses qualités, de môme que la mode est l'affectation de tout ce qui est élégant et poli, sans aucun sentiment de ce qui la constitue.
Prospero*-^ (S* approchant de la grotte.)
Toi, qu'an démon créa dans son jour de colère, Dehors ! viens qu^on te voie ! allons, sors.
Caliharu. — (Sortant de V antre avec une charge de bois , regarde Miranda et son père*) Sur tous deux
Pleuvent tous ces poisons, que des marais fangeux Ëcumant le limon dans sa main desséchée, ' Ma mère recueillait, sous les vieux joncs cachée ! Que le vent du sud-est vous dévore vivants ! ^
Prospéra, «^Eh bien, je yais te rendre à tes anciens tourments. Tu veux que, dès ce soir, la douleur sans relâche^ A tes flancs, à ton sein, comme autrefois s'attache; Te privent de sommeil, et d^haleine et de voix ; Que de mille aiguillons les poignantes morsores En longs sillons de sang f impriment leurs blessures ; Tu le veux : j'y consens, et je te le promets. Ce soir, monstre.
Caiiban * — J'ai faim-— je veux dinor en pnix—
Cette ile m'appartient par Sycorax ma mère ; Pourquoi me la prends-tu?. . . Le jour où l'onde amère Te jeta sur ces bords où tu me rencontras. Avec humanité d'abord tu me traitas.
Ton langage amical plaisait à mon oreille ; Tu m'enseignais comment du fruit de la groseille On exprime le jus ; et pourquoi tour à tour Un globe tout de flamme et qui donne le jour Apparaît dans le ciel, suivi d'un feu plus p&le, Qui brille dans la nuit, et croit par intervalle. Je t'aimais en revanche, et je te découvrais Les trésors de mon ile, étangs, sources, forêts, Tous mes secrets enfin... Que le ciel m'en punisse! Puissent mille poisops, unis pour ton supplice,
SUR LA TEMPÊTB. tm
Distiller sur ton front tous les hideux Qéwx Qui déchirent la chair et qui rongent les 09 ! Jadis j^étais mon maître... Au fond d^un roc sténle Tu m'enfermes...
Prospero* — * Tu mensj âme iJ9grate et senrile ;
Sur toi, monstre, jamais la bonfé ne put rien. En yain pendant longtemps je t-ai comblé de bien ; . Il te faut des tourments. — Yil rebut de la terre. Tu. voulus de celui qui te traitait en père Déshonorer la fille...
Calîban. — Oui, c'était mon projet ;
Tu m'en ad empêché ; j'en ai vraiment regret. De petits Galibans j'allais peupler le monde. Cest dommage !
Prospéra, — {A part.) Jamais cette nature immonde,
Destinée à mal faire, à maudire, à servir. Aux plus faibles vertus ne pourra s'assouplir.
(A CalAan,) — Ëtendu sur la terre, affemé, nu, sauvage, Ici je te trouvai; je t'appris mon langage, Je pris pitié de toi. Tes sens épais et lourds Qu'à peine révélaient quelques hoilements soordf , De la noble raison virent briller la flamme. Vains efforts ! soins perdus ! — Né d'une race infâme Avec ton sang impur tes vices circulaient, Les besoihs de la brute en tes veines coulaient. . . — Subis ta peine, esclave ! ou ton sort sera pire.
CaUban* — Tu m'as appris ta langue... et je sais te maudire! ••*— J'ai profité, voi»-tu ?. .«
Prospéra, — Va, fuis. Tremble ; je puis
Torturer tout ton corps par des maux inouïs. Tes os vont se briser; une insomnie afi&euse Tarira ce sang vil dans sa source fangeuse.
CaUban. — Non, non; pardonne- moi!
Prospéra, — Va, fuis, esclave ; fuis ,
Va ramasser le bois ; va , te dis-je ; obéis!
(Imitatiùn de M. Philabètb CHASLES.)
On a comparé quelquefois la Tempête au Rêve d'une Nuit d'été; il est certain que la Tempête est une pièce plus belle et plus intéressante que le Rê^e d'une Nuit d^été, mais ce n'est pas un poëme aussi parfait. 11 y a dans ce dernier un plus grand nombre de passages remarquables; cependant le rôle de Pros-
866 NOTléB Èim t>A tttf^ÊTE.
pero nous en i6Êté > mttë vm gfttttd tibmbfe tPi&iitres , deux tellement adlilrïr«9)les, et iftA tfht été éttéi M iSOUTéAt, qae presque tous hSê bxMlàéÈ lettrée ieH ifatistit )p^t éœur. Le premier c'est lorsque la vision qu'a conjurée 1^rost)ë)^ô tl!ât)aratt: « Les » tours ^ot]il*()tfciéeji de riùageSy \tê palais somptueux, etc., éte. ii Le deuxiènté (f est qtiadd Prosperô, abjuraht'soïi ^ti, s'exprime ainsi:
« Vous, fées des cottrnéâ, des montagnes et des ruisseaux, des
» lacs tranquilles et dés bocages ; et tous qui, sur les sables où
x> YOtre pied laisse à peine une empreinte iègère, poursuivez
» Neptune lorsqu'il retire ses flots, et fuyez devant lui lorsquHl
» les ramène. Vous, égures légères qui tracez au clair de la
» lune ces ronds mystérieux sur f herbe amère ^ue la brebis
x) refuse de brouter; «t vous dont le passe- temps est de faire
» naître à minuit les mousserons, et que r^ouit le son majes-
» tueux du oouvre4eu. Secondé par vovA, quelque faible que
» soit votre pouvoir, j'ai pu obseureir le soleil dans «Mrte \la
x> splendeur de son miàk* J'ai pu connander eA maître aux
» vents séditt^W) elstatever etf re les vwies meite et la voûte
» azurée- dm tvfmi taoè fuéffe tnu^ssàftle* Le lennerre aux
D éclats terriU«B ai reçw Afr tiM de tietttéttux feut.' J'ai brisé le
» chéfteergffeillemt dé Jiipitet ar^e leè tfaR» de sa foudre.
)> Par moi, le pràtàffùîdbtt a tf eiiûfblé stA; ii^ës tflassifs fonde-
» ments. Le eèéré et le pin à la time àltfère, sai^s par leurs
» troncs vîgbtsyéui, oiit été atr'afcTiéS aiix éûtrâffles de la terre.
» A ma voix, ïey tombéstùi ^esoht ouverts; Tl^ ont ï'èreîlîé
» leurs hôtes endormis; ils ontlâdiô tett pfoiël Telle est la
» puissàiVôé de tùôn rfrlî mais, c'en est fait, j'abjure ici fcètté
» sauvage tfiagïe, et, quand je vous aurai demandé quelques
» airs d'une ihusiqué céleste, afin dé produire sur leurs sens
» l'effet que je médite, et que doit accomplir ce prodige aérien^
» aussitôt je brise ma redoutable baguette et j'ensevelis ses
» débris dans le sein de la terre ; plus avant que n'ait ja'mais
» pénétré la sonde dû navigateur, je noierai mon livre ma-
» gique. )!>
11 est à remarquer que , dans cette pièce , Sbaltspeare « fait contre les systèmes et utopies de la philosophie moderne, tdus les arguments qui ont été reproduits depuis.
P« O'SUJLUViJ^.